Médiation familiale et soutien à la parentalité

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Version du 12 septembre 2007 à 21:51 par Jean-Louis Lascoux (discuter | contributions)

Fiche de lecture de Françoise Marotto du numéro 6 de la Revue APMF Écrits et manuscrits de la Médiation Familiale. (Juin 2006. 94 p.). Elle résume 16 conférences exposant un travail de réflexion mené entre 2004 et 2006 par des médiateurs familiaux dans le Nord & Pas-de-Calais. http://www.apmf.eu.

Sommaire

De l’aide éducative au soutien à la parentalité : continuité ou rupture

Depuis quelques années, on assiste à une inflation de l’utilisation de la notion de soutien à la parentalité sans que l’on note une différence significative avec la notion d’aide éducative. AGNES CORTOT, médiatrice familiale à Valencienne, s’attache à définir et à distinguer ces concepts. Dès l’Ancien Régime, le pouvoir des parents sur leurs enfants et notamment la puissance paternelle a été limité et encadré (Code Napoléon). Puis, s’est vu associée à la notion de devoir et notamment de devoir éducatif. Les limites du devoir éducatif ne sont pas figées et évoluent avec les progrès et découvertes des sciences sociales et les changements de contextes sociaux et socio-culturels.

L’aide éducative

Un des objectifs de l’action sociale conduite par l’état est d’aider les familles à bien éduquer leurs enfants. Cet objectif impose bien évidemment un contrôle social. Il en découle que des pratiques éducatives vont forcément être suggérées aux familles. L’aide éducative est donc, dans sa finalité, de faire en sorte que les familles ne s’écartent pas trop des règles considérées comme nécessaires à la protection, la santé, la sécurité et l’éducation des enfants. Cette aide éducative individuelle peut être demandée par le sujet lui-même ou imposée à la famille par une instance judiciaire. L’aide éducative est une aide là où une ou des carences ont été identifiées, une aide technique dans l’éducation. Des actions éducatives sont mises en place auprès de l’enfant et menées avec ou sans la famille. Un tiers social va donc proposer à la famille de l’enfant de nouvelles pratiques éducatives, intervenir aux côtés de l’enfant et au besoin à leur place. L’aide éducative prend sens à partir de la croyance réelle que les parents ont des insuffisances.

Le soutien à la parentalité

Comprendre la notion de soutien à la parentalité implique de définir ce qu’est l’autorité parentale et de définir le terme de parentalité.

La loi du 4 juin 1970, (art 371 et suivants), va supprimer la puissance paternelle pour la remplacer par l’autorité parentale. Elle appartient aux pères et aux mères et est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant et notamment, pour ce qui nous intéresse, le devoir d’éducation qui prend en compte l’intérêt de l’enfant autant dans le présent que dans son avenir. Le présupposé de l’autorité parentale est donc que les parents possèdent naturellement la capacité d’exercer ce qui leur est dévolu par la loi et donc la capacité d’élaborer un projet éducatif.

Le terme de parentalité désigne donc la fonction d’être parent en y incluant à la fois des responsabilités juridiques définies par la loi, des responsabilités morales et des responsabilités éducatives.

Le soutien à la parentalité pourrait se définir comme un accompagnement dans la fonction d’être parent. Ce n’est pas un temps de prise en charge des familles mais plutôt un temps d’aide à la demande pour mettre en œuvre un projet qu’ils ont défini eux-mêmes dans le cadre de la loi.

En conclusion

Dans l’aide éducative, le terme de l’action visée est défini à l’extérieur du cercle familial et trouve sa légitimité dans l’insuffisance des parents. À l’opposé, le soutien à la parentalité s’origine, lui, de la compétence accordée aux parents et implique que ce terme est fixé par la famille, maîtresse du projet.

Bruno Bettelheim posait qu’ « élever des enfants est une entreprise créative, un art plutôt qu’une science ». Le soutien à la parentalité ne peut donc pas être la proposition de réponses toutes faites, de recettes apprises et récitées. L’accompagnant doit pouvoir faire preuve d’humilité et savoir dire à celui qui traverse des difficultés, « je ne sais pas je vous propose d’essayer de chercher ensemble ».


Les modèles familiaux aujourd’hui, la parentalité dans la quotidienneté

Il existe un important décalage entre l’idéal de co-parentalité affirmé par la loi du 8 janvier 1993 et sa traduction dans la vie quotidienne des familles. 2 raisons majeures à cela : - les pères ont un rapport moins direct avec l’enfant et sont moins engagés que les mères ; - les modalités de la séparation, souvent conflictuelles, vont obérer les possibilités de la coopération.

