Nous sommes sous influence

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'Nous sommes sous influence'

Pourquoi est-il à la fois si simple et si compliqué de communiquer les uns avec les autres ? Pourquoi, avec certains, l’échange est spontané, fluide, direct et circulaire comme une valse harmonieuse ? Comme si postures, gestuelles, mots, tons, timbres de voix, rythmes et volumes s’accordaient à merveille dans un mouvement unique. Pourquoi avec d’autres, le rythme des échanges peut être saccadé, heurté, les mots inaudibles, les sons stridents, le volume insupportable, la posture inimaginable et le rythme horripilant comme un groupe de musiciens totalement désaccordés ? Pourquoi, parfois, avant même que nous n’ayons ouvert la bouche ou que l’autre n’ait prononcé une seule parole, nous lui avons déjà dressé un procès d’intentions et que nous ne souhaitons pas engager ou poursuivre la moindre relation ? C’est pour répondre à ces questions sur les comportements humains que je vais partager avec vous mes réflexions nourries de concepts issus de mes apprentissages et de mes lectures. Même si mon style « passionné » peut sembler assertif et empli de certitudes, il n’en est rien. Je n’ai figé ni mes recherches, ni mes réflexions, ni ma soif d’apprendre et de comprendre, je reste persuadée qu’il reste tant à découvrir encore…

Communiquer : un exercice sensible'

«On ne peut pas ne pas communiquer » disait Paul Watzlawick . Dès que nous sommes en présence d’autres humains, nous nous animons « à l’insu de notre plein gré » et tels des automates, nous recevons, traitons et émettons des informations et signaux de toutes sortes sans que nous n’en ayons conscience la plupart du temps. L’homme est un système qui interagit en boucles incessantes avec les autres systèmes environnants (minéral, végétal, animal, humain). La physique quantique , branche de la physique qui étudie le monde à l’échelle atomique, nous fait découvrir que la matière, inerte à l’échelle macroscopique, est un agrégat d’atomes et de molécules soumis à des forces de liaison, qui oscillent, interagissent et peuvent même entrer en résonnance. Selon l'étymologie traditionnelle, le mot « personne » vient du latin persona, terme lui-même dérivé du verbe personare, qui veut dire « résonner », « retentir », et désigne le masque de théâtre, le masque équipé d'un dispositif spécifique pour servir de porte-voix. Etymologiquement nous pourrions dire que nous sommes comme un instrument de musique jouant nos propres partitions grâce à nos pensées, nos émotions et nos corps qui émettent de l’énergie sous forme d’ondes à fréquences propres. N’avez-vous pas remarqué que certains jours lorsque nous nous levons « du mauvais pied » et que nous nous laissons submergés par la mauvaise humeur, nous allons avoir le sentiment que nous attirons à nous, la poisse, les gens grognons, les empêcheurs de tourner en rond et les écueils de toutes sortes ? Et à l’inverse, lorsque nous démarrons notre journée d’excellente humeur, nous captons tout ce que le monde nous offre de merveilleux, nous attirons les gens aimables et gracieux, l’ensemble de nos actions se déroulant alors dans un enchaînement parfait comme si la grâce nous avait touchés. Je crois au pouvoir que nous avons de créer des champs attractifs juste avec la force de notre esprit . « Tout ce que nous sommes est le résultat de ce que nous avons pensé », disait Bouddha. « Le karma prône qu’on récolte ce que l’on sème, rappelle le prêtre zen Ruth Ozeki. Je suis d’avis que toutes nos pensées, attitudes et actions influencent le présent et l’avenir, d’où l’importance de les choisir avec précaution. Des études ont montré que si nous sommes heureux, nous aurons tendance à être entourés de gens heureux. Pas seulement parce que nous choisissons des amis heureux, mais en raison de la propagation naturelle du bonheur au sein du tissu social. Nous partageons de l’information à un niveau bien plus fondamental que le simple mental, et nous nous synchronisons en permanence avec nos émotions. Nous échangeons donc plus que des mots lorsque nous communiquons. Nous offrons en partage à autrui, sans même nous en rendre compte, l’ensemble des constituants de notre personnalité. Et même si l’ensemble de ces éléments n’est pas perceptible, nous ressentons physiquement toutes les particules émotionnelles humaines. C’est à ce moment-là que les échanges et la relation deviennent sensibles.

