Médiation (livre de Jean-François Six)

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Jean-Paul Mbuyamba a lu le livre Médiation, écrit par Jean-François Six et Véronique Mussaud, et préfacé par Raymond Barre et Michel Rocard.

Sommaire

Préface

Dans leur préface, les deux premiers ministres soulignent que le mot "médiation" est employé avec légèreté et de façon superficielle et floue, ce qui a engendré une prolifération des médiateurs en tout genre. Différents rapports commandités par différents gouvernements sur la médiation ont qualifié celle-ci de concept mal défini d’une part, et d’autre part, ils ne lui ont donné aucune définition.

Messieurs Raymond Barre et Michel Rocard ont estimé que l’erreur fondamentale est d’avoir considéré le tiers pour un 3ème homme au lieu de considérer comme tiers au conflit ou au litige à la base du problème entre les individus. Ils soulignent le bien fondé de la médiation pour une transformation profonde de la société en jouant un grand rôle dans la résolution des conflits, tensions armées, tensions collectives nationales et internationales... Ils soutiennent enfin l’esprit des auteurs pour leur démarche et leur apport pour donner de la lumière au concept Médiation.

Jean-François Six et Véronique Mussaud vont essayer, comme ils le disent eux-mêmes, hors esprit de polémique, de relever dans leur livre les fondements de la médiation, son architecture, son concept et sa pratique dans une démarche de positionnement et de construction éclairante.

Contexte

Les auteurs du livre commencent par faire un constat inquiétant de l’explosion de différentes sortes de médiations qui se distinguent par des pratiques parfois contradictoires, polluant le concept de Médiation. « Il faut sortir du brouillard et de l’embrouillamini et bien rétablir la place de la médiation »  écrivent-ils. De fait, en rentrant dans le débat, ils distinguent deux sortes de médiation : la médiation-maison et la médiation-jardin.

La médiation-maison est celle qui est constituée de toutes médiations institutionnelles : Médiateur de la République, médiateurs de grandes entreprises étatiques, de l’administration, de grandes entreprises, des banques, des assurances etc..., et qui ont comme but d’établir ou rétablir le contact entre les institutions et les usagers déçus. Les organismes religieux, politiques, commerciaux ont aussi chacun leur médiation-maison, Tout comme il existe plusieurs maisons telle que SOS Hémorroïde. Dans les médiations-maison, il y a celles qui sont plus nobles, bien mieux loties que d’autres, il y a celles qui sont aussi fantaisistes. Leur objectif à toutes est le règlement des litiges.

La médiation-Jardin, une véritable innovation, est constituée quant à elle des médiations plus discrètes, que l’on ne voit pas. C’est une médiation où l’on se rend, où l’on se promène. Ce sont les médiations que l’on fait ensemble dans nos cellules familiales, amicales, d’égal à égal, sans contraintes, en étant indépendant de tout pouvoir.

Le pouvoir public est rentré dans la mêlée en créant dans tous les sens des médiateurs. Outre le Médiateur de la République (1973) et ses Délégués départementaux qui sont plus anciens, nous avons vu naître des médiateurs en tout genre qui s’empilent les uns sur les autres. Le mot médiateur est devenu un mot porteur. Tout le monde presque se dit médiateur ou veut le devenir. Et pour cause. Parce qu’il y a tant de conflits entre individus, parce qu’il y a tant de dysfonctionnements, des dérapages dans les institutions, dans la société d’une manière globale. Le système des médiations est né pour pallier ces désordres.

La médiation n’étant pas encore réglementée, tout le monde veut la pratiquer, même les avocats, les juges en fin de carrière, les assistants sociaux. Ils veulent s’ériger en médiateurs sous prétexte qu’ils le sont naturellement.

Beaucoup de centres de formation des médiateurs ont vu le jour avec des aspects pédagogiques divers. La confusion est née, les médiateurs sont devenus des sauveurs, des anges, des solutionneurs des problèmes de la citée. "Certains sauveurs de la cité s’en prennent à la Police" (cas d’un « médiateur » de cité qui avait giflé un agent de Police parce qu’il voulait rétablir la paix).

Les auteurs du livre pensent que « la médiation n’est pas une profession ». Ils émettent des doutes sur l’indépendance que certains médiateurs disent avoir. Comment peuvent-ils être indépendants en étant sous tutelle, en ayant la casquette et le pouvoir de la « Maison », pour laquelle ils travaillent ? Le doute s’installe, pouvons-nous appeler ces personnes des médiateurs ? Le médiateur de la République, ses délégués, les médiateurs familiaux qui reçoivent les usagers presque en position de quémandeurs faisant l’allégeance ; font–ils de la médiation ? Comment peut-on dire que l’on est médiateur en oubliant que l’égalité est un fondement de la médiation ? Toutes ces questions éclairent le chemin qui conduit vers le concept médiation.

Monsieur Bernard Stasi, un célèbre Médiateur de la République avait souhaité que le médiateur s’appelle « défenseur du peuple », pourquoi pas « défenseur des pauvres, des orphelins, des veuves », ironisent les auteurs du livre.

