Le voile des illusions

De WikiMediation.

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Présentation du film «Le voile des illusions» par Francine Mounier-Barreau

Le sous titre du film est le suivant : « Le plus long voyage est celui qui rapproche deux personnes ».

Film de 2007 - D’après un roman de Somerset Maugham – Réalisé par John Curran – Interprété (notamment) par Naomi Watts et Edward Norton

Sommaire

Résumé

En 1920, Kitty, jolie trentenaire londonnienne un peu mondaine, épouse, sans l’aimer, le bactériologiste Walter Fane, lui-même très amoureux de Kitty. Elle cède ainsi à la pression de sa mère, qui a arrangé ce mariage, afin d’échapper à l’emprise de cette dernière.

Le couple part en Chine où Walter travaille pour le gouvernement britannique au département de recherche de Shangaï. Kitty, qui trouve son époux ennuyeux, va rencontrer un diplomate, Charles Townsend avec lequel elle aura très vite une liaison. Découverte par Walter, Kitty accepte le divorce, pensant que Charles va l’épouser. Mais celui-ci l’ayant éconduite, afin d’éviter le scandale, elle se voit contrainte de suivre Walter dans la chine profonde ou sévit une grave épidémie de choléra.

Walter, profondément blessé par la trahison de Kitty, donne tout son temps à sa mission, recherchant les moyens d’enrayer le choléra. Kitty, seule et désœuvrée, vit difficilement les conditions matérielles et relationnelles de cette situation.

Un jour, elle rencontre la mère supérieure du couvent français, hébergeant l’hôpital où travaille Walter, et elle va commencer à œuvrer là, auprès d’enfants chinois recueillis par les religieuses. Elle découvre petit à petit le dévouement de son mari et son regard va changer, son cœur s’ouvrir… Petit à petit, également, Walter va s’assouplir et reconsidérer sa femme.


Les ingrédients du conflit

Les prémices du conflit sont présents dès le début :

  • l’un aime un fantasme, l’autre l’épouse par intérêt.
  • le premier part en Chine par vocation, la deuxième fuit sa mère.
  • l’un est sérieux, responsable, engagé, « coincé », l’autre est frivole, légère, snob…

La quête absolue des besoins respectifs, par nature égocentrée, et son corollaire, l’incapacité à communiquer, va provoquer l’émergence de rapports de force entre Walter et Kitty.

Dés les premières images du film, on voit Kitty se remémorer les évènements qui l’ont conduite là, dans cette chaise à porteurs, aux confins des rizières chinoises, souffrant de la chaleur et de la moiteur suffocante, et plus encore de la parfaite indifférence (croit-elle) de Walter.

Ces flash-backs successifs nous permettent de comprendre comment, par petites touches, la crise s’est construite, inexorablement.

Ainsi, dans les premiers temps de leur mariage, un soir de pluie, Kitty s’adresse à Walter qui travaille : « c’est affreux, il pleut des cordes ! ». Silence de Walter. « J’ai dit qu’il pleuvait des cordes ! ». « Oui, j’ai entendu, excusez moi, je n’ai pas l’habitude de parler lorsque je n’ai rien à dire ». Kitty se sent jugée, elle est blessée et répond alors à Walter : « si nous ne parlions que lorsque nous avons quelque chose à dire, la race humaine perdrait vite l’usage de la parole ! ».

L’adultère de Kitty va mettre en exergue le conflit latent entre les époux et les émotions vont prendre toute la place :

  • il se sent trahi, méprisé, humilié, injurié par la femme qu’il aime et cet être doux qu’elle trouve ennuyeux va devenir rancunier et cruel à son égard.
  • elle, trahie à son tour par son amant, se voit contrainte d’accepter les règles de Walter, et sans ressentir la moindre culpabilité à l’égard de celui-ci, elle lui témoigne du mépris.
  • leur voyage éprouvant qui durera 20 jours, puis leur cohabitation dans un petit village sans aucun confort, … vont les confiner chacun dans l’isolement et la souffrance.

Lors de leur périple dans les immenses rizières humides, le convoi s’arrête sur un signe de Walter. Il s’approche de la chaise à porteurs de Kitty et lui dit : « il est presque midi. Nous pourrions nous arrêter sous les arbres , mais je ne vous cache pas que je préfèrerais continuer ». « Certainement, répond elle, car mon confort vous importe peu »…

Entre eux s’installe une tension extrême où interprétations, prêts d’intentions et contraintes s’en donnent à cœur joie : nous assistons, impuissants, à ce que le philosophe Alain expose dans «Propos sur le Bonheur» : les passions déforment la réalité et rendent toute communication impossible.


La maladie « médiatrice » et la purge émotionnelle

Sur place, et malgré tous les efforts de Walter et de son équipe pour l’endiguer, le choléra frappe en aveugle et la situation politique se dégrade à l’encontre des étrangers. Ces deux éléments vont favoriser une véritable purge émotionnelle pour Walter et Kitty et créer les conditions d’une double démarche de découverte de soi et de découverte de l’autre.

La situation mortifère crée un climat d’urgence qui va engendrer la petite mort du moi égo-tique, laissant la place à un soi ouvert à l’autre. Ils vont alors expérimenter la difficile transformation d’un mode relationnel en adversité à un mode relationnel en altérité.

Ainsi, Kitty découvre le vrai visage de son mari lorsqu’elle décide de venir en aide à la supérieure du couvent français qui accueille des enfants chinois orphelins. Le laboratoire de Walter est hébergé dans ces locaux, elle le voit enfin, dévoué, compatissant, engagé dans cette lutte sans merci contre la maladie. De même, confronté aux changements d’attitude d’une Kitty tournée vers les autres, touchée par leur malheur, Walter va poser petit à petit un nouveau regard sur sa femme et sortir de son mutisme, de sa rigidité. Le choléra le rattrape vite, mettant encore plus à nu nos deux personnages … leurs visions respectives vont évoluer peu à peu comme cela pourrait être le cas au cours d’un travail de médiation, lorsque le médiateur amène les parties à élaborer de nouveaux principes relationnels. Walter et Kitty se départissent progressivement de leurs jugements définitifs, se rendant compte pas à pas que la réalité de l’autre est plus complexe qu’il n’y paraît, au fur et à mesure que se lève « le voile des illusions ».

Conclusion

J’ai eu beaucoup de plaisir à regarder ce film avec le regard du médiateur. L’ayant déjà vu une première fois, j’avais « pris parti » pour Walter, et je n’avais guère d’amitié pour Kitty, même si elle s’amendait finalement. Ma deuxième lecture m’a permis de l’approcher avec neutralité, et j’ai pu voir comment l’incontournable conflit se construisait, petit à petit, puis comment il se démontait au fur et à mesure que chacun des protagonistes avançait dans le dépouillement émotionnel généré par la gravité de la situation.

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