Mediation africaine

De WikiMediation.

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2534500-3571583.jpg DEUX PRESIDENTS

La côte d’ivoire est depuis quelques mois au centre de l’actualité mondiale, le scrutin de la présidentielle du 28 novembre 2010 a mis en avant le candidat Alassane Ouattara avec 54.1% des voix, reconnu chef de l’état par la communauté internationale face au président sortant Laurent Gbagbo 45.9% des suffrages. La conférence de presse de la commission électorale avait tourné à la farce lorsque des partisans de Gbagbo avaient déchiré la feuille de résultats alors qu'un porte-parole souhaitait les annoncer. Selon l'opposition, Laurent Gbagbo a bloqué l'annonce des résultats car il se savait battu par Ouattara. La passation de pouvoir contestée par le président sortant empêche le candidat Alassane Ouattara d’intégrer ses fonctions. Laurent Gbagbo défend sa position de chef d’état et n’a pas l’intention de céder la place, malgré les pressions exercées par la communauté Onusienne et les états de l’union africaine (UA).

Sommaire

Voici un très beau départ de conflit, politique, économique, ethnique. Tous les ingrédients sont au rendez vous, émotionnel, prêt de mauvaise intention, interprétation et contrainte.

Cette élection tant controversée a divisé le pays, d’un côté les pro-Ouattara insurgés et armés prêt à en découdre au moindre prétexte et de l’autre les partisans de Gbagbo bien installés dans leurs convictions.

Les infos télévisées, la presse et les médias relayent au quotidien les titres suivants :

Côte d’ivoire : trois morts dans une manifestation pro-Ouattara Côte d’ivoire : les violences s’étendent au centre du pays Côte d’ivoire : l’exode s’intensifie à Abidjan Entre combats et exode la crise Ivoirienne s’enlise 300 morts depuis la mi-décembre Vague de violence en pleine médiation Africaine Gbagbo accuse l’ONU L ‘Union Africaine tente une médiation

La situation de blocage s’installe

28 novembre-28 février: trois mois après la présidentielle, la Côte d'Ivoire, déchirée entre Gbagbo et Ouattara, menace de basculer dans la guerre civile. La situation humanitaire à Abidjan se dégrade, après des jours de combats entre forces loyales au président ivoirien sortant Laurent Gbagbo et insurgés, tandis que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, appel à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité pour examiner la situation, en particulier une livraison présumée illégale d'armes par le Bélarus au camp Gbagbo, en violation de l'embargo sur les armes décrété en 2004. Le Bélarus dément ces informations et dénonce une "possible campagne destructrice" à son encontre. Depuis plus d'une semaine les violences entre les deux camps se sont multipliées, surtout à Abidjan, cœur du pouvoir de Laurent Gbagbo. Le quartier pro-Ouattara d'Abobo (nord) est devenu le théâtre d'affrontements à l'arme lourde entre forces pro-Gbagbo et insurgés. A Abobo, mais aussi dans le quartier voisin d'Anyama, la situation humanitaire devenait de plus en plus inquiétante, sur fond d'exode de la population.

Attisée par un activiste au passé chargé, la situation dégénère, affrontements et conflits armés durcissent le ton donné à cette affaire.

2546001-3589231.jpg AU BORD DE LA GUERRE CIVILE

Lors d'un rassemblement le 25 février à Abidjan, Charles Blé Goudé, chef des "patriotes" partisans du président sortant Laurent Gbagbo a déclaré : "Je demande à la jeunesse de Côte d'Ivoire de s'organiser en comités pour empêcher l'Onuci (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire) de circuler par tous les moyens", a-t-il lancé devant quelque 3.000 personnes réunies dans le quartier pro-Gbagbo de Yopougon (ouest). "Aujourd'hui ce ne sont pas les rebelles qui nous font la guerre, c'est l'Onuci qui nous la fait", a-t-il affirmé, appelant à créer des "comités d'autodéfense dans les quartiers "Il faut toutefois éviter de tomber dans le piège de la guerre civile", a-t-il déclaré. Inspirés par les exemples égyptien et tunisien, les partisans d'Alassane Ouattara ont fait monter la pression la semaine dernière en appelant à une "révolution" pour chasser le sortant. Une dizaine de manifestants pro-Ouattara ont été tués par les FDS (Forces de défense et de sécurité de Laurent Gbagbo) qui ont dispersé la foule en tirant à balles réelles, selon des sources concordantes, à Abobo (nord) mais aussi dans les quartiers de Koumassi et Treichville (sud). Les violences post-électorales ont fait depuis mi-décembre entre 300 et 450 morts selon l'ONU. Ce regain de tension survient alors que l'Union africaine déploie de nouveaux efforts pour trouver une issue à la crise. Les combats dans l'ouest mais aussi à Abidjan ont poussé en 24 heures quelque 5.000 Ivoiriens à fuir au Liberia, portant à près de 45.000 le nombre de réfugiés dans ce pays, a indiqué l'ONU. Les tirs à l'arme lourde ont repris samedi 26 février dans le quartier d'Abobo à Abidjan, que les familles fuyaient après une semaine d'affrontements entre FDS et insurgés.