Communiquer : un besoin humain existentiel

Nous pourrions dire que communiquer est au cœur même de l’activité humaine, c’est ce que nous faisons tous tout au long de nos occupations quotidiennes. Il y a donc une motivation profonde qui nous invite à entrer en relation les uns avec les autres. Quel est donc ce « piment » qui nous mobilise et nous invite à aller vers les autres ? Mettre en commun nos histoires et nos expériences, partager nos sentiments et nos émotions, échanger nos points de vue et nos hypothèses à propos de tout et de rien, émettre des critiques sont des activités humaines fondamentales qui nous permettent d’entrer en relation. C’est par ce truchement que nous nous construisons en tant que personne, que nous légitimons nos actes, nos pensées, que nous élaborons des stratégies, que nous apprenons à avoir confiance en nous et aux autres. C’est au travers du regard de nos pairs, comme lorsque nous nous trouvons face à un miroir, que nous nous comprenons, que nous nous reconnaissons et que nous nous projetons dans notre devenir avec confiance. Ces actions essentielles, nous les mettons en œuvre afin de nous inscrire dans une relation que nous souhaitons de qualité et de réciprocité, dans une relation sociale qui nous permettra de trouver notre place au sein du système. C’est comme si notre prochain était le témoin de notre vie. Je partage l’idée que pour aller bien et trouver de la motivation, du sens à notre destinée, nous avons résolument besoin que d’autres puissent attester de notre passage, puissent nous accompagner sur ce chemin de l’apprentissage et de la découverte de la vie. Julien Betbèze dit, « nous sommes des êtres sociaux et relationnels ». Nous sommes des êtres relationnels non pas parce que nous avons des relations mais parce que notre existence est constituée de liens qui nous construisent, mais qui peuvent aussi nous détruire. Nous existons dans le rapport à autrui, nous existons socialement parce que nous développons des liens avec nos congénères. Nous avons donc besoin de notre prochain pour nous sentir exister dans notre individualité d’abord et en tant que personne appartenant à un groupe d’autre part. Vivre en communauté permet de rompre l’isolement et d’assurer la survie de notre espèce. C’est pourquoi nous nous regroupons et nous nous organisons pour vivre ensemble en vertu d’us et coutumes. Nous apportons par ce biais de la structure à nos modes de vie et nos modes de pensée à l’aide de codes (travail, civil, pénal…), de règlements intérieurs implicites et explicites. A l’intérieur même de nos groupes familiaux respectifs, des règles de bienséance, des règles de vie sont édictées. Nous sommes, depuis notre naissance, pris en charge à la fois par la société et par notre famille d’appartenance. Nous sommes depuis notre venue au monde sous l’emprise de diktats qui nous contraignent au respect des lois et à l’obéissance. L’inconvénient de cette approche est qu’elle induit une notion de déviance et de délinquance au travers de sanctions dès lors que nous n’appliquons pas les règles et donc que nous ne les respectons pas. La norme infuse tous les recoins de nos pensées, de nos comportements et de nos ressentis. La norme s’est embarquée dans nos évaluations et dans nos décisions. Du coup je m’interroge. Est-ce à la norme sociale que nous devons notre propension à nous juger nous-mêmes et à juger les autres ? Est-ce à la norme que nous devons notre intolérance et notre manque de bienveillance ? Ne constitueraient-elles pas un frein au dialogue et à la relation ? Lorsque nous communiquons, ne subissons-nous pas encore le joug de notre propre système de fonctionnement lui-même normatif ?

