Mes amis mes amours

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Choix du livre

Cette comédie tendre et enlevée est simple et touche de près notre quotidien. Elle n’est pas entravée de conflits spectaculaires mais est riche d’enseignements sur les thèmes des comportements et des relations humaines. Elle illustre très bien le fait que nous avons presque tous du mal à observer les gens et leur comportement sans y mêler un jugement, une critique ou une autre forme d’analyse. Et lorsque l’autre entend une critique, il a tendance à mettre toute son énergie à se défendre ou à contre attaquer. D’où la naissance de conflits pus ou moins spectaculaires et le besoin d’une tierce personne (le médiateur) pour aider les uns et les autres non seulement à s’exprimer mais aussi à s’écouter.

L’histoire

Dans le village français, au cœur de Londres, deux pères trentenaires, Arthur et Mathias, divorcés, réinventent la vie en s’installant sous le même toit et en s’imposant des règles de vie. Autour d’eux gravitent leurs deux enfants Emily (fille de Mathias) et Louis (fils d’Antoine) mais aussi Sophie la jeune fleuriste, secrètement amoureuse d’Antoine, Yvonne qui tient un restaurant à côté du magasin de Sophie et qui aide les uns et les autres dans leur quête du bonheur, John Glover, l’amant secret d’Yvonne, Enya la jeune immigrée qu’Yvonne va recueillir et aidée et Audrey la nouvelle amie de Mathias qui l’aidera à voir les choses autrement.

La lecture de l’ouvrage sous l’œil du médiateur

Une partie de cette comédie s’attache à nous faire une description de l’homme et de ses conflits intérieurs. Ces portraits rappellent qu’en chacun de nous des désordres existent, des habitudes persistent. Le tout se traduit dans nos comportements et instaure notre relationnel. On y retrouve les différents ingrédients de la dynamique conflictuelle :

  • Le conflit intérieur
  • Le fatalisme fonctionnel
  • La généralisation
  • Les interprétations,
  • Les non-dits…

Les personnages vont tour à tour s’entraider plus ou moins consciemment et à la fin chacun trouvera son chemin et son équilibre.

Les personnes

Mathias n’est pas heureux à Paris où il vit loin de sa fille mais il n’arrive pas à se décider lorsque Antoine lui propose de venir s’installer à Londres. Il est en proie avec son conflit intérieur et son fatalisme fonctionnel : « que veux-tu que je fasse là-bas ? ». Antoine lui répond « être heureux » et accompagnera Mathias à sa manière afin de lui donner une autre vision de la vie et lui faire faire le deuil de sa relation avec son ex-femme. Il arrivera à lui faire lâcher-prise (« Antoine leva la tête de ses esquisses et vit le visage épanoui de son meilleur ami et, à ce moment là il pensa que le bonheur s’était installé dans leur vie ».) et le fera descendre de son point de vue (« tu sais, j’ai repensé à ton vertige, ce n’est pas neutre comme problème. Tu as peur de grandir, de te projeter en avant et c’est ça qui te paralyse, y compris dans tes relations avec les autres. Avec ta femme, tu avais peur d’être un mari, et parfois, même avec ta fille tu as peur d’être un père. A quand remonte la dernière fois que tu as fait quelque chose pour quelqu’un d’autre que toi ? »). Mathias retrouvera le bonheur auprès d’Audrey et repartira s’installer en France avec elle et sa fille.

