Les Emotifs Anonymes

De WikiMediation.

Share/Save/Bookmark

Le film est réalisé par Jean-Pierre Améris, un cinéaste qui s'avoue lui-même émotif.
Film commenté par Karine Troncy

Distribution : Isabelle CARRE, Benoît POELVOORDE, Lorella CRAVOTTA…

Sommaire

L'HISTOIRE

Une jeune femme, Angélique, chocolatière de talent, très émotive, est engagée par erreur comme vendeuse dans une fabrique de chocolat presque en faillite tenue par Jean-René, un autre grand émotif. Leur passion commune pour le chocolat les rapproche et ils tombent amoureux l’un de l’autre, sans oser se l’avouer, alors que leur timidité maladive tend à les éloigner. Tous les deux essaient pourtant de se soigner de leur émotivité, Jean-René en consultant un psychiatre, Angélique en assistant aux réunions d'une association « les émotifs anonymes ». Mais Jean-René n'arrive pas à lui dire ses sentiments, et Angélique ne sait comment faire pour lui avouer sa véritable profession. Jean-René et Angélique arriveront finalement à dévoiler leurs sentiments respectifs et à surmonter leur manque de confiance en eux et leur timidité.

RAPPORT AU MENSONGE

A cause d’un malentendu, d’un manque de communication et de l’interprétation d’une employée qui pense qu’Angélique est venue pour le poste de représentante commerciale, cette dernière se fait embaucher par erreur, à un poste qui ne correspond pas à ses compétences et n’arrive pas à avouer qu’elle est chocolatière.


- T’es pas représentante commerciale ?

- Ah, si, si, je suis, j’ai toujours été représentante commerciale. Vendre, c’est ma passion, ma raison de vivre, je suis vraiment contente, vraiment, vraiment.


L’émotivité d’Angélique la rend extrêmement maladroite, si bien qu’il lui est difficile, voire même impossible d’imaginer une autre solution que celle du mensonge dans laquelle elle s’enfonce peu à peu, malgré elle. Angélique est enchaînée de par ses émotions et sa représentation du monde qui l’empêchent d’avancer, et se complait dans l’inconfort. En effet, malgré toute sa bonne volonté, elle n’arrive pas à surmonter son émotivité. Elle ne sait pas comment faire pour exprimer la réalité, elle est comme paralysée, bien qu’elle sache pertinemment qu’elle serait « la pire représentante commerciale du monde ».


Angélique, se rendant compte qu’elle est en train de perdre sa dernière cliente, lui annonce que la fabrique de chocolat a commencé à mettre au point une nouvelle gamme. Dans cette scène, Angélique a atteint la limite de son imagination et n’a pas trouvé d’autre stratégie (c’est la maladresse) que la surenchère du mensonge, car elle est frustrée et se sent inutile. Or, elle est bien intentionnée par rapport à elle-même, car elle sait qu’elle peut sauver la fabrique en créant personnellement les nouveaux chocolats. Elle n’a pourtant imaginé que cette solution qui lui permette de pouvoir enfin exprimer son talent, sauver la fabrique, se sentir légitime et reconnue en tant que chocolatière.

LES PIC (Prêts d’intention, Interprétations, Contraintes)

Pour Jean-René :

Prêt d’intention :

  • Jean-René l’engage comme vendeuse, car il pense qu’elle est venu pour le poste.


  • Il pense également à la place d’Angélique et fait une annonce à ses employés en disant : « Mademoiselle Delange, notre représentante commerciale, nous a probablement quitté », alors que cette dernière est seulement en retard.


Contrainte : Jean-René est contraint lorsque son psy lui impose des exercices pour vaincre sa timidité. Tout d’abord, celui d’inviter quelqu’un à diner, puis de toucher quelqu’un :

- Vous allez devoir toucher quelqu’un

- Toucher comment ?

- Serrer la main dans un premier temps

- Je ne serre jamais la main

- J’imagine

2ème lecture, du point de vue du médiateur qui pourrait dire: « ce que vous dites c’est que vous ne serrez jamais la main à personne, parce que si vous le faisiez, vous auriez peut-être peur de vous sentir mal à l’aise, d’être envahi par une certaine gêne et ainsi d’être déstabilisé. »


Une des employées dit à Jean-René :

- Ecoutez mon petit Monsieur, vous avez commencé à batifoler avec elle, alors maintenant pour la société, vous prenez vos responsabilités, vous continuez à batifoler. En tout cas, si elle disparait, nous on tombe en faillite. Alors on vous emmène chez elle et vous nous arrangez tout ce bazar.


