Le soleil des Scorta

De WikiMediation.

Share/Save/Bookmark
Version du 7 juin 2010 à 07:03 par Véronique Ménard (discuter | contributions)

Le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé (Prix GONCOURT 2004), lu par Elisabeth Rivault-Guérin

...Une médiation de longue haleine !

Sommaire

L'histoire

Un intense moment de vie, de violence et de folie mais aussi une longue épreuve de pacification dans les relations entre une famille et un village. Le rôle du curé du village est essentiel, il accompagne la communauté des villageois de Montepuccio dans l’acceptation de l’autre. « Le silence c’est là notre force. Un de nos ancêtres a dû être bien seul –un grand homme entouré d’imbéciles ou un malheureux fou- pour enseigner aux siens un silence si grand. » Cesare Pavese

Le silence gardé par Carmela pendant 50 ans.

« La chaleur du soleil semblait fendre la terre». Il fait très chaud a Montepuccio dans le sud de l’Italie quand le village tue sauvagement à coups de pierres luciano Mascalzone, bandit notoire qui vient de «  violer  » une femme du village qu’il a désiré pendant les 15 années qu’il a passé en prison.Son Obsession : posséder Filomena et mourir. Et si le curé de Montepuccio ne s’était pas interposé entre la foule et sa victime Luciano serait mort heureux ! Mais il eu le temps d’entendre ce qu’il aurait dû ignorer à jamais : Filomena était morte d’une embolie et c’est Immacolata,sa sœur, que luciano venait de dépuceler. Ainsi naquit Rocco Scorta, enfant d’un viol par erreur. Ne sachant pas comment calmer l’appétit de vie de son enfant Immacolata trouva plus simple de mourir un jour de septembre sans lumière.

Le village demanda alors à Don Giorgio,le curé, de faire disparaître l’enfant «ce petit avorton» qui n’a rien à faire ici. Mais Don Giorgio s’interpose une fois de plus :

  • « Tout ce village pue la crasse et l’ignorance »

Après avoir confié l’enfant au village voisin Don Giorgio refusa d’assurer les offices

Le curé vit au milieu du village, au milieu des hommes, au milieu des destins. C’est lui qui veille à la qualité des relations entre les villageois, c’est le confident celui qui renvoie chacun à sa conscience. Il accompagne leurs destins. Quand Rocco revint à Montepuccio, il est riche d’avoir détroussé toute la région. Il demande au curé de le marier avec une sourde et muette avant de s’installer au village car il se présente comme « le châtiment du village » le village qui a tué son père et qui voulait tuer un enfant. Les villageois le respectent par peur et surtout parce qu’il est riche malgré tout il n’est pas intégré au village. Domenico, Guiseppe, et Carmella ses trois enfants passent leur temps au village « mais ils étaient condamnés à une quarantaine polie », à l’exception de Raffaele fils d’une des familles de pêcheurs les plus pauvres de Montepuccio.

Un soir de pluie, Rocco vint se confesser à Don Giorgio. Et, c’est ainsi que commença le face à face cinquante ans après que le curé eut sauvé la vie de l’enfant. La nuit ne fut pas assez longue pour contenir tout ce que ces deux hommes avaient à se dire : récit d’une vie faite de vols et de violence.

  • « Dans la nuit Don GIORGIO ne distinguait pas ses traits mais il se laissait emplir de sa voix, acceptant la longue mélopée de péchés et de crimes… »
  • « Tu es venu à moi, je t’ai offert mon écoute... »

Et malgré les révélations en totale contradiction avec ses convictions le curé accueille les confidences en accompagnant Rocco dans sa longue relation des faits. Et il poursuit :

  • « Je fais don à l’église de la plus grande fortune que Montpuccio ait connue, en échange je demande humblement que les miens, malgré la pauvreté qui les touchera désormais, soient enterrés comme des princes »

Le vieux curé alla chercher une feuille et coucha sur le papier les termes de l’accord.