TENTATIVE DE MEDIATION AFRICAINE

Cinq chefs d’état délégués par l'Union africaine (UA) à l'exception du Burkinabè Blaise Compaoré, accusé par Gbagbo de soutenir son rival, se sont rendus à Abidjan du 21 au 23 février pour dénouer cette crise post-électorale. Sous la présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz, chef d’état mauritanien, Jacob Zuma (Afrique du Sud), Idriss Deby Itno (Tchad), Jikaya Kikwete (Tanzanie), ce panel de médiateurs, tente de trouver une solution de compromis et proposent soit un partage du pouvoir soit un gouvernement d'intérim jusqu'à de nouvelles élections. L’annonce faite le 22 février par le ministre adjoint des affaires étrangères Ibrahim Ibrahim à l'AFP n’a pas eu l’effet escompté, l’information est venue crisper les échanges avec le clan Ouattara et les quatre chefs d’état ont du quitter la côte d’ivoire sous les huées du public. Promesse de retour le 28 février pour une seconde partie.

L’échec est dû à la non-concertation des parties et à la prise de décisions arbitraires

UNE BATAILLE MEDIATIQUE SUR FOND DE GUERRE CIVILE

Engagés dans un bras de fer depuis la présidentielle controversée, les camps Gbagbo et Ouattara se livrent notamment une bataille médiatique, un commando armé s'en est pris à un symbole du régime Gbagbo, la télévision publique RTI. Le centre émetteur a été très endommagé coupant le signal hertzien dans la zone d'Abidjan. RTI est toutefois parvenue à réparer mais l’image est de très mauvaise qualité. En contrôlant RTI, le régime Gbagbo en fait un instrument contre ses adversaires, l'ex-puissance coloniale française, l'ONU, le camp Ouattara. Retranché au Golf hôtel d'Abidjan, Ouattara a répliqué en lançant une diffusion pirate (TCI), "Télévision côte d’ivoire" à capter via un décodeur. La tension est montée d’un cran entre les partisans du président ivoirien sortant et l'ONU, après deux incidents majeurs rapportés par les Nations unies, l’enlèvement à Abidjan de deux employés de la force de l'ONU en Côte d'Ivoire par des partisans de M. Gbagbo avant d'être relâchés quelques heures plus tard, et une affaire de vente d’armes illégale avec le Bélarus.

Quelque 3.000 personnes se sont déjà réfugiées dans deux missions catholiques, "dans une promiscuité indescriptible", a déclaré à l'AFP l'abbé Augustin Obrou, porte-parole de l'archevêché d'Abidjan. Le climat demeure pesant dans la capitale économique avec des tirs sporadiques signalés dans plusieurs quartiers y compris dans des zones jusque-là préservées comme le quartier cossu de Cocody à l’est. Fief de M. Gbagbo, le populaire Yopougon (ouest) est désormais constellé de barrages, de "jeunes patriotes", et d’ardents partisans, parfois armés de machettes et de gourdins, exigent de fouiller les véhicules. Le gouvernement Gbagbo accuse la force onusienne, dont il réclame le départ depuis décembre, d'être complice des "rebelles" des Forces nouvelles (FN), alliés à M. Ouattara, qui selon lui sont infiltrés à Abobo (nord). Les experts du Comité des sanctions de l'ONU et un officier des forces de maintien de la paix ont essuyé des tirs provenant des forces de M. Gbagbo à l'aéroport de Yamoussoukro (centre), selon un responsable onusien. Cette équipe s'était rendue à l'aéroport pour vérifier une information faisant état de la livraison d'hélicoptères en provenance du Bélarus "mais ont été dans l'incapacité" de le faire, a dit le porte-parole de l'ONU Martin Nesirky. Le Bélarus a démenti toute violation de l'embargo. Le gouvernement Gbagbo a fustigé un "complot" et un "mensonge pour justifier une attaque" de l'ONU. Il accuse l'Onuci, dont il réclame le départ, d'être complice des "rebelles" (Forces nouvelles), alliés à Alassane Ouattara. Selon le gouvernement Gbagbo, ce sont des éléments FN infiltrés que ses forces armées affrontent depuis plusieurs jours à Abidjan en des combats meurtriers à Abobo (nord), fief de son rival.