2ème lecture, du point de vue du médiateur qui pourrait dire : « ça vous est difficile voire inacceptable d’imaginer que l’entreprise puisse mettre la clef sous la porte, à cause d’un homme qui n’arrive pas à affirmer ses sentiments à une femme. Ce que vous dites, c’est que vous craignez que Mlle Delange quitte la société, parce que si elle le faisait, vous pensez que l’entreprise pourrait tomber en faillite et que vous pourriez perdre votre emploi. Vous avez peur que la chocolaterie ferme et avez le sentiment que seul Jean-René pourrait arranger cette situation dont il est, selon vous, responsable. En ce moment, vous êtes inquiète et afin de vous rassurer, vous vous sentez obligée de prendre les choses en main en imposant votre solution à Jean-René, car pour vous, c’est la seule manière de résoudre la situation. »


Pour Angélique :


Prêt d’intention :

  • Au restaurant, Jean-René sort de table trois fois afin de changer de chemise, à cause de son émotivité et de son stress. Aussi, Angélique qui le voit partir 3 fois en quelques minutes, pense « je suis nulle ».


  • Lorsque Jean-René s’en fuit pour réfléchir et parce que la situation le dépasse, Angélique pense qu’il part définitivement et ne reviendra pas et elle en déduit qu’il ne l’aime pas.


Interprétation :

Conflit intérieur : elle n’arrive pas à avouer sa véritable profession, d’où un malaise permanent qui accentue encore sa timidité et son émotivité. Elle n’est pas en accord avec sa conscience, ni ses valeurs.


Contrainte :

Elle se soumet, cache son talent, n’arrive pas avouer sa véritable profession et elle accepte de prendre le poste, même s’il ne correspond pas à ses fonctions, qualifications et qualités


Pour le réceptionniste de l’hôtel (interprétation, prêt d'intention et contrainte) :

- Alors, le torchon brule

- Pardon !

- Votre femme vous a jeté dehors

- Ma femme ! ?

- J’ai bien vu tout à l’heure avec la clé, tout ça, je l’ai repéré à des kilomètres

- Vous avez repéré quoi ?

- Les couples qui se séparent. Ne la laissez pas partir, c’est la femme de votre vie, ça se voit

- Ah bon ?

COMPORTEMENTS HUMAINS ET EMOTIONS

  • Le comportement de Jean-René qui semble être sûr de lui devant ses employés, amène ces derniers à interpréter son attitude comme étant dure, froide et distante. Ainsi, une employée annonce à Angélique :

- Ne te laisse pas impressionner par le patron. Au premier abord il a l’air dur

- Et au deuxième ?

- Aussi.


  • Lorsque Jean-René a peur, qu’il est mal à l’aise et que ses sentiments l’enchaînent, il s’en va, fuit la relation, parce qu’il ne sait pas comment faire autrement. Ainsi, pour éviter de dormir dans la même chambre qu’Angélique et pour repousser l’heure où ils se trouveront seuls tous les deux, il lui propose de faire une balade… sous une pluie battante… ce qu’elle accepte.


  • Quand l’émotivité d’Angélique est à son comble, elle se rassure en chantant « tout va bien se passer, je suis sûre que le monde m’appartient, j’ai quand même confiance en moi », a le hoquet ou encore s’évanouit « dès qu’on me regardait, je perdais tous mes moyens, c’était la panique ».

DIFFICULTES A CHANGER

  • Pour Jean-René « être seul avec une femme, c’est une torture ».

Le point de vue du médiateur qui pourrait dire : « ce que vous dites, c’est qu’il vous est difficile, voire même insupportable de rester seul avec une femme, parce que vous auriez le sentiment qu’il pourrait éventuellement se passer quelque chose. Vous avez peur de vous sentir mal à l’aise, déstabilisé et de ne pas arriver à maitriser vos réactions. »


  • Lorsque Jean-René va consulter son psy, il lui explique qu’Angélique est partie et il semble soulagé en disant « ouf ».


- Comment, vous n’aimez pas cette femme ?

- Si, je suis follement amoureux d’elle. Je n’ai jamais éprouvé ça pour quelqu’un.

- Alors pourquoi ouf ?

- La peur, peur du couple, de ses problèmes, des angoisses du couple

- Et les côtés positifs ?

- Non, l’angoisse l’emporte. Surtout ne rien faire, ne pas prendre de risque, pourvu qu’il ne nous arrive rien


En effet, « Ce qui me fait peur, c’est la timidité. Pour mon père c’était la même chose, il avait peur et il avait une phrase favorite : pourvu qu’il ne nous arrive rien. Il répétait ça sans cesse ».


