Médiateure aux toiles de tentes à Paris plage en juin 2006

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Une médiateure aux toiles de tente à Paris plage

Par Jean-Louis Lascoux le 26/7/2006

Face à la grogne parisienne contre les sans domicile fixe, un médiateur a été nommé par le gouvernement...

Une rumeur s’est élevée jusqu’à perturber la tranquillité des vacanciers s’offrant deux mètres carré de sable chaud en bord de mer ou d’océan : les clodos parisiens se font une période estivale à Paris plage. Quel karcher urbain sortir ?

Il y a eu urgence. Vite, une médiateure est nommée... Fini donc le temps des commissions, arrive le temps des médiateurs ministériels. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, au nom de la raison sanitaire, en a appelé à une démarche humaine et ferme pour déplacer tout ce petit monde et nettoyer les trottoirs élargis depuis peu. Enfin, pour renforcer le dispositif, nous apprenons que le gouvernement a nommé un médiateur qui doit travailler avec les associations et faire le bilan des places d’accueil de jour disponibles pour apporter des solutions à ce problème. Ainsi, après le médiateur de Nicolas Sarkozy, voici le médiateur de Dominique de Villepin.


Sous les pavés, la découverte du sable...

C’était en 1968, les rêves fourmillaient dans les rues parisiennes. On plantait des barricades. On arrachait les pavés - et dessous, les étudiants découvraient le sable - comme si le bonheur allait venir de ces actes téméraires face aux forces de l’ordre. Il était tout aussi affirmé haut et fort l’interdiction d’interdire et que le seul réalisme était de demander l’impossible...

L’impossible. Une petite jeunesse plus tard, pour passer le rude hiver 2006, sous l’oeil bienveillant des autorités, de la municipalité et des habitants, une association humanitaire - Médecins du Monde - a distribué quelques trois cents tentes à des sans-abri. Ca caillait un max. On a planté ces igloos de toile sur les bords de Seine. Pour une fois, la froideur des pavés était battue. C’était une victoire. Les pouilleux étaient recueillis sur l’arche de Noé. Aux pieds de Notre Dame jusqu’à ceux, plus écartés, de la Tour Eiffel, les mendiants pouvaient s’ébattre, se battre et se saouler sous tente jusqu’à la torpeur. Faisant un geste de bon coeur, le passant se plongeait un instant dans les bras d’Esméralda. La grisaille, le froid, l’empressement de rentrer chez soi, tout masquait à l’oeil du badaud l’insolite sordide de ce camping cosmopolitain.

Changement de saison, changement d’état d’âme, de la compassion d’hiver au rejet d’été

Le printemps est venu, et Paris Plage avec l’été. La canicule aidant, les beaux jours jettent un nouvel éclairage sur cet étalage de misère. Soudain, le Parisien et le touriste, le citoyen et le métèque, pressés ou chalands, découvrent avec effroi la vue peu ragoûtante et la puanteur des rejetés, des abandonnés, des laisser pour compte du mauvais calcul social, des oubliés de l’affectivité familiale, des bannis de la devise, des transfuges du libre-arbitre, des boulets du système, sans foi, sans loi, sans abris. Sans parler de leurs bruits, de leurs bastons, de leurs cris et de leurs chansons. Le rideau des mauvais jours s’est levé sur les cent-fois-sans qui accumulent privatifs et négatifs, privations et négations.

Hier encore bénéficiaires de compassion, les veinards du changement climatique sont devenus des squatters, des indésirables, des pollueurs de bonheur. Mauvaises odeurs, mauvais goûts, mauvais sons, mauvaises relations, mauvais oeil. Paris plage est gratuit, sauf pour eux... Alors, que fait la police ? La police est prudente. Elle doit en avoir déjà assez avec les sans-papier. Alors, pour les sans-abri, elle refuse d’endosser la responsabilité d’une évacuation par la force.

La solution du gouvernement pour la cour des miracles : un médiateur...

Il y a quelques années, quand on voulait botter en touche un problème, on nommait une commission. Maintenant, quand on veut botter dehors des cas humains qui posent problème, la mesure gouvernementale est de nommer un médiateur. Le mot fait mode. Fait-il vraiment recette ? La fonction serait-elle titre de noblesse ?

L’art de dévoyer la Médiation se claironne dans les discours d’une politique en mal de créativité. L’inspiration est-elle venue du succès que l’on sait de la nomination du médiateur national, par le Ministre de l’Intérieur déjà en battage de campagne présidentielle, pour accompagner la politique sur l’immigration qui vient d’obtenir son label de la part du Conseil Constitutionnel ? Quel succès ? Ce médiateur aurait pour mission d’harmoniser. Rien à voir avec le rôle véritable d’un Médiateur. Sans attendre, on place en rétention une mère de famille, l’intimant d’abandonner là son bébé ( !). Qu’harmonise le médiateur ? Certes, on ne peut plus discrète, sa fonction n’en tend pas moins à discréditer la Médiation. Est-ce là un bénéfice ?