Le rôle du médiateur serait, d’aider au-delà de la rupture, à construire cet idéal de co-parentalité. Pour BERNARD CORTOT, médiateur familial à Valenciennes, deux dimensions fondent, du point de vue du médiateur, la parentalité :
- La notion d'autorité] tout d’abord, qui légitime la place occupée par chacun dans l’éducation de l’enfant. On constate aujourd’hui le rejet, la disparition de la fonction d’autorité qui, à la différence du pouvoir, s’exerce à partir de la reconnaissance symbolique d’une différence de place. Quelle place singulière pour le père et la mère ?
- Le rapport aux origines : un enfant a besoin d’un rapport à ses deux parents, ses deux lignées, pour se construire. La médiation familiale se légitime ainsi à partir ce mythe partagé, reconnaître à chacun (père et mère) une place pour l’exercice en commun de cette autorité parentale, désormais référence légale.

Mais en quoi la médiation peut donc prétendre quelle va être un dispositif qui va soutenir la parentalité ? Quatre mythes fondateurs de la médiation familiale, sous tendent les réponses à cette question.

  1. s’intéresser à l’enfant c’est le saisir dans sa globalité d’humain et donc le saisir avec ses origines. La médiation s’intéressera d’abord à l’homme et à la femme qui « ont » cet enfant en commun pour les accompagner dans leur déliaison amoureuse. Ceci constitue le premier acte de soutien à la parentalité car l‘enfant a besoin de savoir que ses parents ne sont pas trop malheureux pour s’autoriser à être lui-même heureux. Il faut donc que le médiateur explore et prenne en compte les positions du père et de la mère.
  2. a médiation s’intéresse ensuite à l’établissement d’une nouvelle relation entre les deux parents. Il s’agit de rétablir le lien d’un canal de communication direct qui libérera l’enfant du poids d’être le messager « obligé » entre ses parents.
  3. il s’agira ensuite que le médiateur aide à définir une nouvelle forme à la parentalité née de cette rupture. Bernard Cortot récuse l’hypothèse d’un couple parental survivant à la mort du couple conjugal et privilégie la vision de l’affirmation d’une singularité paternelle et une singularité maternelle mutuellement reconnues. Le médiateur ne conseille pas mais aide à l’élaboration d’un projet commun.
  4. le paramètre essentiel organisateur de la médiation familiale c’est la reconnaissance mutuelle de l’altérité, c'est-à-dire « le fait pour chacun d’être l’autre (nécessaire) pour l’un », ouvrant un renoncement à vouloir être le tout. C’est cette reconnaissance qui va permettre la différenciation des places évoquées plus haut et ouvrir à la dynamique de la filiation.

Bernard Cortot conclut en posant que la rédaction d’un protocole d’accord ne lui apparaît pas comme un acte nécessaire (sinon pour sortir de façon momentanée d’un litige), car « la parentalité, elle, est à décliner dans la quotidienneté et ne peut se satisfaire d’un dispositif à jamais fixé par un texte ».


Comment la rupture conjugale interroge-t-elle l’exercice de la parentalité ?

Article à lire dans la revue car son auteur, MARIE SIMON, médiatrice familiale à Lyon, souhaite que son texte ne soit « ni utilisé, ni photocopié, ni recopié ».

La parentalité… du côté du médiateur familial

PIERRE GRAND, médiateur familial à Lyon, utilise le terme de « concept refuge » à propos de l’utilisation du terme « parentalité » dans le monde social. Terme qui depuis une décade, trouve de nombreuses déclinaisons en co-parentalité, bi-parentalité, alternance parentale, parentalités additionnelles, beau-parentalités, homo-parentalités… Dans son intervention, Pierre Grand souhaite nous faire part de la demande des parents en demande de médiation familiale car, s’ils viennent en posant d’emblée que « c’est pour les enfants », paradoxalement, au cours des rencontres, il en est peu question…

L’auteur fait état de 4 motivations principales :

  1. trouver une organisation</u> de leur séparation. La médiation familiale permet alors un aménagement des compétences au regard des besoins de la constellation familiale.
  2. chercher une demande d’information sur la médiation familiale et vérifier sa place dans le champ judiciaire et psychologique.
  3. restaurer le dialogue </u>avec en lien le choix de la résidence des enfants. La communication parentale est abordée au travers des problèmes scolaires, de santé, de vie quotidienne, de loisirs, de rencontre avec la famille, de religion, de contribution financière.
  4. trouver un accompagnement, un soutien dans « l’aide à la décision » car les deux parents, ne sont pas toujours au même niveau d’acceptation de la séparation. Il s’agit de concrétiser leur séparation pour construire une nouvelle organisation familiale. La communication parentale est possible après un « détissage » de la relation de couple.