Jean-René a donc été habitué par son père à entendre cette phrase, par conséquent son attitude s’est modelée sur celle de son père, et il a du mal aujourd’hui, à lâcher-prise par rapport à ses certitudes, ses convictions et ses habitudes. Son père pensait comme cela, donc lui aussi doit faire de même. Pour Jean-René, c’est ainsi, il n’y a pas d’autre possibilité. Il est arrivé à ce moment là, à la limite de son imagination et a des difficultés à changer, tout d’abord parce qu’il ne sait pas comment faire autrement et enfin parce que le changement lui fait peur.


Le point de vue du médiateur qui pourrait dire: « ce que vous dites, c’est que vous aimez une femme et que cet amour vous fait peur, qu’il vous terrorise au point de ne pas vouloir lâcher prise par rapport à vos émotions, à vos habitudes et d’en perdre votre liberté, bien qu’il vous paraisse tout à fait envisageable qu’elle puisse être la femme de votre vie. »

PRISE DE CONSCIENCE DE JEAN RENE

  • A Angélique :

- Je crois que je suis amoureux de vous

- Très bien, enfin, je veux dire merci beaucoup

- De rien


  • A une réunion des émotifs anonymes à laquelle il assiste :

Jean-René : - Je suis émotif, je suppose, enfin je suis timide, lorsque je suis amoureux c’est comme si tout roulais dans mon corps. Je ferais n’importe quoi pour affronter mes émotions. Il y a cette femme que j’aime, cette femme qui est extrêmement douée, cette femme qui est émotive comme moi, comme tous, et qui est la femme de ma vie et je m’en rends compte maintenant alors que je voudrais lui proposer de faire un petit bout de chemin ensemble, enfin tout le chemin, on ferait du chocolat toute notre vie.

Le point de vue du médiateur: « Vous avez conscience que votre timidité peut être un frein à cet amour, mais néanmoins, vous êtes prêt et fortement motivé à dépasser cet obstacle et à vous désenchaîner de vos émotions qui vous paralysent. Ce que vous dites c’est que vous aimez Angélique, que vous avez le sentiment profond qu’elle est la femme de votre vie, et qu’il est possible de créer quelque chose avec elle. La solution que vous avez imaginée est de construire une relation amoureuse avec Angélique. »


Angélique : - Je suis désolée. Mais ça n’ira pas. Je t’aime et je sais que tu m’aimes aussi, mais on va à la catastrophe toi et moi si on continue. On va apprendre à se connaître, à connaître tous nos petits défauts, toutes nos petites manies, on va se marcher dessus, rien osé se dire et on va se détester et je ne veux pas te détester. En plus on est tous les deux émotifs. On court à la catastrophe c’est obligé. Il y en aura pas un pour rattraper l’autre. Alors autant s’arrêter maintenant.

Le point de vue du médiateur : « ce que vous dites Angélique, c’est que cette relation vous fait peur. Vous avez peur de l’échec, peur du changement, peur de souffrir, peur de vous laissez submerger par vos émotions et de ne pas réussir à les maîtriser. Vous vous sentez prisonnière de vos émotions et avez des doutes quant à la suite de votre relation avec Jean-René. Vous avez besoin de vous sentir rassurée et pour l’instant, il vous est difficile d’imaginer autre chose que de demeurer dans vos habitudes, au point de perdre l’homme que vous aimez».


Je constate ici deux choses. La première est que chacun est dans son monde et voit la situation de son point de vue, avec sa propre perception et représentation. Ainsi Angélique et Jean-René sont tous les deux légitimes par rapport à leur point de vue.

La seconde, Jean-René grâce au jugement positif qu’il émet : « cette femme qui est extrêmement douée », le prêt d’intention positif : « émotive comme moi, comme tous, et qui est la femme de ma vie », et son envie de collaborer : « je voudrais lui proposer de faire un petit bout de chemin ensemble » et « on ferait du chocolat toute notre vie », montre qu’il a envie de changer, qu’il ferait n’importe quoi pour affronter ses émotions. La dynamique de reconnaissance est en marche.

Angélique de son côté, a peur. En effet, dès qu’elle essaie de sortir de l’inconfort dans lequel elle se trouve, bouleverse sa représentation du monde, prend conscience que cela ne va pas être facile, culpabilise et souffre.

CONCLUSION

Une personne timide, émotive et qui manque de confiance en elle, est enchaînée, comme paralysée à cause de sa peur de l’autre. Il y a comme une barrière devant elle qui l’empêche d’avancer, de communiquer et elle doit se forcer et se faire violence pour arriver à entrer dans le monde de l’autre et des autres en général. Le maître-mot ici est le lâcher-prise et la confiance.

Pour conclure, il est donc très difficile de sortir de sa représentation du monde, de ses schémas prédéfinis, de ses croyances toutes faites, de ses habitudes… de sa caverne, et il faut beaucoup de courage, de force et de motivation pour arriver à progresser et à changer.

Outils personnels
Translate