Le médiateur

  • Don Giorgio est choisi comme Médiateur par Rocco pour apaiser les rapports de force entre sa famille et les villageois et faire respecter le pacte, désormais le bien le plus précieux de la famille Scorta.

Il facilite la relation de Rocco avec les villageois il sert de pacificateur.

  • Don Giorgio écoute et ne condamne pas il ne saurait absoudre mais il accepte d’accompagner le processus de réintégration d’une famille qui va devoir rompre avec la violence qui en est à l’origine.
  • Il semble peu acteur dans la solution que Rocco a déjà envisagée mais il vérifie par ses objections que c’est bien ce que Rocco souhaite et malgré les difficultés qu’il pressent il accepte de porter ce souhait et de faire respecter l’accord.

« Par le don de sa fortune Rocco Scorta avait voulu modifier la malédiction : Les siens désormais ne seraient plus fous mais pauvres ! » Don Giorgio conserva une somme permettant aux trois enfants DOMENICO l’aîné Giuseppe le second et Carmela la plus jeune de partir à New-York pour reconstruire leur avenir ailleurs. A leur retour au village personne ne les attend à l’exception de Raffaele à qui incombe la délicate épreuve de leur annoncer la mort de leur mère. Un an à peine s’était écoulé depuis leur départ mais ils avaient vieillis.

  • L'inimaginable : Le lendemain, Don Carlo Bozzoni, le nouveau curé s’écria en voyant le papier sur lequel Rocco et Don Giorgio avaient signé leur pacte : « C’est inimaginable ! de la superstition voilà ce que c’est ? De la magie... »

La rupture de l'engagement

Don Carlo Bozzoni, le nouveau curé n’a pas les qualités de Médiateur. Il ne comprend pas l’importance du respect de l’engagement pris par son prédécesseur, pour lui ce pacte n’est pas conforme aux rites de l’église. Cette solution est inimaginable, et a pourtant été acceptée par le village. Le curé ne décolérait pas : il alla jusqu’à arracher le crucifix en bois mais la croix réapparaissait, il croyait se battre avec les Scorta mais c’est avec tout le village qu’il faisait un bras de fer. Il refusa la proposition d’une délégation de villageois d’enterrer convenablement la Muette la mère des trois enfants Scorta ; Il fut finalement rejeté par le village.

Un conflit très violent s’instaura qui finit par la mort du curé abandonné errant dans les collines aux heures de grande chaleur.

« Le soleil avait eu raison de lui» Don Carlo, homme du Nord de l’Italie si peu enclin à l’écoute et à la compréhension de l’autre surtout en dehors des dogmes et des rituels officiels. La suite de cette saga familiale est la longue progression d’une famille qui grâce à l’ingéniosité de Carmella réussie à survivre par le travail et le courage. C’est aussi le rôle des curés à l’exception de Don Carlo Bozzoni qui accompagnent le processus de pacification.

Depuis le retour d’Amérique, les frères Scorta avaient une confiance totale en l’instinct de leur petite sœur Carmella, elle avait observé que la seule chose commune entre les hommes du village pêcheurs et bourgeois était « qu’ils tiraient avec avidité sur des petites cigarettes à l’ombre ou en plein soleil» « Oui il faut ouvrir un bureau de tabac à Montepuccio »

Le lien de confiance

Entre temps, un homme était entré à Montepuccio à dos d’âne un matin d’août 46. Il avait un long nez droit et des petits yeux noirs. Après un prêche d’une extrême violence l’assistance resta stupéfaite Don Salvadore fut adopté ; on avait aimé sa solennité. " Il avait la rudesse de la terre du sud et le regard noir des hommes sans peur. "

Don Salvadore, nouveau curé avait réussi à rétablir la confiance que Don Bozzoni avait perdue. Cette confiance indispensable pour que chacun puisse parler et se confier sans craindre le jugement.