Membre du Conseil National Consultatif de la Médiation Familiale, Pierre Grand cite la définition de médiation familiale proposée par cet organisme :

« la médiation familiale est un processus de construction ou de reconstruction du lien familial axé sur l’autonomie et la responsabilité des personnes concernées par des situations de rupture ou de séparation dans lequel un tiers impartial, indépendant, qualifié et sans pouvoir de décision, le médiateur familial, favorise, à travers l’organisation d’entretiens confidentiels, leur communication, la gestion de leur conflit dans le domaine familial étendu dans sa diversité et dans son évolution ».

L’entrée en médiation résulte du libre choix des parties (pas de soumission acceptée, pas de crainte, de peur). Le tiers, médiateur familial est investi d’une posture particulière : « pour parler à deux, il faut être trois ». C’est cette triangulation de l’espace qui va non pas mettre en commun les décisions parentales mais bien les rendre communes.

En conclusion, Pierre Grand dégage 3 axes forts du concept de parentalité.
- La parentalité est un engagement, une responsabilité, l’espace de médiation met en oeuvre les volontés.
- La parentalité est une question de place (au début de la médiation les parents ont raison, on tord, puisqu’il n’y a pas la place de l’autre dans leur tête). Après avoir dépassé le conflit, le repositionnement des places s’effectue et revisite les valeurs, croyances et compétences des partenaires.
- La responsabilité est une valeur mais aussi comme tiers dans l’engagement et le respect de la place de chacun.

Les interactions entre conjugalité et parentalité. L’exercice de la parentalité dans le contexte de la rupture conjugale

MICHEL MAESTRE, psychologue et psychothérapeute à Villeneuve d’Asq s’attache dans cette conférence à démontrer que les professionnels oeuvrant dans le champ de la parentalité doivent toujours dissocier dans leurs interventions le couple conjugal d’une couple parental.

Michel Maestre introduit sa conférence par un rapide historique de la fonction parentale en rappelant que Claude Lévi-Strauss a posé que la famille est contemporaine de l’interdit de l’inceste. Il existe de nombreuses formes familiales et le modèle contemporain de la famille nucléaire, né après la révolution française, (composée des parents et enfants issus du couple) est peut-être en train de disparaître. En tout état de cause, l’histoire montre les liens qui existent entre la forme d’organisation de la famille, la conception de la parentalité et les contextes économiques dans lequel elle se trouve.

L’auteur développe ensuite certaines notions sur le couple. Ce petit des systèmes humains, est autoréférentiel. Si chaque partenaire a une vision de l’autre, il lui est difficile d’avoir une vision de la relation. Le couple est structuré, comme tout groupe d’appartenance autour d’un mythe fondateur et de rituels. (Rituels qui, bien évidemment, renforcent le mythe).

La rupture conjugale: s’il faut être deux pour créer un couple, un seul suffit à le dissoudre ! À la différence de la famille, le couple est une structure humaine éphémère.

La parentalité: est à l’intersection du diachronique et du synchronique. Il est important de différencier ce qui relève du couple conjugal, du synchronique, de l’éphémère, et ce qui relève du couple parental, du diachronique, et traverse le temps et les générations. La parentalité va être influencée par la qualité de la relation du couple conjugal lorsque celui-ci est le même que le couple parental.

Au delà de la rupture du couple conjugal : Nous sommes aujourd’hui les témoins d’une nouvelle évolution de la famille (recomposée, monoparentale, etc.) L’hypothèse de Michel Maestre est que ce n’est pas l’affaiblissement des liens familiaux et des valeurs qui les sous-tendent qui en sont responsables mais plutôt les attentes de la production, du travail, l’évolution des moyens de communication, des déplacements, qui permettent de se sentir membre d’un même groupe d’appartenance sans être fixés en permanence sur un territoire. Nous assistons à une dissociation du territoire de la communauté familiale. Ceci, en thérapie familiale, génère des changements et notamment le fait que le thérapeute doive travailler avec des formes familiales nouvelles.

Les types de problématiques rencontrés se trouvent à l’intersection du couple conjugal et du couple parental. Chaque fois que s’inscrivent dans le lien parental les conséquences du lien conjugal, la parentalité est affectée et peut être source de pathologie pour l’enfant (enfant instrument d’une manipulation dirigée contre l’autre parent par exemple, ou parent se posant comme victime silencieuse de l’autre parent).

Compétences parentales sans doute ! Responsabilités parentales sûrement !

La séparation fait mal La séparation « met à mal » La séparation « met à mal les compétences »(Compétence vient de competention « le juste rapport », soit le juste rapport entre le contexte dans lequel je suis et moi-même) Dans ce temps de souffrance où la communication est rompue ou conflictuelle le conflit met dans l’incapacité de mettre en œuvre ses compétences et de reconnaître celles de l’autre.

