Médiation et négociation, par un collectif d'auteurs

De WikiMediation.

Share/Save/Bookmark
Version du 28 février 2009 à 16:50 par Agnès Tavel (discuter | contributions)

Médiation et Négociation est le titre d'une publication des éditions Stratégie, collection Agir, datée du 24 janvier 2006. Elle présente des articles de plusieurs auteurs.

La fiche de lecture ci-dessous est de Philippe Busseron - busseron.philippe at wanadoo.fr

Synthèse

J’ai choisi ce livre, ou plutôt ce cahier car il présente différents points de vue de plusieurs acteurs de la Médiation ou prétendus tels. Je n’ai retenu que les articles dédiés à la médiation car certains n’avaient trait qu’à la négociation.

L’auteur nous permet d’approcher la médiation telle que perçue en Afrique ou elle se nomme « palabre ». La palabre a là bas vocation à briser le cercle de la violence afin de rétablir la paix. Son but est donc très orienté, et malheureusement la palabre intervient plus pour organiser la vie après un conflit, peu importe l’importance du conflit. Le règlement du litige lui-même est déjà intervenu par des moyens extrêmes tels que la violence ou la guerre, et la médiation est là pour reconstruire l’après. Ainsi faut-il noter que les résolutions de conflit sont plus temporaire que permanente, en opposition avec le rôle du médiateur tel que nous le concevons ou il est primordial de s’assurer de l’après médiation. En Afrique la paix sociale est prioritaire à toute autre considération humaine ou démocratique. Le médiateur expert, « Zorro » d’après l’auteur est privilégié, et ceci doit disparaître au profit de la médiation telle que nous la connaissons, détachée du fond.
Cet ancien Préfet, fut à l’origine de ce que certains ne manquèrent pas d’appeler la « méthode Blanc ». Il intervint dans des conflits à la RATP, et à AIR France. Interrogé, il déclare que lors de ces conflits il a noté qu’il y a eu conflit parce qu’il n’y a pas eu anticipation. Cette situation est due en grande partie à un manque de courage face à une situation économique ou sociale prévisible. Ce fut également le cas dans le récent conflit de la SNCM. Pour Christian Blanc, le médiateur doit comprendre le sens des choses, il ne doit surtout pas s’enfermer dans des considérations juridiques ou réglementaires. Le point de départ doit être le respect des hommes, et savoir écouter. Je rajouterais écouter pour détecter le message caché. L’auteur prétend que le médiateur ne doit pas se tromper sur le diagnostic, et je pense que là nous sortons de notre rôle, nous ne sommes pas là pour diagnostiquer et trouver une solution, amis pour faciliter une solution exprimée proposée et validée par les parties. D’après lui, il faut prendre des décisions dans le sens de l’intérêt collectif, or nous ne sommes pas là dans le rôle du médiateur, mais plus dans le rôle d’un négociateur. Je ne peux, en tant que médiateur qu’être opposé à sa conclusion « la négociation , la médiation, ne se font que dans les intérêts supérieurs de l’entreprise, jamais dans un intérêt catégoriel » Où est le sens de la médiation dans tout cela ?
Avec ce nouvel auteur, nous abordons le sujet de la médiation religieuse, et notamment à travers la perception des ONG, et de la communauté de saint’egidio (Association internationale publique des laïcs catholiques fondée à Rome en 1968).
Pour eux la médiation est avant tout une maïeutique ayant pour objectif d’amener les parties à trouver une solution en elles-mêmes. Le médiateur se réclame d’une identité religieuse dans l’exercice de sa mission. La médiation peut aller jusqu’à comporter des éléments de rites religieux. L’église catholique soutient pleinement ce genre d’actions de médiation. Toutefois les « médiateurs » de SE (saint’egidio) restent relativement insensibles aux pressions hiérarchiques administratives et politiques et ils admettent que toutes les médiations ne peuvent pas aboutir, ce qui évite de conclure de mauvais accords de façon imposée. Toutefois, la légitimité du médiateur de SE repose sur son identité d’homme de foi, et lui impose d’être reconnu publiquement et d’avoir des succès. Nous ne pouvons qu’être très critiques par rapport à cette position.
Lorsque l’on lit des textes officiels sur la médiation, on constate très souvent, d’après l’auteur, que tout s’articule autour des termes « social », et « familial ». Or la médiation vaut pour tous les secteurs dès lors qu’il y a conflit. La médiation est un concept rigoureux, et il est souhaitable que chacun prenne conscience de son utilité afin d’aider à son développement. Toujours d’après l’auteur, la condition clef qui change les rapports entre les parties en conflit, est l’intervention d’un tiers, mais tout le processus ne vaut que par la volonté des personnes concernées, et sous leur propre responsabilité. Michèle GUILLAUME-HOFNUNG que même s’il ne subsiste qu’un seul lien entre eux, c’est le conflit. Par rapport à l’Union Européenne, le terme appliqué au texte français est bien médiateur, mais « ombudsman » ( protecteur des citoyens) correspond à la traduction adoptée par bon nombre de pays.