Et voilà cependant une bonne idée. L’idée du bon sens. Le sens commun. Le Ministre de la Santé, Xavier Bertrand, un proche de Dominique de Villepin, vient à son tour de choisir la voie de la médiation. Un choix parce que l’approche est efficace ? Peu importe : le concept est porteur. Sous la tutelle du Ministre d’Etat, Catherine Vautrin, Ministre délégué à la Cohésion sociale et à la Parité, a annoncé la bonne nouvelle sur les ondes : un médiateur est appelé à la réflexion.

Foin d’hypothèses : le médiateur est une médiatrice - ou plutôt une médiateure

La réflexion... Qui est donc cette victime, genoux à terre, qui va faire flamber la Médiation sur les trottoirs parisiens ? Que n’a-t-on trouvé un Gabriel Nicolas de la Reynie pour cet office ? Ou à défaut de savoir la Médiation, un nouvel opportuniste, vacancier à l’année, qui perçoive dans cette désignation l’occasion d’une médiatisation ? Ou bien encore un crédule, un esprit chevaleresque du social ou travailleur de fond, qui en viendra au constat d’impuissance pour s’attaquer aux racines du mal qui rongent les poutres et les fondations de la République ? Voire, pourquoi pas un spécialiste du document, de la note Ministérielle, de la compilation des études, de la plume et du cuir ? Ou, suggestion, pour faire un tout, pourquoi pas carrément l’avocat Klarsfeld, le médiateur national du Ministère de l’Intérieur, quoiqu’en ce moment occupé sur d’autre front, tout en se faisant suivre par les caméras de l’émission "envoyé spécial" dans ses visites des services préfectoraux ? Les deux politiques n’en feraient plus qu’une. Le gouvernement retrouverait ainsi une certaine cohésion sur l’échine des damnés de la Terre...

Le choix s’est portée sur la Présidente de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale depuis le 29 juillet 1998. Agnès Claret de Fleurieu, préfacière d’un fascicule sur La Pérouse, va donc assumer le titre et la fonction de médiateure ministérielle dans cette histoire.

La mission qu’elle a acceptée est de faire le recensement complet des places disponibles (dans les lieux d’hébergement en dur), de rencontrer l’ensemble des partenaires associatifs, les administrations publiques et la mairie de Paris pour recueillir leurs propositions et d’établir une médiation avec Médecins du Monde sur ... le devenir des tentes ! C’est-à-dire une négociation sage pour que l’association humanitaire remballe le matériel pendant l’été et ne le ressorte que le prochain hiver venu.

Pour conclure, à n’en pas douter, un nouveau rapport sera répertorié à la suite déjà longue de l’inventaire des causes de tous les maux de notre société...

Et si le Médiateur était un professionnel ?

A notre époque où le métissage est devenu une richesse de l’humanité, tout se mélange. La Médiation est ainsi mise à toutes les sauces, son parti pris galvaudé. Dans cette affaire, sa démarche spécifique, son originalité et son efficacité sont mises en liquidation. Un Médiateur, neutre et indépendant comme il se doit de l’être, serait amené à intervenir sur les causes, non à résoudre le problème visible. Nécessairement, il aurait autorité pour réunir toutes les parties concernées par ce coma social, les personnes concernées en premier lieu, les Ministères et partenaires sociaux compris, pas à se satisfaire d’un mandatement pour sauver plus les apparences que les personnes écrasées sur le tapi de la cité.

Mais partout la plus grande confusion se met à régner. Probablement certains s’insurgeront contre des amalgames... tandis que je montre l’emplâtre !

Grâce aux nouvelles mesures sur l’immigration, nous allons donc pouvoir faire de l’élitisme pour choisir les immigrants. Désormais, attention les Français d’en bas, quand vous verrez un immigré, vous devrez tout de suite penser bac+10 !

Bien vu quand même. L’inculture est trop importante dans notre pays. N’est-elle pas généralisée parmi ceux-là mêmes qui le représentent ou souhaitent le représenter ? Il faut anticiper... La conclusion est, elle, sans ambiguïté, la France a besoin de se renouveler par le haut ! A y réfléchir de cette manière, il serait peut-être opportun que le Ministre de la santé, avec son "sage" médiateur, propose à son tour une loi qui pourrait être très constitutionnelle pour une clochardisation choisie ? Cette mesure pourrait bien avoir des effets positifs... L’histoire le dirait.

En attendant, sous les pavés de la Capitale la plus touristique du Monde, on découvre la marre-attitude qui barbote avec les petits canards jaunes de Paris plage.

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