MARIE JO FERCOT, médiatrice familiale à Compiègne, pense que l’espace et le temps de la médiation familiale peuvent permettre à chacun de reprendre confiance en soi :

  • parce que la médiation familiale prend en compte la souffrance inhérente à la séparation et permet de la déposer dans cet espace ;
  • parce que le médiateur pose un cadre rassurant car il prend en compte la parole de chacun sans prendre partie ;
  • parce qu’en croyant aux compétences de chacun le médiateur fait prendre conscience qu’ils ont des solutions à la crise qu’ils traversent ;
  • parce que la confidentialité donne un espace de liberté ;
  • parce que le médiateur est garant du respect et de la non violence indispensables à l’écoute réciproque.

La loi sur l’autorité parentale partagée de 2002 met le couple parental dans un paradoxe : s’entendre dans ce conflit et ces désaccords et s’accorder avec tant de désaccords. Car ensemble il leur faut nourrir, protéger, guider, contrôler l’enfant.

Les échanges au sein de la médiation familiale vont être l’occasion de faire réfléchir chacun à ce que recouvrent ces responsabilités. Ils peuvent permettre aux parents de s’approprier la construction des conséquences de leur séparation. Ils pourront se poser la question « en dehors de moi, de qui mon enfant a-t-il le plus besoin pour grandir et s’épanouir ? ».

Marie Jo Fercot pense que le respect de l’enfant et les responsabilités parentales sont intimement liés.

Médiation familiale et soutien à la parentalité

JOCELYNE DAHAN, médiatrice familiale à Toulouse pose en préambule qu’elle ne veut pas isoler la médiation familiale de la constellation des médiations qui partagent arrière-plans théoriques, déontologie, éthique.

La parentalité est-elle un mythe ou une réalité ? Jocelyne Dahan se réfère à sa propre définition de la parentalité : « concept contemporain qui désigne les relations de deux personnes impliquées ensemble par un lien avec un ou plusieurs enfants dont elles assument l’éducation, les besoins affectifs et relationnels et dont elles sont responsables ».

Cependant, les modifications sociales et économiques amènent les professionnels du champ de la famille à modifier leur regard, leur analyse et leur mode d’accompagnement. Des changements de terminologie s’opèrent : la prise en charge est devenue l’accompagnement, l’accompagnement le soutien. Quel est la place du médiateur familial dans la régulation sociale et sa contribution à l’accompagnement des nouvelles normes familiales ? Pour répondre à cette question Jocelyne Dahan a voulu laisser la parole à d’autres professionnels, à des parents à des enfants et, à partir de cette matière, s’interroger sur les effets possibles de la médiation sur la parentalité.

Différents questionnaires ont été établis :
- l’un est composé de 10 questions en direction de 10 professionnels (assistants de services sociaux, éducatrices spécialisées, avocats, psychothérapeutes, médiateurs familiaux). Une rapide analyse met en lumière les difficultés rencontrées et permet de mettre en lien les différentes fonctions professionnelles. Évoquer la responsabilité des parents rend nécessaire une réflexion relative à la notion de parentalité. Être parent est-ce un état, un état de fait, un état acquis au fil des jours ? Comment devient-on parent. Pour Jocelyne Dahan la responsabilité « est une histoire construite en cercle qui se boucle, qui va d’un enfant à un autre enfant en passant par l’état d’homme, de femmes ». Il est important de séparer l’état de conjugalité de celui de parentalité. La fonction de parentalité ne semble pas suffisamment investie par les parents et il apparaît à Madame Dahan que des lieux accueillants devraient être mis à disposition afin de, sans les assister, soutenir les parents.

  • le second questionnaire s’adresse aux parents et 50 d’entre eux ont été interrogés.
  • le dernier questionnaire concerne 21 enfants et adolescents.

Au regard des matériaux recueillis, Jocelyne Dahan s’appuie sur les définitions de la médiation familiale et dresse un panorama de ses objectifs et champs d’intervention. Elle la définit personnellement comme « un entre-deux qui offre un espace de compréhension du conflit qui permet d’intégrer la nouvelle situation ».

Elle propose ensuite de réfléchir sur le concept de prévention afin de repérer si la médiation est effectivement un mode préventif. Si l’impact positif de la médiation est évoqué, il demeure cependant une hypothèse car aucune étude ou analyse scientifique n’ont été réalisées et il faudrait que s’écoule une génération, soit une vingtaine d’années, pour pouvoir construire une représentation globale.

Cependant, fonder est famille, bien qu’acte public et solennel est une décision qui relève de la seule responsabilité des individus qui s’engagent. A contrario, la décision de mettre fin à cet engagement échappe à la logique de la responsabilité de chacun et est projetée dans la sphère publique d’un tribunal. Les individus qui s’en remettent à l’État pour définir les responsabilités de chacun se soumettent à la décision de l’ordre public et s’en trouvent déresponsabilisés.