Sur un autre chapitre, l’auteur estime que la médiation en entreprise doit impérativement prendre de la dimension, ainsi que la médiation interculturelle deviendra indispensable. La reconnaissance de l’égalité de l’autre accompagnée par la présence de médiateurs formés à certaines formes de maïeutique devrait devenir systématique. Autre point abordé, la pensée binaire qui ne reconnaît que le vrai et le faux, le bien et le mal, bride toute possibilité d’évolution, alors que la pensée ternaire s’avère plus féconde. La communication , acte essentiel de la médiation n’a de réelle possibilité d’être reconnue que si l’émetteur reconnaît une valeur au récepteur. Elle ne peut pas être unilatérale. Dernier point évoqué par l’auteur, le médiateur doit être totalement extérieur au conflit, et détaché de celui-ci afin de ne pas risquer d’être perçu comme un manipulateur.
Cet auteur s’attache lui à traiter un sujet sur lequel nous sommes très sensibles : les médias et la médiation. Nous ne pouvons écarter de cette analyse la déontologie de la médiation. Les médias relaient le message de un vers tous. Or il existe autant de perception de message que d’êtres humains. Les médias nous informent-ils ou nous orientent-ils ? Je serais tenté de répondre les deux, mais la limite est fragile et incertaine. En effet les propos ou les images communiquées feront partie ultérieurement de notre conscient ou de notre inconscient à partir desquels nous établirons nos propres références. Un média ne peut pas être un médiateur. Il devrait alors être un fidèle rapporteur d’évènements mais les récents troubles des banlieues peuvent nous permettre d’en douter ! Nous ne devons pas tomber dans le piège de la médiation médiatique. Certes la médiation doit être reconnue, mais elle doit le faire par son image, ses réussites, et par sa déontologie rigoureuse.
Elle s’attache à nous faire part de ses réflexions sur l’évolution des médiations à la suite de la guerre froide. La fin de celle-ci a eu pour effet de voir fleurir une multitude de guerres civiles dont nous savons la difficulté à les anticiper par une médiation préalable. Dans ce milieu bien particulier, il s’avère que les parties sont très souvent des états, les médiateurs, des états ou des instances internationales, et l’on voit apparaître des « facilitateurs » qui peuvent être là aussi des états ou des instances internationales. En quoi ceci garantit l’indépendance des médiateurs ? Nous devons être très sceptiques. Pour illustrer ce propos je ne donnerai qu’un seul exemple : les Etats Unis sont très souvent en place de médiateur, or, leur implication dans l’économie mondiale ne peut être gage d’une quelconque garantie d’indépendance. La solution pour l’avenir, comme le souligne l’auteur, ne peut passer que par des médiateurs non étatiques qui représenteront la société civile. Jamais les états ne pourront offrir une telle garantie, mais sont-ils prêts à laisser leur place ? Une autre condition d’amélioration de la situation réside dans la multiplication des initiatives locales au détriment des initiatives politiques. En l’occurrence la médiation telle que nous la pratiquons devra se frayer un chemin dans cette jungle, mais je suis persuadé que nous pouvons y parvenir avec persévérance et opiniâtreté.
L’auteur s’attache à démontrer qu’une politique préventive des conflits à certes des avantages, mais aussi des limites. La prévention n’est pas encore aujourd’hui une notion qui fait recette. En effet, 15% des guerres civiles ont été traitées autour d’une table de négociation de 1900 à 1980, et seulement 20% jusqu’en 1990, ce qui est une bien piètre évolution. Par contre les médiateurs sont souvent intervenus lors des négociations en vue d’établir des processus de paix durables. :L’échec des médiations préalables est souvent dû à des raisons culturelles qui font que le conflit est insurmontable. C’est souvent le cas en Afrique. Une autre cause « d’échec » est la position des belligérants de refuser toute médiation, et c’est souvent le cas dès lors que s’impose une logique militaire à une logique humaine de médiation. Dès que la guerre ne s’avère pas « gagnable » par l’une ou l’autre des parties, la médiation peut retrouver sa place afin de sauvegarder ce qui peut encore l’être, mais malheureusement c’est encore trop souvent l’escalade de la guerre qui prévaut dans ces cas. Nous ne pouvons ignorer le caractère « lucratif » de la guerre pour les parties en présence même si cela reste profondément détestable. L’auteur termine par une question sans réponse, faut-il associer les chefs de guerre au processus de médIation, ou les rejeter au profit des politiques ?