Les deux frères de Carmella moururent l’un au milieu de ses oliviers l’autre sur la place de ce village qui l’avait si longtemps rejeté et qu’il n’avait pratiquement pas quitté.

L'importance de communiquer

Quant à Rafaele, le temps passait et il ne voulut pas mourir sans avoir parlé au fils aîné de Carmella Elia: "Nous n’avons été ni meilleurs ni pires que les autres, nous avons essayé c’est tout ! de toutes nos forces nous avons essayé chaque génération essaye de construire quelque chose Chacun essaie de faire de son mieux". Rien ne valait pour ta mère tes oncles et moi les années où nous n’avions rien ou nous nous sommes battus pour le bureau de tabac.

Rafaele, qui avait accepté devant la tombe de la Muette de devenir un Scorta avait renoncé ce jour là à déclarer son amour pour Carmella et c’est peut être ce qui lui fit dire des années plus tard lorsqu’il organise pour toute sa famille un banquet dans son trabucco l’importance de rompre le silence et le rôle essentiel de la parole pour communiquer partager et sortir de l’ignorance.

« Vous le savez, tout le village nous appelle les taciturnes on dit que nous sommes les enfants de la Muette et que notre bouche ne nous sert qu’à manger jamais à parler ... Mais que ce silence soit pour eux pas pour nous. Promettez moi de parler à mes enfants. Un secret que vous avez gardé pour vous et que vous ne direz à personne d’autre sans quoi nos enfants resteront des Montepucciens ignorants du monde, ne connaissant que le silence et la chaleur du soleil. »

L'écoute

Carmella aussi communique « Je vous le dit Don Salvadore j’avais une dette vis à vis de mes frères ; une dette immense je savais qu’il me faudrait une vie pour la payer je m’étais jurée de tout leur donner je leur devais bien cela. Je n’ai connu le bonheur que lorsque j’étais entourée d’eux ! » Elia Le fils de Carmella qui avait repris le bureau de tabac fit un mariage avec la fille d’un notable il confia son amour à Don Salvadore . «  Il n’y a qu’au dernier jour de sa vie que l’on peut dire si l’on a été heureux avant cela il faut tenter de mener sa barque du mieux qu’on peut Oublie la chance oublie le sort et force toi car pour l’heure tu n’as rien fait ... » Le curé avait dit ce qu’il pensait avec ce ton que les gens d’ici aimaient tant Il était direct et dur et ne ménageait personne.

Dans un accès de folie Elia mit le feu au bureau de tabac œuvre de la vie de la famille SCORTA mais les temps ont changé le village se mobilise le curé encore une fois était derrière cet élan de solidarité et pour la première fois ELIA travailla dur mais avec bonheur à la reconstruction du bien familial.

L'accompagneur

Don Salvadore digne successeur de Don Giorgio qui avait initié la réconciliation des Scortta avec le village fait un bilan surprenant à l’heure de sa mort.

« C’est notre tour de mourir maintenant Elia »
« Quel dommage je les aimais tant mes culs terreux je ne me résous pas à les quitter »
« Elia trouva bien étrange cette remarque dans la bouche d’un homme d’église Qu’en était il de la vie éternelle du bonheur d’être rappelé à la droite de Dieu »
« Il me semble parfois que vous n’êtes pas vraiment un curé  » «  Je ne l’ai pas toujours été »
« Il faut passer le relais, dit Elia reprenant les mots du curé. »

La lente résolution des conflits issus des vieilles haines et de l’ignorance des hommes est un parcours éclairé par le rôle du curé dans cette histoire il est de par sa fonction au milieu du village il écoute et aide à trouver des solutions même si elles ne sont pas conformes à ses convictions il privilégie la résolution du conflit. C’est un accompagnateur, il ne lâche pas.