Le système des médiateurs est devenu de plus en plus ambigu ; le médiateur est ainsi devenu un mélange d’assistant social et d’avocat, de thérapeute, un ange solutionneur de tout, un tranquilisateur. « Le médiateur est presque devenu un marchand de sommeil ».

Fondement de la médiation

Jean-François Six et Véronique Mussaud s’étendent en profondeur sur le terme médiation et sur les médiateurs qui comptent dans leurs rangs des utopistes, des farfelus, des anges purs et radieux, sans parler de tous les autres, des charlatans. Le mot médiateur a perdu son sens, il est imposé partout parce qu’il sonne bien. Il y a lieu de rétablir les mots à leur place dans leur contexte sans esprit polémique, réaffirment-ils. « La médiation n’est pas une affaire des médiateurs mais c’est une affaire de tout le monde ». La médiation, c’est comme la fraternité, et le médiateur, c’est une autre chose. ll est possible de changer le comportement de l’homme médiateur mais la médiation restera Noble.

« En travaillant pour une cause, les médiateurs ne font donc pas de la médiation pour la médiation ». Raison pour laquelle, parmi tant de définitions de « médiateur », Jean-François Six et Véronique Mussaud citent celle-ci : « Le médiateur est une personne qui aide au règlement de désaccords et à la confrontation des besoins entre des individus ou entre des groupes. Il est en position ternaire entre les gens en conflit ».

Et pour la définition de la médiation, ils choisissent celle donnée au séminaire organisé par la délégation interministérielle à la ville en septembre 2000 : « La médiation sociale est définie comme un processus de création et de réparation du lien social et de règlement des conflits de la vie quotidienne, dans lequel un tiers impartial et indépendant tente à travers l’organisation d’échanges entre les personnes ou les institutions d'améliorer une relation ou de régler un conflit qui les oppose ».

Le concept médiation qui n’avait pas de définition et qui était considérée floue trouve une définition de discussion qui fait autorité et qui fait ressortir les caractéristiques essentielles de la médiation.

Le tiers est ainsi placé au cœur de la médiation. Pas de tiers, pas de médiation. Les auteurs du livre relèvent ici quelque chose d’important, il y a des faux tiers. Les médiateurs sociaux, familiaux, le Médiateur de la République qui ne sont pas à part et qui se confondent avec leurs institutions, sont pointés du doigt. La notion de floue qui a affecté la médiation provient de là. Cette notion de floue se situe dans la pratique, elle concerne ceux qui s’appellent à tort médiateurs.

Une autre définition de médiation énoncée par Maître Muriel Laroque, est adoptée par l’Association pour la promotion de la médiation familiale (APMF) dans son code de déontologie de médiation familiale : «  la médiation est définie comme un processus de résolution des conflits familiaux dans lesquels les membres d’une famille demandent ou acceptent l’intervention confidentielle d’une personne tierce neutre et qualifiée, appelée médiateur. »

Dans cette démarche de consolidation et d’éclairage du concept médiation, un groupe des médiateurs associés apportent au Conseil national des médiations un message fort que qualifient les auteurs du livre d’urbi et orbi, le message est ainsi libellé : « il est temps de donner en France toute sa place légitime à la médiation ». C’est une expression de la volonté de clarification et de promotion de la médiation pour qu’elle soit accessible à tous.

La médiation ne va pas seulement résoudre le conflit, soulignent Jean-François Six et Véronique Mussaud. La définir seulement en terme des règlements des conflits, c’est trop réducteur, c’est la confondre à la conciliation et à l’arbitrage. « Le médiateur n’est pas un juge, ce n’est pas un arbitre non plus. Il ne dit pas le droit, il est là pour fourrer son nez dans les sentiments et les émotions avec tout ce que cela comporte comme conséquences ».

Après décryptage, et plusieurs réflexions de plusieurs années de pratique, Jean-François Six et Véronique Mussaud définissent de manière suivante la médiation : « Une médiation est une démarche librement décidée par laquelle une personne ou un groupe entreprend, devant soi-même ou autrui une dynamique de lien. Cette démarche requiert un certain dessaisissement de soi. Elle a pour but d’accéder à une perspective nouvelle et de construire un meilleur univers relationnel ».

Cette définition simple, disent-ils, remet les choses à leur juste place. « Ce ne sont pas les médiateurs qui sont au centre mais la médiation elle-même. Celle-ci appartient à tous et chacun des individus peut en faire sienne et en bénéficier comme du soleil. Les médiateurs n’en sont pas propriétaires ». Cette définition démontre l’évolution dans le temps du concept médiation.

L’architecture de la médiation

La médiation se construit à partir de la rencontre, de l’écoute et de la créativité en plus de son concept et d’un savoir-faire spécifique c'est-à-dire des techniques bien adaptées. La rencontre est un choix. Elle ne peut être imposée, elle doit respecter le principe d’égalité qui est un fondement de la médiation. Les fausses rencontres existent quand elles sont téléguidées, imposées. Elles sont imposées par le juge et l’individu n’a pas de choix. En médiation, l’égalité est indispensable. La personne qui va à la rencontre de la médiation ne doit pas se trouver minimisée parce qu’elle cherche la meilleure solution à son problème.

