Lettre au père

De WikiMediation.

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Lettre au père de Franz Kafka lu par Daniel Jeannin

«Très cher père, tu m’as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d’habitude, je n’ai rien su te répondre.»

Franz Kafka est issu d’une famille de la petite bourgeoisie commerçante hongroise. Son père, de culture juive, était un homme en pleine force de santé. Il avait beaucoup d’appétit, de puissance vocale, un don d’élocution, un contentement de lui-même, le sentiment d’être supérieur au monde. Il était tenace, faisait preuve de présence d’esprit, de connaissance des hommes, il avait une certaine générosité, était colérique. Tel était ce père dans un mode éducationnel très rigide, dirigeant tout son monde.

C’est dans ce climat familial que Franz grandit, marqué par cette éducation, les excès de colère de son père. Un soir par exemple, celui ci le fit sortir de son lit et le laissa dormir dehors sur le balcon : « ceci eu pour conséquence de me rendre obéissant » décrit-il !

Le dirigisme de son père, lui interdisait de prendre la parole à table, le réduisait à peu de chose, même quand Franz lui rapportait son carnet de note « j’ai déjà vu mieux » s’exclamait le père.

Toute cette éducation a eu pour effet de façonner Franz. A tel point qu’il dit : « quand j’entreprenais quelque chose qui te déplaisait et que tu me menaçais d’un échec, mon respect de ton opinion était si grand que l’échec était inéluctable.. Je perdis toute confiance dans mes propres actes », « ma mère se contentait de me protéger en secret contre toi..., le tricheur... du fait de sa nullité, était incapable d’obtenir autrement que par des chemins détournés même les choses auxquelles il pensait avoir droit », «  j’en vins à ne plus oser t’interroger quand maman était là », « j’étais envahi par la conscience de ma faute qui, de toute façon était prête à surgir », « on se transformait en enfant maussade...,ne songeant qu’à un moyen de fuite, de fuite intérieure le plus souvent », «  j’avais en revanche des idées plus élevées en tête», «  Tu soufflais le chaud et le froid... l’on pleurait de bonheur..., mon père étais toujours mon père, je me pris à douter... de mon corps... le chemin de l’hypocondrie se trouva libre... », « Avais-je donc encore assez de confiance en moi pour accéder à une profession véritable ? Mon appréciation de moi même était beaucoup plus dépendante de toi que de n’importe quoi.», « Tu t’opposes au mariage et m’imposes d’aller vers une autre jeune fille : humiliation et mépris, une fois de plus !… »

Dans ce livre « lettre au père », Franz Kafka jauge et extériorise la force du père dans le schéma éducatif qu’il a reçu. Ses rapports à sa famille, et particulièrement à son père, gravitent dans cet écrit comme une obsession, une recherche quasi vaine pour percer le mystère de leur relation.

Il décrit la figure de terreur, de peur, de doute que représente l’image paternelle à ses yeux. Il livre ses sentiments, balançant entre fatalisme et amertume, ses déchirures, ses non-dits. Ce livre est un témoignage « d’amour-haine », rendu possible par l’absence du père.

Lorsque l’on s’intéresse à la vie de l’auteur, on découvre que Franz Kafka a préféré un statut de fonctionnaire bien qu’il ait fait de brillantes études et obtenu un doctorat en droit. Il a toujours rejeté le mariage, se sentant incapable d’assumer une vie à deux. Atteint de tuberculose, l’isolement qui s’en suivit lui permit de se consacrer à l’écriture.

L’influence du père sur le fils est telle qu’elle modélise celui-ci. Ce dernier décrit lui-même son manque de confiance en lui, son sentiment constant de culpabilité, etc...

Ceci démontre les résultats d’une éducation. Pour sortir de ce modèle ou caverne, il faudra une prise de conscience longue, difficile.

Par analogie on s’attache à mieux comprendre la diversité des personnes, leurs difficultés au contact des autres, leur peur des autres et toutes ces difficultés relationnelles qui font le lit de nombreux conflits.

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