Mais depuis plus de 10 ans les discours politiques comme l’évolution du droit de la famille insufflent la restitution de la responsabilité aux acteurs eux-mêmes et c’est de cette contradiction qu’a émergé la nécessité de la médiation familiale.

De même qu’il semble évident aujourd’hui et dans tous les champs sociaux d’associer les acteurs à la prise de décision afin d’insuffler la notion même de responsabilité et de participation à la vie politique de notre société, le philosophe Jean DE MUNCK, analyse la fonction de la médiation en tant qu’acte politique qui participe à une véritable éducation à la citoyenneté. Peu de médiateurs osent analyser leur pratique en ce sens, peut-être de peur de contribuer à un nouveau contrôle social qui pourrait donner à la médiation familiale une fonction normative.

La médiation familiale dont les objectifs souvent énoncés sont autodétermination, responsabilité, prise de décision, participation, contribue donc à la remise en place centrale de la place et du rôle des parents.

À propos des effets de la médiation, le postulat de base est que la famille constitue le lieu des premiers apprentissages sociaux. La médiation intervient comme une modification des comportements sur les individus en conflits, et ce, en 4 phases.

  • dans la première la médiation intervient sur l’individu (changement de comportement par changement du mode de communication).
  • dans la phase deux, les modifications de la phase A ont des répercussions sur le groupe familial et modifient les relations dans le sens d’une prise de responsabilité de chacun.
  • dans la phase 3 ces changements sont identifiés dans l’ensemble du groupe professionnel et social
  • dans la phase 4, les changements de comportement initiés par une éducation » de la responsabilité ont des conséquences sur la vie de la cité et sur la société (diminution des coûts sociaux, par exemple). Bien entendu, ces répercussions se réalisent sur du long terme.

Les conséquences engendrées par la médiation familiale (diminution du stress lié aux ruptures, des comportements à risques des enfants, de la saisine des tribunaux, des ruptures de relation parents/enfants, le renforcement de l’autonomie des personnes, de la responsabilité individuelle) constituent une véritable action de prévention et participent à une nouvelle éducation citoyenne basée sur la responsabilité, la solidarité et le respect de chacun.

Jocelyne Dahan conclut en soulignant la nécessité qu’ont les professionnels de la médiation, pour être au plus près des préoccupations et des besoins de familles « cellule modulable, éphémère ou à noyau multiple…/…gagnée par la complexité et l’instabilité qui caractérise notre époque » d’évoluer pour s’adapter et accompagner les changements.

La parentalité vue du côté des pères en grandes difficultés sociales

Qu’EDITH GODIN, ethnologue du Proche à Valenciennes, me pardonne de n’avoir pas su résumer la richesse de son intervention dont j’invite à lire les quatorze pages dans la Revue APMF n° 6.

Paternité /Adoption

STEPHANE HIRSCHI, professeur de littérature à la faculté de Valenciennes, témoigne en tant que père de 3 enfants et développe l’idée que « Toute paternité est une adoption ». Il a eu avec chacun de ses 3 enfants des prises de contact différentes (il a tenu son premier fils (adopté au japon) pour la première fois dans ses bras à l’age de 4 mois, a assisté à la naissance d’une de ses filles et a eu un contact avec sa seconde fille, née par césarienne avant même la maman qui était anesthésiée.

Ces premières rencontres sont relatées de manière détaillée, sensible, et …littéraire.

L’adoption au Japon de son fils est tenu par Stéphane Hirschi comme un schéma d’adoption idéal et qui, en quelque sorte, résume de processus de toutes ses paternités.

Quelles que soient les modalités du premier contact, le moment clé est celui de la rencontre avec cet autre attendu et inconnu à la fois et « à chaque fois s’instaure ce dialogue silencieux : « Alors, c’est toi ? Me voilà, je suis ton papa ». Pas besoin de mots, bien sûr, pour cet échange-là, fondateur ».

Par-delà son expérience personnelle il pense que « la structure de la paternité est toujours identique », « comme un coup de foudre primordial que l’enfant soit ou non de votre sang ». « La société a inventé récemment (à l’échelle de l’histoire de l’humanité) la notion d’instinct maternel qui amène les mères à se projeter une relation déjà préétablie in utero ». Cependant, ne s’agit-il pas d’ « une construction fantasmatique car le moment de la découverte visuelle, tactile, sonore, olfactive est en tout point analogue, pour la mère à celui que vit le père ? ».

