Le souci de l'autre

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Le souci de l'autre de Marie de Hennezel lu par William Renault

Sommaire

L’auteur

Marie de Hennezel est une psychologue clinicienne[1], connue pour ses contributions relationnelles et humaines dans le milieu médical. Elle a écrit, entre autre, pour former les soignants dans l’accompagnement de fin de vie « la mort intime ». Elle a aussi écrit : "Proposition pour une vie digne jusqu’au bout", "Fin de vie devoir d’accompagnement", "Nous ne nous sommes pas dit au revoir", "L’art de mourir", "L’amour ultime".

Introduction

Ce livre est présenté comme le résultat d’une enquête sur les relations conflictuelles dans les hôpitaux. Il présente un hôpital qui va mal où le manque d’humanité est flagrant, que vous soyez patients, personnels soignants ou non soignants. Sa lecture est facile et ne nécessite pas de connaissances médicales ou para médicales. In fine, Marie de Hennezel tire une sonnette d’alarme de conflits exponentiels dans le milieu médical.

L’enquête

Elle se déroule en France dans des hôpitaux publics et privés. Elle restitue en premier la responsabilité à chacun des acteurs de cet ensemble. Chaque soignant peut passer de l’autre côté et devenir patient, et réclamer une médecine humaine chargée d’explications compréhensibles et de regards attentifs. L’auteur constate un mépris de l’humain, elle regrette le manque de formation correspondant à la réalité, ce qui du coup induit une mauvaise attitude du soignant.

De même, elle nous propose de concevoir la souffrance à travers des interviews poignantes de patients déshumanisés. La culture des soins techniques (gourmande en temps horaire) dans les hôpitaux est aussi abordée comme une conséquence de cet échec.

En fin de livre un aspect plus optimiste est examiné, en présentant des projets et des réalisations qui irriguent des modifications comportementales. Seul, l’administration ne fait l’objet que de critiques, sans recherche de compréhension de son point de vue. (

Développement de l'ouvrage

Ce livre est constitué de 8 chapitres :

  • Responsable d’autrui : qui conte l'histoire d’un cinéaste face à sa relation avec la mort.
  • De l’autre côté de la barrière des biens portants : présente le comportement de soignants devenus patients et les conflits latents dus aux brusques changements, non accompagnés.
  • Donnez nous une médecine humaine : À partir de quelques témoignages, l'auteur nous précise l’utilisation à outrance des soins techniques dévoreurs de temps. L’auteur pose ces questions :
    • Le principal atout pour une guérison ne serait-il pas que le patient lui-même se sente partenaire dans sa guérison ?
    • Les soignants ont-ils la possibilité de soutenir les patients ?
    • La parole des familles est-elle écoutée ?

Marie de Hennezel dit que le soin se fait parfois dans la violence, il peut revêtir plusieurs visages. Où est la limite des soins ? Cet exposé litanique des carences dans les soins présente aussi une invitation à cesser cette avitaminose[2] de valeurs humaines.

  • Pourquoi ce mépris de l'humain : l’auteur dresse un état des lieux qu’elle a constaté. Il apparaît que l'hôpital dont la fonction historique humaine et sociale a toujours été de s'engager au service de ceux qui souffrent, ne fait pas son travail. Elle tire une sonnette d'alarme, l’hôpital est devenue un business, les soignants vont disparaître avec leur motivation.
  • Irriguer l’humain : toutes les guerres ont leurs résistants, ces soignants de l’ombre qui commencent à apparaitre peu à peu pour diffuser un élan de générosité, permettant l’émergence de nouveaux sites de soins plus humanisés.
  • Une culture du soin : Le soignant bousculé et frustré dans ses propres convictions, n'amenant que sa technicité, parfois pour accompagner le patient jusqu’à la mort. De même l'auteur épingle la responsabilité du chef de service dans la réception des nouveaux venus soignants, la définition de son poids hiérarchique et technique, son positionnement dans le service orientera le climat de celui-ci.
  • Vers une humanité réciproque : la confiance est source de bonnes relations, elle doit se vitaliser et se mériter. La responsabilité des soignants et des soignés dans une réciprocité magnanime est dans un soutien de chacun vers l’autre.
  • Ai-je vécu une utopie : Un espoir, un formidable défi, chacun doit comprendre sa vulnérabilité face aux événements les plus difficiles, la mort côtoyée jour après jour, la souffrance des malades mais aussi celle des familles et de ses propres collègues. L’approche ubuesque de ce livre envers les hôpitaux et l'univers conflictuel qui en découle apparaît là comme une résultante cynique et logique.

Conclusion

Cet ouvrage peut apparaître comme très engagé, néanmoins il propose une écoute et une cartographie de chaque protagoniste de l'hôpital. Le patient avec sa souffrance, ses besoins criants et sa volonté farouche de sortir du système de soins quel qu'en soit la sortie. Inextricable dilemme du soignant dans les craintes permanentes de se voir montré du doigt, de devoir donner des comptes à l'administration, de faire des choix, d'accompagner les patients et les familles dans la douleur.

En résumé le titre « la guerre des mondes »[3], définirait assez bien la situation que dépeint ce livre.

Sans être réellement diatribe, je pense que l'auteur ne différencie pas assez les trois mondes : le patient, le soignant, et l'administration.

Mon analyse des mondes qui constitue ce livre

  • Le monde du patient : son souhait est de se soigner, de quitter l'univers des blouses blanches. Sa difficulté est égale à sa souffrance physique et ou morale.
  • Le monde des soignants : leur souhait est de satisfaire les patients. Leurs difficultés dépendent des possibilités de réponses qu'ils peuvent donner à la souffrance physique et ou morale du patient.
  • Le monde de L'administration : il est structuré, défini de règles, pour manager la rentabilisation du produit hospitalier et donner aux soignants les moyens de travailler. Ses difficultés, justifier au monde, à la sécurité sociale et à l'administration ses dépenses et en même temps motiver le travail des soignants tout en qualifiant l'accueil des patients.

Ce livre reste donc un véritable outil de médiation, il permet de mieux comprendre le milieu hospitalier.

Les points de vue peuvent se rapprocher, seule la communication peut leur permettre de limiter leur cécité dans le souci de l'autre. Une évidence, les médiateurs peuvent apporter une réponse à ce problème de communication.

Qui que vous soyez, lire ce livre changera votre regard de l’hôpital.

Notes et références

  1. Qui étudie les maladies et établit ses diagnostics par l'examen direct des malades
  2. maladie de carence (manque de vitamine)
  3. Un livre d’Herbert George Wells (1898) et un film de Steven Spielberg
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