L’auteur reconnaît qu’un négociateur est avant tout centré sur lui-même. Nous pouvons comprendre à travers son propos que dans une médiation, nous avons un médiateur, et deux ou plusieurs négociateurs qui ne sont autres que les parties. Il attire l’attention du lecteur sur le fait que le médiateur doit avoir la confiance des parties. Il prône l’utilisation d’outils types (cartes de conflits) résultants de l’étude d’une multitude de conflits. Ceci me semble dangereux car à partir de ce moment là, le médiateur aura le souci, non plus de s’adapter et de comprendre les parties, mais de les faire rentrer dans le cadre des outils dont il est pourvu. Il parle également de « questionnement sur le conflit » ce qui est, nous le savons contraire au principe de la médiation telle que nous la concevons. Jacques SALZER s’interroge sur le fait de savoir si le conflit est issu de l’ego de l’individu ou de son cadre de vie ou d’un groupe auquel il appartient. Peu importe, nous savons que ses réactions sont de toute manière dictées par les trois composantes (moi) de chaque personne. L’auteur est très attiré par le fond du problème, sans toutefois négliger la forme, or nous en tant que médiateurs ne sommes pas du tout attaché aux détails du fond, mais plus à la façon dont les individus évoquent ce fond, qui nous servira de révélateur de la réalité de leurs soucis, et de là même nous permettra de les amener à trouver eux-mêmes la solution. Il propose également une foule de techniques d’analyse plus ou moins complexes, qui à mon avis, sont trop lourds et enlèvent tout le côté intuitif de la démarche du médiateur. Globalement il s’agit d’une organisation très rigide et qui contribue à faire rentrer chaque litige dans un cadre pré-défini avec pour finalité une solution pré-conçue.
Cadre dirigeant d’EDF GDF, l’auteur bâti son propos autour du médiateur créateur de relation. Je dirais personnellement, que le médiateur ne créé pas une relation, amis qu’il rétablit une relation. L’auteur précise avec justesse que le médiateur n’intervient pas sur le fond, mais qu’il doit s’attacher à permettre la réciprocité de l’écoute. Le médiateur doit donc reformuler les propos des parties de façon à les rendre audibles et compréhensibles par l’autre. Combien de conflits se développent sur le simple fait d’une incompréhension mutuelle alors que finalement le désaccord n’est autre que dans la formulation des choses. Les sujets qui fâchent sont évidemment sensibles mais ne doivent en aucun cas être évités au risque de déboucher sur des non dits amenant la médiation à l’échec immédiat ou ultérieur. Aucun sujet n’est tabou. Les parties devront faire « leur deuil » de la motivation réelle du conflit. Le médiateur n’a de légitimité aux yeux des parties que parce qu’il leur apparaît comme ayant des choses en commun avec chacune d’elles. Une bonne négociation est une négociation qui aboutit, en dépit des rivalités précédentes à construire une relation durable et acceptable pour les parties sans qu’elles ne renoncent forcément à leur façon de voir, de penser, et d’agir.
Son propos porte sur la confusion qui peut exister entre Médiation et intermédiation. Dans le second cas nous sommes plus en présence d’un intermédiaire que d’un médiateur. L’auteur souligne que les « médiateurs institutionnels » ne devraient pas porter ce nom car ils sont plus proches de la notion Québécoise qui les nomme « protecteurs du citoyen ». Il relève bien entendu que négociation et médiation ne comportent pas ni les mêmes enjeux, ni les mêmes intérêts. Arnaud STIMEC évoque la possibilité d’expliquer la difficulté pour la médiation de s’intégrer en France, par des raisons culturelles. Pour différencier le médiateur du conciliateur, il utilise deux associations d’image, le médiateur étant plutôt « un orchestrateur », et le conciliateur « un accordeur ». Je pense personnellement que l’on peut admettre ces images en sachant que le médiateur est là pour organiser, rassurer, mais en aucun cas pour apporter la solution, alors que le conciliateur peut proposer une solution. D’ailleurs, l’auteur précise avec justesse qu’un juge peut agir comme un conciliateur, mais jamais comme un médiateur, ceci lui étant interdit par son cadre de référence très réglementé et réglementaire. L’idée émise par l’auteur que souvent la médiation est issue de la pression d’une autorité extérieure me paraît rétrograde, et ce doit être notre lutte de maintenant de faire reconnaître la médiation comme un préalable à toute autre forme de tentative de résolution de litige ou conflit.
Outils personnels
Translate