Antoine est également enfermé dans un fatalisme fonctionnel et s’est laissé « engourdir » (on pourrait très bien utiliser d’ailleurs la métaphore de la grenouille pour l’illustrer) dans ses habitudes de père célibataire irréprochable. Plus d’une fois sa mécanique fonctionnelle le mettra en conflit avec Mathias qui s’attachera à lui montrer qu’il n’est pas forcément nécessaire d’établir des règles pour être heureux et vivre en harmonier et lui apprendra également à lâcher prise (« Alors tu sais quoi ? Conseil pour conseil, j’en ai un qui te concerne, Antoine : laisser entrer quelqu’un dans sa vie, c’est abattre les murs qu’on a construits pour se protéger, pas attendre que l’autre les enfonce ! »). C’est également Sophie qui l’aidera à « abattre les murs » qu’Antoine s’est construit autour de lui. Secrétement amoureuse d’Antoine, elle lui fait écrire des lettres pour un amant imaginaire sans qu’il se rende compte qu’en fait ces lettres elle les écrit pour lui. Encore une fois, nous trouvons un bel exemple de fatalisme fonctionnel notamment lorsqu’elle essaie de faire comprendre à Antoine que lui aussi est seul mais qu’il fuit la solitude en s’occupant des autres « on est tous seuls Antoine, ici, à Paris, ou ailleurs. On peut essayer de fuir la solitude, déménager, faire tout pour rencontrer des gens, cela ne change rien. A la fin de la journée, chacun rentre chez soi. Ceux qui vivent en couple ne se rendent pas compte de leur chance. Ils ont oublié les soirées devant un plateau-repas, l’angoisse du WE qui arrive, le dimanche à espérer que le téléphone sonne…….La seule bonne chose c’est qu’il n’y a pas de quoi se sentir si différents des autres. » "Sophie regarda attentivement l’éponge sur l’égouttoir de l’évier, hésita un instant, et la prit dans la main. - Qu’est-ce que tu as ? Demanda Antoine. - Tu sais combien de temps tu as passé avec ça, ce soir ? dit Sophie d’une voix pâle et en agitant l’éponge ? Antoine fronça les sourcils. - Tu t’inquiétais de la solitude de Mathias, reprit-elle, mais la tienne, tu y penses parfois ? Elle lui lança l’éponge qui atterrit au beau milieu de la table et quitta la maison." Sophie est également en prise avec son conflit intérieur. Elle n’aime pas sa vie, se sent seule et s’enferme aussi dans un fatalisme fonctionnel l’empêchant d’aller de l’avant. (« Et en arrivant dans la maison de ses parents, quand son père ou sa mère lui auraient demandé comment allait sa vie, elle aurait probablement fondu en larmes..………..Comment leur expliquer que le matin au petit déjeuner, il lui arrivait d’étouffer en regardant sa tasse ? Comment leur décrire le poids de ses pas quand elle rentrait le soir chez elle ? ……………..Et même si cette petite voix lui disait qu’il était encore temps d’aller prendre le train, à quoi bon. Demain soir en rentrant, ce serait encore pire. C’est pour cela qu’elle avait préféré défaire sa valise, c’était mieux comme ça. »). C’est Antoine qui lui rendra le bonheur en acceptant enfin d’ouvrir les yeux et en se rendant compte que Sophie est la femme qu’il aime et que c’est pour lui qu’elle écrivait ses lettres. On peut d’ailleurs faire un parallèle avec l’allégorie de la caverne (Antoine met un moment avant d’arriver à voir ce qu’il y a réellement à voir et à abattre les murs qu’il a construits autour de lui).

Yvonne, secrètement amoureuse de M. GLOVER (on retrouve là les non-dits), est un peu le lien entre tous les personnages du village français et accompagne aussi chacun dans ses changements. (« …alors elle avait suggéré l’idée à Antoine, pour qu’elle fasse son chemin, pour qu’il se l’approprie, jusqu’à croire qu’elle venait de lui. Quand Valentine lui avait annoncé son envie de rentrer à Paris, elle en avait imaginé tout de suite les conséquences pour Emily……elle avait bien fait de se mêler un tout petit peu de la destinée de ceux qu’elle aimait » ). Elle repousse les sentiments qui la lie à John GLOVER par fatalisme fonctionnel (elle ne veut pas lâcher son restaurant, elle ne veut pas non plus aller vivre dans le KENT avec lui; qu’y ferait-elle ?). On retrouve également ce fatalisme fonctionnel dans la crainte du changement lorsque Antoine propose de refaire son restaurant. Elle finit par accepter même si c’est difficile pour elle (la peur du changement que l’on pourrait également comparer à la sortie de la caverne) (« Enya veillerait à ce que les ouvrier n’abîment pas sa caisse enregistreuse. C’était déjà difficile d’imaginer qu’à son retour, plus rien ne ressemblerait à rien, mais si sa vieille machine était endommagée, l’âme même de son bistrot ficherait le camp »). Sa maladie va la pousser à lâcher-prise et goûter enfin au bonheur qu’elle mérite juste avant de mourir. Avec Yvonne on retrouve également un bel exemple de l’allégorie de la caverne et de la sortie du prisonnier : son père est arrêté pendant la guerre par la milice française pendant les années d’occupation. Elle s’est longtemps imaginé qu’il avait réussi à s’enfuir et s’est créée tout un roman sur la vie de ce dernier aux côtés de la résistance. Sa sortie de la caverne c’est lorsqu’un policier vient lui annoncer qu’il est mort fusillé et que l’on a retrouvé ses restes dans la forêt de Rambouillet ainsi que ses papiers attestant de son identité, dans sa poche. (« …elle ouvrit la carte jaunie, tachée de sang, caressa la photo, sans jamais se départir de son sourire. Et refermant la porte, elle se contenta de dire d’une voix douce que son père avait dû abandonner ses papiers au cours de son évasion. Quelqu’un les avait dérobés, c’était aussi simple que cela »). Ce n’est que quelques années plus tard qu’elle arrivera enfin à faire le deuil de son père(… « on y est arrivés » s’adressant à son père sur sa tombe). Yvonne va également accompagner Enya, la jeune immigrée qu’elle recueille. Elle va l’aider à retrouver confiance en elle et elle-même y trouvera son compte puisqu’une fois la confiance établie entre les deux, elle lui permettra de rejoindre John GLOVER pour un week end dans sa maison du Kent, chose qu’elle n’avait jamais faite auparavant, et qui est l’une des preuves de son lâcher-prise. Enya aidera donc Yvonne dans ce sens et sans en avoir conscience car ce sont plus ses qualités humaines : honnêteté, confiance, travailleuse, discrètion… que relationnelles qui en seront à l’origine.