UNE NOUVELLE TENTATIVE DE MEDIATION

La nouvelle médiation africaine prend quant à elle du retard. Le panel de chefs d'Etat devait annoncer au plus tard lundi 28 février des solutions "contraignantes". L'Union africaine s'est donnée un mois de plus pour tenter de dénouer la crise en Côte d'Ivoire, Ce délai sonne comme l'aveu d'une impasse politico-diplomatique. En visite à Paris le 01 mars 2011 le président sud-Africain Jacob Zuma a laissé entendre qu’il a jusque là ménagé M. Gbagbo et défendu une solution de compromis au point de s’être fait chahuter à Abidjan sous les cris des partisants de Ouattara « Zuma voleur ». Nous ne désespérons pas de le faire changer", dit-on à Paris, "il n'est pas question d'exagérer l'influence sud-africaine mais ce serait un coup dur pour Gbagbo si Pretoria prenait clairement position contre lui".

Retour à la case départ, médiation imposée sous contrainte et menace

SAGESSE ASIATIQUE

La Chine préoccupée par les tensions en Côte d'Ivoire, l’a fait savoir dans un communiqué écrit du ministère chinois des Affaires étrangères. Selon Jiang Yu, la porte-parole du ministère, la Chine préconise une résolution pacifique de la crise et appelle au calme et à la retenue. "Nous espérons que les parties concernées peuvent traiter de manière appropriée les divergences par la voie du dialogue et de la négociation afin de réaliser une réconciliation politique et de sauvegarder la paix et la stabilité en Côte d'Ivoire", a-t-elle ajoutée. La Chine soutient les efforts de médiation du panel de haut niveau de l'Union africaine pour mettre fin à la crise en Côte d'Ivoire, indique le communiqué.


L EXPERTISE SUISSE

A Berne, lors d’un débat organisé avec 400 participants sur la médiation dans les conflits africains, la ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a annoncé que la Suisse doit mettre son expertise à disposition des médiateurs africains. Loin d’être une terre de conflit, l’Afrique est avant tout une terre de dialogue où on cultive la palabre, les solutions importées ne marchent pas, la médiation en Afrique doit se faire d’ abord avec et par les africains. Le médiateur suisse Julian Hottinger, médiateur en Afghanistan, au Cambodge, au Nicaragua, en Irlande du Nord, au Rwanda, au Soudan et au Sri Lanka. (swissinfo) a dit : "si vous prenez le temps et que vous vous excusez - parce qu'il y a des choses pour lesquelles on doit s'excuser -, c'est accepté".

LA GUERRE DU CACAO

Après la bataille médiatique, la guerre du cacao est déclarée. Le groupe Bolloré premier investisseur en Afrique et pilier à 80% de l’activité portuaire de San Pedro (le plus grand port d'exportation de cacao au monde) met ses collaborateurs en chômage technique et accuse le coup de la cessation des exportations. La côte d’ivoire premier fournisseur mondial de cacao à cessé ses exportations quelques jours après le scrutin sur ordre d’Alassane Ouattara, puis sur ordre de Gbagbo repris les exportations. Des guichets de règlement en espèces ont été mis en place par le régime Gbagbo afin de récolter des fonds pour financer ses besoins et la guerre civile. L'objectif des forces pro-Ouattara est de reprendre le contrôle du port, car les revenus financiers et les enjeux économiques sont plus importants que les convictions politiques.

Bras de fer Armé par la France, l’ONU et les Etats Unis

ENTRE ACTION MILITAIRE ET EFFONDREMENT DU REGIME, L EXIL DEVIENT LA SEULE ISSUE

Les "conditions" du départ de Laurent Gbagbo sont "la seule chose qui reste à négocier" après l'effondrement du régime du président sortant ivoirien, a déclaré mercredi 6 avril le chef de la diplomatie française Alain Juppé au micro de France Info. "J'espère que la persuasion va finir par l'emporter et qu'on évitera de reprendre des opérations militaires", a ajouté le ministre, en dénonçant un entêtement absurde, "Gbagbo n'a désormais plus aucune perspective‘’, tout le monde l'a lâché. La force Française Licorne présente en côte d’ivoire doit uniquement protéger les population civiles et non prêter main forte aux forces armées du président élu.

Un triste bilan, au terme de 5 mois de conflit

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|LA CHUTE DE GBAGBO Arrestation le 11 avril de Laurent Gbagbo après la destruction de la résidence présidentielle et de son bunker par les hélicos de la force licorne. Cache d’arme et d’argent (500 roquettes) retrouvées dans les sous sols. Près de 3.000 personnes ont été tuées lors de la crise, selon les autorités. L'ONU fait état de plus de 1.000 morts depuis le début du conflit. Les réunions et colloques un peu partout sur la planète on mobilisé énormément de monde, peu d’efficacité, aucune avancée si ce n’est celle des militaires.

Encore une fois, en Afrique l’histoire se répète, trop de morts dans les rangs des civils, l’exode de milliers de personnes, des conditions sanitaires déplorables et une population qui paye le lourd tribut d’une inexistante discussion. La discussion, base de toute relation, politique, économique, sociale, en son absence, dominé par les sentiments de chacun on mesure ici toute l’importance de la place qu’elle occupe. De tels effets dévastateurs découlent d’un simple manque de dialogue, quel comble au pays de la palabre.

Gérard Mazel

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