Les liens du sang

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Les Liens du Sang

Les liens du sang, deux frères flic et truand. Un film de Jacques Maillot,2007. Une lecture proposée par Ingrid Plathey, promotion CAP'M 2014-2015


Sommaire

SYNOPSIS

Gabriel, voyou, sort de prison après avoir purgé une peine de 10 ans pour meurtre. A sa sortie, il retrouve sa famille : son père, sa sœur et en particulier son frère cadet François qui est devenu policier. François fait tout pour aider Gabriel à se réinsérer. Il l’installe dans une chambre de bonne au-dessus de son appartement et lui trouve un emploi de manutentionnaire dans un supermarché. Gabriel, très rapidement, peu enthousiasmé par son travail, reprend ses activités premières. Après s’être vu refusé un projet dans la restauration par le maire et ses administrés, il monte un braquage, commet plusieurs assassinats rétribués et lance avec son ex-femme un business de proxénète. Toutes ses activités illégales, que François découvre à son insu ne sont pas sans lui poser de problème, d’autant plus qu’il est son frère et de surcroît qu’il est policier.

LES DEUX FRÈRES

Ce film, sur un fond d’intrigue policière est en fait l’histoire d’une famille et de la relation entre deux frères Gabriel, truand et François, flic.
Gabriel est l’aîné des deux frères. Il a purgé une peine de prison de 10 ans. Le juge, à sa sortie de prison lui assigne de se tenir à carreau et de trouver du boulot. A sa sortie, Gabriel renoue avec sa famille. Son père l’accueille les bras ouverts. Il est fier de son fils et le lui fait savoir ouvertement devant son fils cadet, François. Gabriel reprend très vite sa vie de flambeur, les femmes, le sexe, les mensonges et les magouilles. Il ne jure que par des promesses qu’il ne tient pas. Il entretient avec son ex-femme des rapports d’associés, il laisse sa nouvelle femme dans l’ignorance de son business et avec son frère, il se montre à la fois complice et tyrannique.
François est le cadet. Il est très attaché aux valeurs familiales. Enfant, il était très complice avec son frère et il a vécu son incarcération comme un abandon de sa part. Il souffre de ne pas être choyé par son père comme l’est son frère Gabriel. Il veut fonder une famille. Il est intègre, ne compte pas son temps dans ses enquêtes. La loi fait référence pour lui. Cependant, il est tiraillé entre ses valeurs, ce frère qu’il aime, qu’il veut aider à s’en sortir et les dérapages de ce frère qui ne font que s’accentuer au fils des mois.

LECTURE DE LA DYNAMIQUE CONFLICTUELLE AVEC L’ŒIL DU MÉDIATEUR

Le film débute par une scène de famille : Gabriel, en permission, François et leur sœur se rendent au chevet de leur père malade. Le père ne s’adresse qu’à Gabriel, il est heureux de le voir et lui montre une photo qu’il garde toujours avec lui où ils sont tous les deux. Dans cette scène, François reste en retrait, tête baissé. Il nourrit de la rancune contre son frère, rancune qu’il exprime à sa sœur qui veut le contraindre à aider son frère du fait des liens du sang. Il lui répond :«  Gabriel ne s’est jamais occupé de ce qu’on devenait, je ne vois pas pourquoi je m’en occuperai ». Bien plus tard, dans le film, Gabriel fait part de ses regrets dans sa composante remords, en évoquant ses souvenirs d’enfance à son amie :« C’est mon frère, je l’aimais, je l’admirais, c’était mon idole. Je ne comprenais pas qu’il soit là puis plus avec nous. C’est comme s’il nous avait abandonnés ».
Gabriel sort de prison avec la triple contrainte judiciaire de « faire plaisir au juge, de se tenir à carreau et de trouver du travail ». François lui trouve un hébergement et un travail, sans lui demander son avis. Il s’installe dans cette scène les premiers ingrédients du conflit: la contrainte et la solution imposée.
Quelques jours plus tard, Gabriel dans un moment de complicité avec son frère lui envoie des reproches.« Il y a quelque chose que je voulais te dire. Je te préviens, cela ne va pas te plaire. J’ai trouvé dégueulace que tu ne viennes pas me voir ».Il prête à son frère des intentions malveillantes à son égard. Ce prêt d’intention alimente alors la dynamique conflictuelle qui est à son apothéose dans cette scène dont nous faisons un zoom.
C’est à nouveau une scène de famille. Cela se passe au domicile du père. Le père, la sœur, les deux frères et un ami sont réunis. Ils regardent la télévision qui transmet en direct l’arrestation de Mesrine, tué par les CRS. Nous avons annoté cet extrait des ferments du conflit, chez les différents protagonistes, à la fin de leur réplique.