« On retrouve ici l’un des secrets du renard de Saint Exupéry autour de la rencontre et du processus d’apprivoisement grâce à l’ouverture du cœur. L’essentiel est bien là et se joue lors de la rencontre : quels qu’en soient les chemins, toute parentalité, et en tout cas toute paternité, est une adoption ».

Que nous disent les pères en médiation familiale ?... Qu’entend, de ce qu’ils disent, une médiatrice familiale ?

L’intervention de MICHELLE-CRAUX DEBUSSCHE, médiatrice familiale à Grande Synthe, fera écho à la conférence suivante, sur le même thème et animée par un médiateur familial. Tous deux, pour ces conférences, ont porté un intérêt particulier à la fonction paternelle et à la parole des pères dans le cadre de la séparation et du divorce.

Michèle Graux-Debussche distingue 3 grandes catégories de demandes des pères.

  • dans la première catégorie les hommes viennent chercher soutien et légitimité pour annoncer la rupture. Ils sont encore empêtrés dans la culpabilité, l’ambivalence, la peur. Ils ne savent pas comment être pères sans être époux. La médiatrice les présente comme courageux et inquiets.
  • dans la deuxième catégorie, il s’agit des demandes autour de la difficile question de l’autorité parentale conjointe et des modalités pratiques de l’exercice de la coparentalité. Ces pères veulent aller vite, sont avides de solutions, de recettes, de projets.
  • dans la troisième catégorie, se trouvent les pères « pansants » et « pensants » qui disent leurs difficultés et leur frustration d’être pères à temps partiel, qui s’inquiètent du peu d’impact qu’ils auront sur l’éducation de leur enfant. Ils sont inquiets pour leurs enfants. Ils ont peur de perdre leur amour, surtout si leur ex-compagne vit en couple. Michèle Graux-Debussche souligne que si pour bon nombre de parents divorcés les règles du fonctionnement familial changent peu, chacun restant dans son positionnement initial, de plus en plus certains pères veulent profiter de la rupture pour occuper une place différente dans la distribution des rôles parentaux.

L’essence de leur appel à la médiatrice pourrait se résumer par un « aidez-nous à sortir des griffes de la toute-puissance maternelle ».

Cette catégorie de demandes semble trouver une résonance particulière chez l’auteur qui l’illustre par l’exemple d’un couple qui avait réussi à instaurer une garde alternée relativement harmonieuse sans passer par la Justice. Cependant la mère de l’enfant a rencontré un compagnon et a décidé de partir vivre en couple avec lui en amenant sa fille à des centaines de kilomètres de son père. Cette situation a été vécu extrêmement douloureusement par le père privé du lien quotidien avec sa fille.

La médiatrice n’a depuis plus de nouvelles du couple qui a fait appel à un JAF et est touchée par l’injustice de la situation. Elle a eu du mal à demeurer impartiale devant cette mère qu’elle ressentait toute puissante et qui l’obligeait à se transformer en une médiatrice toute puissante qui devait absolument trouver une solution pour abolir cette injustice. « Dur dur d’être médiatrice ! » conclut-elle.

Que nous disent les pères en médiation familiale ?... Qu’entend, de ce qu’ils disent, un médiateur familial ?

L’intervention de STEPHANE DITCHEV médiateur familial au Mouvement de la Condition Paternelle à Paris, fait écho à la conférence précédente animée le même jour sur le même thème par une médiatrice familiale : tous deux, pour leurs interventions, ont porté un intérêt particulier à la fonction paternelle et à la parole des pères dans le cadre de la séparation et du divorce.

Stéphane Ditchev ne sait pas si les différences (il y en a peu, mais elles existent) entre la parole des pères et la parole des mères proviennent du fait qu’ils sont des hommes ou que lui-même soit un homme. Il présente le Mouvement de la Condition Paternelle en disant que beaucoup de femmes s’y orientent par elles-mêmes pour les mêmes raisons que les hommes. Cette association reçoit également des grands-parents, ainsi que des proches de la famille en train qui s’inquiètent de la rupture. Hommes ou femmes viennent en général avec un sentiment d’incompréhension vis-à-vis du système judiciaire qui n’accorde pas le temps nécessaire à la compréhension intime des dossiers ou, au contraire, éternise le conflit dans des procédures sans fin.

Le fait que Mouvement pour la Condition Paternelle soit un organisme affichant plutôt la défense de pères ou d’hommes oblige d’autant plus le médiateur à travailler sa neutralité : les personnes faisant la démarche pensent trouver une compréhension décuplée du fait de l’appartenance du médiateur à la condition de père ou d’homme et espèrent trouver une alliance.

