Lord of War

De WikiMediation.

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Ludivine Guyot a vu Lord of war, un film américain réalisé par Andrew Niccol avec Nicolas Cage et vous le livre du point de vue de la médiation.

Sommaire

L’histoire

Yuri Orlov est un homme plein d’ambition, qui nous raconte l’histoire de sa réussite professionnelle. Son métier lui rapporte beaucoup d’argent et son nom est connu de tous. Il excelle dans son domaine d’activité : la vente d’armes et, à ce titre se fait appeler «Lord of War» (le seigneur des armes). Yuri fournit aussi bien les soldats que les dictateurs et fera tout pour échapper à ses ennemis, notamment, un agent du FBI qui s’intéresse tout particulièrement à ses activités.

Dès le début du film, le narrateur (Yuri), se positionne : « un homme sur douze est armé sur cette planète. La seule question c’est de savoir comment armer les onze autres ». Cette remarque heurte les valeurs profondes de notre société qui prône le désarmement et la paix. Yuri se pose en marginal, en cynique. En effet, il ira jusqu’à décrire les Kalachnikov comme des armes « si simples d’utilisation qu’un enfant pouvait s’en servir » et comparer la vente d’arme à l’acte d’amour : « La première fois qu’on vend une arme, c’est comme quand on fait l’amour, on ne sait pas ce qu’on fait mais c’est excitant ».

La vente d’arme, une activité légitime

Son raisonnement est sans faille, il fait de la vente d’armes une activité dont on ne peut que reconnaître la légitimité :

  • Il a pour vocation de répondre aux besoins instinctifs de ses congénères qui est celui de tuer.
  • Lorsque sa femme apprend de la bouche de l’agent du F.B.I que Yuri est marchand d’armes et qu’elle le confronte sur ce sujet, il lui répond : « Je ne suis pas un marchand de mort, je ne fais que fournir aux gens les moyens de se défendre, je suis un mal nécessaire ». Je fournissais toutes les armées sauf l’armée du salut »... « Rien ne coûte plus cher à un marchand d’armes que la paix ».
  • « Les gens qui vendent des bagnoles, de la drogue ou du tabac font plus de victimes que les marchands d’armes ».

La créativité du marchand d’armes

Une inventivité qu’il met au service de son activité pour échapper au flagrant délit que l’agent du F.B.I et Interpole étaient certains de constater :

  • Yuri transforme des hélicoptères de combat en hélicoptères de sauvetage à vocation humanitaire. Il fait du trafic d’arme « légal ». « Les seules bombes qu’ils peuvent larguer sont des colis humanitaires », dit-il aux autorités.
  • En Colombie, alors qu’il transporte des armes en cargo, il est repéré. Il fait changer le nom du navire en cinq minutes et utilise un drapeau hollandais retourné pour prendre la nationalité française.

Yuri parvient toujours à trouver d’ « inimaginables solutions » pour rester dans l’apparence de la légalité et éviter les sanctions.

Confidentialité et solitude du marchand d’armes

Yuri mène une double vie. Sa femme, Ava, n’a pas connaissance de ses activités : officiellement, il travaille dans le transport.

Son frère lui demande un jour si Ava est au courant et il lui répond : « On ne parle pas de ces choses là. Combien de vendeurs d'autos parlent de leur travail ? Combien de vendeurs de tabac ? Pourtant leurs deux produits tuent plus de monde chaque année que les miens. Et sur les miens, il y a un cran d'arrêt. Si ces gens peuvent oublier leur travail quand ils rentrent chez eux, je le peux aussi. » Son mensonge repose sur de bonnes intentions : il souhaite préserver les membres de sa famille, les rendre heureux et pour y parvenir, tous les moyens sont bons.