« Commentaires à la TV : Mesrine avait juré au commissaire, à notre prochaine rencontre, c’est le premier qui tirera qui aura raison. Mesrine foudroyé par un déluge de plomb…
Gabriel : Putain, fermez lui la gueule à ce connard là. Il nous prend vraiment pour des glands ou quoi. Ils voulaient le buter, ils l’ont buté. Point final. (Contrainte + interprétations(jugement, insultes))
Le père : François, éteint. (Contrainte)
François : Deux secondes
Gabriel : Des vautours, bande d’enculés, quel tas de merde (Contrainte - interprétations)
François : T’es pas obligé de regarder (Contrainte)
Gabriel : Oh, ta gueule, toi. C’est tes potes qui l’ont buté, alors évidemment, Monsieur (Interprétation)
La sœur : Gabi
François : Tu ne sais pas de quoi tu parles. Il y a des armes dans la voiture. Si les gars ont tiré, ils ne pouvaient pas faire autrement (Contrainte + prêt d'intention)
Gabriel : Oh, la bonne blague (Prêt d’intention)
François : Mesrine était en face, on sait de quoi il est capable (Prêt d’intention - interprétation)
Gabriel : Bien sûr. De quoi, vous, vous êtes capables, parce que vous l’êtes. Buter sans sommation, buter comme une merde. Et puis, ne me dis pas que je ne sais pas de quoi je parle, parce que les flics je les connais depuis quinze piges. (Prêt d’intention)
L’ami : Eh les mecs, il y a une super côte de bœuf
Gabriel : Moi, je l’emmerde ta côte de bœuf. Moi, quand j’étais au QHS, il n’y en a pas un qui est venu me voir, d’accord. Mesrine, lui, au moins, il était avec nous. (Prêt d’intention)
François : En attendant, le tueur, c’était lui, pas nous. Il ne faudrait pas inverser les rôles, merde. Et quand vous étiez en prison, vous n’étiez pas par hasard, il ne faut pas l’oublier, ça non plus. Mesrine, il a eu ce qu’il cherchait, c’est tout. (Contrainte - prêt d'intention + jugement)
Gabriel : Il a eu le choix, tu crois
François : Bien sûr, il a eu le choix et toi aussi. Arrête de nous faire croire que tu es une victime (Prêt d’intention + interprétation)
Gabriel : C’est des conneries ce que tu racontes et toi tu y crois, t’es encore plus con. Bon ça suffit, j’en ai plein le cul (Prêt d'intention+interprétation)
Le père : Non, non Gaby, tu ne vas pas partir (il l’enlace). On est tous là, on ne se voit jamais. Eh, François, dis-lui de rester. Pourquoi t’as fait ce cirque. (Prêt d’intention + interprétation)
François : C’est moi qui ai fait ce cirque. OK, vous savez quoi, il va rester. C’est moi qui vais partir, salut.
La sœur : Non mais je pars, non mais c’est moi. Non mais, vous vous entendez. Maintenant vous allez la boucler et on va passer à table, simple question de politesse. »

Dans cette scène, les trois invariants de la dynamique conflictuelles sont présents. Les prêts d’intentions négatives, les contraintes, les jugements et les interprétations de la part des personnages sont multiples et créent une escalade dans le conflit. Au fur et à mesure du conflit, Gabriel et François adoptent une communication sur le mode de la surenchère. Ils sont débordés par leurs émotions conflictuelles et accentuent la stratégie de communication qu’ils ont l’habitude d’utiliser en temps ordinaire. Gabriel focalise sa communication sur le mode « être » du modèle SIC. Il utilise dès le début des expressions verbales émotionnelles, des mots réactifs, sensitifs qui s’accroissent pendant l’échange. Il reproche à François son manque d’objectivité, son insensibilité et se trouve dans le même temps incapable d’entendre ses arguments.
François, quand à lui, se situe sur le mode « savoir » du modèle SIC. Dans ses propos, il utilise l’argumentation rationnelle, logique, administrative. Il verbalise très peu d’émotions, ce qui ne signifie pas qu’il n’en ressent pas.
La communication devient de moins en moins efficace et se rompt, lorsque le père rajoute une interprétation négative et renvoie à François sa préférence pour son autre fils.

ISSUES DU CONFLIT

La sortie du conflit se fait dans l’adversité. François abandonne la relation. L’abandon lui apparaît comme la seule alternative possible à ce lien fraternel qui lui devient insupportable. Il décide, en accord avec lui-même de rompre la relation. Gabriel trouve une issue à ce conflit dans l’adversité également, mais contrairement à son frère, sur le mode de la domination. Dans les scènes suivantes du film, il sait que la discussion avec Gabriel n’est plus possible mais il est certain de pouvoir lui imposer ses choix par la contrainte. Notamment, sa domination va prendre plusieurs formes : le dénigrement, la menace, la colère lorsque son frère décline son invitation de mariage et joue sur la culpabilité pour lui imposer d’être le parrain de sa fille.

Cette sortie du conflit, dans l’adversité ne donne pas entière satisfaction aux deux frères qui n’auront de cesse de trouver une meilleure solution. Cette solution jusqu’à la fin du film restera sur le registre de l’adversité et ne trouvera son issue finale que par la mort de François.

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