Ils expriment la souffrance d’être face à l’autre qui considère que l’enfant lui appartient et le médiateur perçoit que dans l’enjeu de la séparation des meubles et des immeubles, de la résidence de l’enfant, de la répartition des charges, il est surtout question de faire payer l’autre…

Il constate aussi, dans les paroles spécifiques aux hommes, un décalage quant au désir d’enfant, ces « accidents de pilules », qui font qu’il n’est pas étonnant, dans ces cas-là, que le père ne prenne pas toute sa place auprès de l’enfant.

Les autres différences qui s’expriment sont plus d’ordre culturel, traditionnel ou liées à l’organisation de la société. Ces questions dépassent mais concernent le médiateur familial et sont des sujets de sociétés brûlants et non encore traités aujourd’hui.

Du risque conjugal à la responsabilité parentale

MYRIAM ROGEZ-MORHANGE est médiatrice familiale à Arras et formatrice.

Voici quelques éléments de son intervention :

L’auteur souligne que la médiation familiale s’inscrit dans de « l’histoire en marche », histoires individuelles, conjugales, parentales, familiales qui impose adaptabilité, flexibilité et réversibilité à la croisée de mutations profondes. Dans la séparation les tensions douloureuses sont aussi de l’histoire en marche entre mémoire du projet de couple et projet d’évolution…

Quel autre lieu que celui de la médiation familiale pouvait être imaginé afin de créer un espace suffisamment neutre pour entendre cet autre que soi devenu étranger et parfois s’étonner de ne pas se reconnaître soi-même ?

Elle évoque également la place des identités personnelles, de l’exercice de deux identités dans la relation à l’enfant. « Quelle place pour la femme ou l’homme que tu n’as pas su être pour moi ? Quelle place de parent je te donnerai, toi qui m’as brisé ? Quel(le) père ou mère peux-tu être, toi qui n’as pas su l’être en son temps ?


L’auteur s’interroge sur le couple, entité fragile évoluant dans une ère d’ambivalence, sur l’individu qui n’a pas forcément appris à communiquer avec l’autre, à travailler ses frustrations, lorsque passe l’illusion d’unité. La vie conjugale doit-elle nécessairement étouffer la personnalité, impliquerait-elle un renoncement ? Jusqu’où ? Certaines personnes choisissent la séparation car elles sont en situation de survie. Il y a une utopie dans la représentation que se fait l’individu du couple qui est la mesure de la grande souffrance de certaines ruptures.

Quand la relation conjugale s’éteint, on assiste à des déséquilibres profonds. La dissolution d’une union marque l’échec de tout idéal de couple. La séparation renvoie chacun à ses propres liens de filiation et de transmission. Et au préjudice psychologique s’ajoute souvent le préjudice matériel.

Les couples reçus en médiation ont un parcours conjugal qui s’est essoufflé, au moins pour l’un, depuis plusieurs années. Ils sont inquiets quant aux conséquences de leur séparation sur leur enfant. Ils amènent des demandes irréalistes et veulent plus qu’ils ne peuvent.

La césure entre le conjugal et le parental est une passerelle opportune ou dangereuse et soulève de grandes questions sur le déplacement des rôles et sur les quêtes d’identité. C’est là que se pose la question de l’exercice de deux identités dans la relation à l’enfant.

Les parents doivent apprendre à partager l’autorité ce qui implique de continuer à communiquer, à faire comme avant mais sans l’autre et aussi à faire autrement qu’avant et avec l’autre.

Être parents ensembles …et séparés, paradoxe de la médiation familiale

ANNIE SELLERON-PORCEDDA, est médiateure familiale et directrice de La Passerelle à Grenoble.

L’auteur s’interroge sur les transformations de la fonction parentale dans le labyrinthe de la séparation. Elle souligne que les lois sur l’exercice conjoint de l’autorité parentale ont du sens pour les enfants qui ont besoin de garder des liens avec leurs deux lignées. Pour Annie Selleron-Porcedda, les médiateurs s’investissent symboliquement dans ce droit de l’enfant. Le travail avec les parents sur leurs rôles et fonctions y contribue.

La loi du 4 mars 2002 réformant l’autorité parentale et introduisant l’hébergement en alternance soutient et relance le débat sur l’organisation de la séparation parentale.

Se séparer ne cesse de se compliquer et le rôle du médiateur, dans cette situation de crise, est d’introduire cette indispensable notion de co-parentalité.

Le processus de médiation familiale sollicite les parents pour qu’ils demeurent « ensemble et séparés » mais ce processus n’est pas dépourvu de paradoxes :

  • la crise implique une « inssuportabilté » de rencontrer l’autre et la médiation réunit ;
  • le second paradoxe est l’engagement sur des accords alors que le couple vient de se désengager sur les accords qui les avaient unis (mariage, pacs) ;
  • le troisième paradoxe est de parler à un tiers de l’intime surtout lorsque ce tiers affirme la confidentialité, la transparence ;

Ces paradoxes sont présent et difficiles à surmonter, c’est pourquoi il est important de remercier les personnes qui s’engagent en médiation. L’entrée en médiation permet de reconnaître le noyau de notre vie (besoins, choix, respects de nos engagements) et permet, lorsqu’elle aboutit, à demeurer, pour assumer la parentalité, ensemble bien que séparés.