John Glover est celui qui vendra sa librairie à Mathias. Il est également l’amant secret d’Yvonne. Il l’accompagnera, sans jamais l’influencer vers ce à quoi elle aspire, le retrouver (une fois aussi qu’elle aura lâcher prise). Le rôle qu’il joue me fait d’ailleurs penser à la posture du médiateur dans son rôle d’accompagnateur, parfaitement neutre et laissant aux autres le soin de trouver leur propre chemin. Il va également jouer ce rôle dans la vie d’Enya en la guidant sans s’immiscer dans sa vie. Il l’empêchera de se suicider, lui mettra discrètement de l’argent dans sa poche sans qu’elle s’en aperçoive et lui redonnera le sourire et l’envie de vivre. C’est également lui qui se débrouillera, après la mort d’Yvonne pour qu’elle prenne son restaurant en gérance.

Louis et Emily, les enfants respectifs d’Antoine et Mathias joueront également un rôle prépondérant pour éviter les conflits entre leurs parents dont ils comprennent parfaitement le fonctionnement. Ils auront des attentions faisant croire à l’un que c’est l’autre qui les a eues pour lui et évitant ainsi bien souvent le conflit. Nous trouvons également une belle tentative de déstabilisation d’Emyly sur son père pour l’amener à s’intéresser à elle lors d’un repas à deux et alors que ce dernier est captivé par les textos qu’il envoie à Audrey (« Là-bas les moustiques pèsent deux kilos….. en plus comme toi ils t’adorent, deux piqûres et t’es vide ! - comme tu veux ma chérie, répondit Mathias…………. Et puis je ferai mon premier saut à l’élastique….. c’est chouette, ils nous jettent du haut d’une tour et après ils coupent la corde, reprit Emily. – c’est quoi le plat du jour ? demanda Mathias, absorbé par la lecture du message qui venait de s’afficher sur son mobile. – une salade de vers de terre….. »). C’est Yvonne qui comprendra et agira avant que la situation ne se dégrade.

Je terminerai par Audrey, la nouvelle amie de Mathias qui lui fera redécouvrir le bonheur. Ils ont failli passer à côté à cause des non dits, des interprétations et des prêts d’intentions que l’on retrouve dans tout conflit. Audrey était persuadée que Mathias vivait à Londres depuis des années (« … il me semblait qu’il vivait en Angleterre depuis toujours »). Plus tard elle s’imagine qu’il est toujours amoureux de sa femme (« elle ne m’embrassait pas, elle me confiait un secret qu’elle ne voulait pas qu’Emily entende…. »). Elle met Mathias face à son fatalisme fonctionnel et c’est ce qui sera le déclic pour lui (« Audrey : tu retournerais vivre en France ? – Mathias : ….mais il y a Emily – Audrey : Je ne demande qu’à l’aimer Emily mais à Paris – Mathias : et puis il y a la librairie…… Audrey : c’est merveilleux ce que vous avez construit avec Antoine, tu as beaucoup de chance, tu l’as trouvé ton équilibre. »).

CONCLUSION

Ce livre nous montre combien nous avons presque tous du mal à observer les gens et leur comportement sans y mêler un jugement, une critique ou une autre forme d’analyse. Et lorsque l’autre entend une critique il a tendance à mettre toute son énergie à se défendre ou à contre-attaquer. Nous en avons de superbes exemples dans la cohabitation entre Mathias et Antoine qui se comportent soit comme deux enfants par moment, soit comme un couple en crise à d’autres. Mais il nous montre aussi que chacun peut trouver sa place et son chemin s’il accepte d’aller vers l’autre, de se confronter à ses peurs (Mathias et son vertige), à ses doutes et qu’il accepte de changer sa vision des choses. Au fil de ces pages le lecteur est le témoin de la transformation de ces personnages qui ont cheminé ensemble sur la voie de la réflexion et qui est celle de la médiation.

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