Dès sa rencontre avec Ava, le mensonge s’installe. Cette dernière est censée être le fruit du hasard mais en réalité, elle est l’œuvre d’un stratagème finement élaboré. Yuri commence par embaucher Ava (mannequin) pour une séance photo « bidon », puis, loue le palace dans lequel ils noueront des liens, et s’invente un statut de milliardaire en louant un jet privé sur lequel il ira jusqu’à faire inscrire son nom. Il entretient ce mensonge en achetant les tableaux d’Ava anonymement pour lui faire croire qu’elle est une artiste à succès.

Mais sa fidélité envers Ava est certaine : « je lui ai toujours fait l’amour comme si elle était la seule », raconte Yuri.

Les conséquences : Il finira par tout perdre. Sa femme le quitte, ses parents le renient suite à la mort de son frère, et son oncle (précieux complice d’armes) est assassiné lors d’un attentat à la bombe. L’image de début et de fin de film symbolise sa solitude : cet homme, seul, au milieu des balles, dont le visage ne laisse transparaître aucune émotion. Il est l’incompris, celui que l’on juge : ce «marchand de mort» sans état d’âme.

Je ferai ici un parallèle avec l’image qu’un médiateur peut renvoyer à des non-initiés à la médiation. Son positionnement et les comportements qui en découlent sont souvent interprétés comme étant de l’indifférence, le fruit d’une marginalisation volontaire, voire du cynisme.

Ethique et déontologie du marchand d’armes : neutralité et distanciation

La règle d’or est la suivante : « Ne jamais se laisser aller à devenir consommateur ».Yuri vend des armes mais ne les utilise pas. De la même manière, il vend de la cocaïne sans pour autant en consommer personnellement contrairement à son frère, Vitaly.

Lorsqu’il conclut sa dernière grosse transaction en Sierra Leone, son frère accepte finalement de l’accompagner. Mais Vitaly ne parvient pas à respecter la distance émotionnelle qu’impose le métier. Il perdra pied en assistant au massacre d’une mère et son enfant à coup de machette par un des membres des «combattants de la liberté». Lorsque Vitaly exprime sa volonté de tout arrêter en montrant à Yuri à quoi serviront les armes objets de la transaction. Yuri lui répond : « Ce n'est pas notre guerre ». Vitaly se fait tuer quelques instants après. Mais Yuri poursuivra la vente dans les règles de l’art.

Une conscience du danger non dépourvue d’humour :

  • « Quand les marchands d’armes s’entretuent, ils ne manquent jamais de munitions »
  • Alors qu’il vient de se faire tirer dessus par un acheteur, il précise : « L’important, c’est d’éviter de se faire tuer avec les armes que l’on vient de vendre ».

Le paradoxe de Yuri

Ainsi, il vend des armes mais ne supporte pas de voir la violence qui en découle. Le passage où le Président du Libéria utilise une arme contre un de ses propres soldats en est l’illustration. De même, lors d’un rapport avec des prostituées, il exprime sa peur du sida, maladie qui ne le tuerait, sans doute, que dans plusieurs années, alors, comme le relève l’une des femmes, qu’il risque sa vie chaque jour dans le trafic d’armes. Enfin, son fils a un pistolet en plastic qu’il prend soin de jeter à la poubelle.

Confronté à ses propres contradictions

La scène où le Président du Libéria (André Baptiste) retient en otage le marchand d’armes responsable de la mort de l’oncle de Yuri en donne une illustration. Le président utilise l’aporie pour lui démontrer l’absurdité de son comportement en lui mettant l’arme en main pour qu’il tire : « Vous voulez qu’il meure mais vous préférez que ce soit quelqu’un d’autre qui s’en charge ».

Conclusion

On peut vendre des armes sans aimer pour autant la violence. Et tout comme la neutralité du médiateur et le parti pris qui anime la médiation ne sont pas incompatibles, le marchand d’armes peut se considérer comme neutre tandis que la vente d’armes ne l’est pas.

Un autre point commun entre le marchand d’armes et le médiateur peut être relevé : « les conflits sont bons pour le commerce ».

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