Soutien à la fonction parentale…atouts et freins

DOMINIQUE WILLECOMME, médiatrice familiale à Boulogne-sur-Mer pointe une tendance des individus au repli sur les relations familiales. La famille est, pour certains, la forme presque unique de leur socialisation. Ceci présente des avantages tant que le couple est uni mais peut être catastrophique au moment de la séparation (prise de position de certains membres de la famille, relations conflictuelles se surajoutant au conflit du couple, conflits de loyauté). Les interventions, les peurs des autres membres de la famille constituent une difficulté supplémentaire dans le processus de médiation. La séparation du couple remet en question la transmission des valeurs familiales ce qui amène les membres des familles de chacun à intervenir dans la séparation. Le couple ne comprend pas toujours la nécessité que leurs proches ne se mêlent pas de leur séparation.

Elle évoque également comment les conflits autour de « l’argent à récupérer » souvent attisés par les grands parents lorsque des dons au couple pour l’achat d’un bien immobilier par exemple, sont considérés par la famille comme un héritage à transmettre intégralement à la génération suivante.

Dominique Willecomme illustre ces difficultés par l’exposé de 2 situations.

Elle note que souvent l’espoir mis dans la médiation familiale est déçu car chacun, estimant qu’il a raison, pense que la médiation tranchera en leur faveur. Se recentrer sur l’intérêt de l’enfant est souvent le premier point d’accord qui va permettre qu’ils acceptent de poursuivre la médiation.

Les limites d’une intervention centrée sur la parentalité

La médiation familiale s’est construite sur 2 mythes fondateurs :

  • le droit pour tout enfant d’avoir un libre accès à ses deux figures parentales ;
  • le primat de la compétence des familles.

BERNARD CORTOT, médiateur familial à Valenciennes, remet en question, dans son intervention, la référence constante à la notion de couple parental qu’il faudrait, dans l’intérêt de l’enfant, préserver à tout prix et nous invite à une certaine prudence.

Il attire notre l’attention sur la vigilance que doit avoir le médiateur familial à veiller à ce que la volonté de préserver le couple parental ne devienne une nouvelle version étatique de contrôle social. En tant que garant de l’intérêt de l’enfant, le médiateur ne devient-il pas, en quelque sorte, le garant de l’ordre moral transformant ainsi le sens de sa mission et de son positionnement éthique ?

Et de poser la question sur la légitimité à perdurer du couple parental au delà de la mort du couple conjugal.

Avec Murray Bowen il considère que « le couple est un chemin de différenciation de notre famille d’origine » et que l’appartenance au couple est en quelque sorte lié à la « désappartenance » à la famille d’origine.

En venant en médiation familiale, les ex-partenaires recommencent un nouveau chemin qui mène vers une individuation fondée sur la reconnaissance de l’altérité « je suis le père de nos enfants commun et j’ai besoin de toi, leur mère, dont je reconnais la singularité, pour remplir au mieux ma fonction paternelle ». Au lieu de soutenir la parentalité, le médiateur familial ne pourrait-il pas plutôt conduire cet homme et cette femme vers le processus d’individuation, véritable marqueur du démariage ?

« Si un et un font trois, trois moins divorce ne donne pas eux mais un et un »….

Bernard Cortot nous invite à prendre garde que le soutien à la parentalité ne se transforme pas en atteinte à la liberté des sujets ! Car, dans son projet, la médiation familiale renvoie à cette liberté de « laisser advenir des formes nouvelles de relation au sein de la famille ».

Médiation familiale et soutien a la parentalité

CRISTINA SENS, médiatrice familiale en Dordogne, pense que la médiation aide les parents dans leur fonction parentale et résume le contenu de 5 séances de travail de deux heures. Nous ne relaterons pas ici les détails de cette situation mais la médiation familiale a permis à Christelle et Bruno de :

  • retrouver un dialogue, retracer leur histoire de couple et analyser les motifs de rupture ;
  • prendre le temps de réfléchir aux besoins essentiels de leurs enfants ;
  • dresser la liste de leurs besoins personnels en tant que parents ;
  • aborder les questions financières et, lors de la cinquième séance, rédiger et signer des accords qui ont été présentés au JAF

et homologués.

Les dernières de couverture de la Revue de l’APMF comportent toutes cette citation extraite de Fureur et Mystère de René Char :

« À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir. La place demeure vide, mais le couvert reste mis ».

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