La confidentialité

Mais pourquoi les enfants Scorta ne sont-ils pas restés aux Etats-Unis? Quel est le long monologue qu'entretient Carmela avec Don Salvatore? Qu’est ce que Carmela veut transmettre à sa petite fille Anna, la fille unique d’Elia

«  Anna écoute c’est la vieille Carmela qui te parle tout bas ………. »
«  Vous lui direz Don Salvatore. le vent emporte mes mots il en parsème les collines vous veillerez à ce que certains d’entre eux lui".

A ce moment du résumé de l’histoire, je ne peux, comme le curé Médiateur, révéler quoique ce soit en raison de leur confidentialité. Les confidences d’Anna seront dévoilées au lecteur qui en même tant que Don Salvatore les écoutera au fil de ce roman.

Le processus de médiation

  • L’assassinat de luciano Mascalzone par les villageois de Montepuccio.
  • Rocco, né du viol «  par erreur d’Immacolata », et qui se présente comme « le châtiment du village »
  • L’aspiration de Rocco de rompre avec la malédiction.
  • Le choix du curé qui s’est interposé lors du crime du père et de l’enfant, celui qui est reconnu pour ses qualités de Tempérance. - La solution issue d’une longue nuit de dialogue entre Don Giorgio et Rocco.

Et la solution de Rocco qui paraissait tellement absurde de dépouiller sa famille pour qu’ils ne soient plus fous mais pauvres n’a-t-elle pas permis de lever cette malédiction

  • Le pacte auquel s’engage le curé cérémonie « inimaginable » pour un curé.

Lorsque DONCARLO BOZZOTI rompt violemment le lien de confiance il créée un déchaînement de violence qui se retourne contre lui.

  • Le rôle de confident d’accompagnant et de garant des engagements joué par 2 des curés de l’histoire.
  • La confiance que chacun des confidents place dans « le curé » qui ne livre les secrets qu’avec l’ accord des parties.
  • Le résultat final qui est la restauration de relations de qualité entre une famille «  Maudite » et un village qui s’ouvre vers la compréhension de l’autre (solidarité lors de la destruction du Bureau de tabac des Scorta)

Le secret de la famille Scorta

Cette famille qui à l’image de Rocco n’a cessé de se servir du curé comme médiateur Carmella en lui confiant son secret « Je vous remercie de m’avoir accompagnée. »

Elia son fils en instaurant une relation faite de confidences et de confiance. « Il me semble parfois que vous n’êtes pas vraiment un curé  » «  Je ne l’ai pas toujours été »

Je vous invite à lire cette histoire d’hommes au milieu d’autres hommes qui se déchirent se jugent se coalisent se regroupent se détruisent s’entraident et s’aiment aussi à condition qu’on les aide un peu.

Dans un contexte aride parfois torride les paysages et les ambiances sont magnifiques Les personnages aussi sont magnifiques !

Et Les Scorta ont-ils vraiment choisi de rester à Montepuccio ?

Domenicco Guiseppe et Carmella qui revinrent des Etats-Unis ont-ils choisi de revenir ?

Et Anna la fille d’Elia et la petite fille de Carmella partie faire ses études de médecine à Milan dans le nord de l’Italie va-t-elle être la première Scortta à quitter Montepuccio pour l’instant elle est en retard à la procession et ELIA l’attend .

Et si Anna est arrivée en retard, c’est parce que Don Salvadore l’a emmenée au vieux confessionnal et lui a transmis pendant plusieurs heures les confessions de Carmella « C’est comme si la vieille voix cassée de Carmella s’était mise à caresser les herbes des collines Anna portait désormais en elle les secrets de Carmella » Sans qu’elle sache bien pourquoi ces secrets la rendaient forte, infiniment forte. Anna murmura alors à son père : «  rien ne rassasie les Scortta  »

Don Salvadore avait raison les hommes comme les olives sous le soleil de Montepuccio sont éternels.

Rien ne rassasie les Scorta les mangeurs de soleil le désir éternel de manger le ciel et de boire les étoiles.

Outils personnels
Translate