Le médiateur ne doit pas se positionner en maître ou en sauveur comme certains le disent. « Les grandes maisons de médiation ne semblent pas être des véritables lieux de médiation mais « la médiation-jardin » est le vrai terrain de médiation », pensent-ils. La médiation-jardin, ce sont des lieux de la vie quotidienne, la famille, le quartier, le jardin, les lieux de la vie ordinaire, le travail, les lieux où l’on parle, où l’on se dispute... La métaphore du jardin est bien choisie, le jardin étant un espace où tout le monde se promène, il donne une image forte de ce que doit être un espace de médiation.

La rencontre commence par un accueil qui doit annoncer la couleur. La rencontre doit être faite dans la discrétion. Pas comme certains médias qui parlent faire la médiation en ameutant des milliers de personnes, bafouant de fait la confidentialité des individus. L’écoute, avec la rencontre et la créativité sont des fondements de la médiation, disent Jean-François Six et Véronique Mussaud. Après la rencontre, il y a l’écoute. De quelle écoute s’agit-il ? Dans la communication, on s’intéresse à la qualité de l’information mais dans l’écoute, on reste attentif. C’est la confiance qui est au cœur de l’écoute. Le cœur de l’écoute, c’est le cœur de l’écoutant, c'est-à-dire du médiateur. C’est une attention particulière : le médiateur doit écouter en silence, se taire de voix, de visage et d’autre gestuelle. L’écoute du médiateur, c’est une écoute pas comme les autres. Elle permet au médiateur de rebondir par un « questionnement » qui est de l’ordre de l’art et qui va permettre d'éluder les tenants et les aboutissants du conflit et par la suite, laisser la place à la créativité.

Une bonne écoute déclenche « le processus » et les techniques ou le savoir-faire du médiateur. C’est la médiation qui est en elle-même créative et non pas les médiateurs disent Jean-François Six et Véronique Mussaud. Ils soulignent qu’une médiation ne peut pas être enfermée dans un processus et que la créativité est allergique aux déroulements obligés et aux étapes balisées. La créativité en médiation, c’est permettre aux personnes d’être créatives. Partout où il y a la joie, il y a la création. Il y a joie dans la médiation. La médiation créatrice s’apparente à une œuvre d’art.

Une bonne rencontre, suivie d’une bonne écoute active, d’un questionnement d’artiste rôdé aux techniques appropriées conduit la médiation à une créativité qui amène des solutions durables.

Le savoir-faire

Le besoin de la médiation recherché par le pouvoir public et par la société d’une manière globale, a contribué non seulement à la prolifération des médiateurs mais aussi à la création des divers centres de formation. Chaque centre de formation prétend former des médiateurs pour la résolution des conflits en les dotant des outils nécessaires à la gestion des litiges et permet à ceux qui s’engagent dans des activités de médiation d’acquérir une grande compétence professionnelle et une grande efficacité. Même les syndicats ont mis en place des formations. Des interrogations subsistent sur les contenues pédagogiques et l’efficacité des techniques enseignées.

Les auteurs insistent sur l’importance de l’initiation à la médiation comme méthode alternative de résolution des conflits. Lors de l’initiation, le formateur devra insister sur un point important du non-pouvoir de la médiation, c'est-à-dire que si les médiateurs sont d’une manière ou d’une autre, l’émanation d’un pouvoir ou représentatif du pouvoir, cela ne peut être le cas pour la médiation.

Les auteurs du livre pensent que la médiation n’est pas profession et que la formation à la médiation n’est pas nécessaire. De même que l’amitié, l’amour ou la fraternité, la médiation n’est pas une matière à apprendre comme la chimie.

Mais comment faire sien ces concepts ?

En terme de conclusion, Jean-François Six et Véronique Mussaud évoquent que la médiation est la fille de la fraternité. En tant que concept, l’objet de la fraternité est de créer des liens d’union. La liberté peut être instituée, l’égalité aussi mais pas la fraternité. Il y a travail de médiation chaque fois que l’on se réfère à la fraternité. Là où il y a la fraternité, il y a la construction de la famille et de la cité.

Vision personnelle du livre en ma qualité de médiateur

Les auteurs du livre ont été très critiques à l’égard des médiateurs institutionnels, critiques que je partage. Leurs propos m’ont fait rebondir quand ils disent que la médiation n’est pas une profession et qu’une formation à la médiation ne peut pas être possible, mais un peu plus loin ils parlent de l’initiation à la médiation. Ce qui m’a paru contradictoire.

Pour eux, l’entretien des individus se fait par un questionnement avec des questions bien formulées tandis que moi, j’utilise le langage à la 2ème personne, nommé alterocentrage, donc je n'emploie pas de questions directes.

J’ai trouvé le livre très intéressant dans l’éclairage et la défense du concept Médiation.

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