Un biais pour communiquer : notre carte du monde

« La carte n’est pas le territoire », disait Alfred Korzybsky . L’idée que nous nous construisons chacun notre propre carte du monde est une notion fondamentale de la PNL qui a trouvé résonance dans ma réflexion personnelle. Comme le dit Catherine Cudicio dans « Le grand livre de la PNL  », « Notre carte de la réalité détermine le sens que nous attribuons à nos expériences vécues et aux situations rencontrées ainsi que la multitude de choix estimés disponibles ». La PNL s’attache à identifier quelques voies de codage et à relever les différences de représentation du monde entre les gens ou les groupes de gens qui sont responsables des difficultés de communication. Cette approche de communication qui s’appuie également sur les hypothèses de Noam Chomsky , pose pour principe que les représentations du monde sont élaborées à l’aide de différents filtres dont nos sens constituent les premiers. Et comme chacun d’entre nous est différent et également limité en termes d’acuité sensorielle, nos représentations de la réalité supposée identique pour tous n’en sont en fait qu’une interprétation purement subjective. Il me semble dès lors évident que nous avons tous été formatés par notre environnement et notre culture, que nous le voulions ou non. Lorsque nous entrons en relation les uns avec les autres, nous sommes sous influence. Notre histoire de vie, les us et coutumes que nous avons ingurgitées au biberon depuis toujours dictent notre compréhension du monde et notre conduite. Je suis consciente aujourd’hui de l’importance des rôles qu’ont joués et que continuent de jouer l’ensemble des acteurs côtoyant nos sphères sociales privées ou professionnelles. Il est évident pour moi que chacun d’eux a pollinisé et imprégné notre façon de percevoir notre réalité lui ôtant toute neutralité ou objectivité. Nos perceptions sont codées et interprétées par le biais de nos croyances, de nos valeurs, par les histoires que nous nous racontons ou qui nous ont été racontées depuis notre naissance. C’est comme si les sept milliards d’individus sur terre dont nous faisons partie possédaient chacun un système GPS unique. Alors je m’exclame : quelle richesse ! Quelle complexité ! Quel bazar ! Nous autres, êtres sociaux et relationnels dont le besoin est d’interagir avec autrui, comment faire pour nous comprendre ? Comment exprimer de façon adéquate ce que nous avons dans notre tête et dans notre cœur ? Comment résister à la tentation de rejeter les différences ? Comment faire pour éviter de nous juger les uns les autres ? Nos mots, téléguidés par nos expériences subjectives, sont-ils assez précis pour partager nos expériences, pour donner du corps au magma informe de nos pensées en désordre ? Les raccourcis linguistiques, les généralisations, les déductions hâtives et les interprétations intempestives dont nous truffons nos expressions et nos échanges ne sont-ils pas des obstacles à la bonne compréhension de nos messages et à la qualité relationnelle ? Notre volonté de convaincre autrui, souvent maladroitement, notre volonté farouche de faire deviner nos besoins implicites ne pourrait-elle pas expliquer certains malentendus, certains sous-entendus qui sont à la source des conflits humains ? Nos comportements sont dépendants des pensées que nous abritons et que nous formalisons au travers de nos mots et de nos intentions. L’intention est fondamentale dans nos échanges. Elle est la manifestation inconsciente d’un besoin essentiel pour nous qui va se traduire par l’envoi d’infra-signaux qui peuvent « brouiller » le sens du message. Ce qui peut expliquer en partie pourquoi communiquer n’est vraiment pas aussi simple qu’il n’y parait.

Deux postures pour communiquer : l’adversité et l’altérité

Dans la vie nous oscillons entre deux postures de communication, l’une propice aux échanges, la seconde propice aux différends et aux conflits. Le choix entre l’une ou l’autre de ses postures ne se fait pas de façon éclairée. Souvent, nous ne nous rendons pas compte du chemin que nous empruntons pour transmettre nos messages. Il arrive que nous ne soyons pas conscients du sens du message que nous voulons transmettre. Est-ce que les mots que nous avons organisés de façon explicite pour fabriquer le message adressé à notre interlocuteur reflètent notre intention implicite ? Est-ce que nous sommes conscients de ce que nous disons lorsque nous disons ce que nous disons ? Avions-nous eu vraiment envie de dire ce que nous avons dit ? Dans certaines situations, par exemple, lorsque nous sommes dans la découverte d’une personne qui nous plait bien, nous adoptons un état d’esprit consistant à accueillir notre prochain dans toutes ses différences. Nous sommes prêts à reconnaître la légitimité de ses propos et de ses bonnes intentions, à accepter qu’il puisse commettre des maladresses sans le faire exprès, sans avoir pour intention de nous nuire ou nous blesser. Dans cet d’esprit centré sur l’autre, nous faisons preuve d’ouverture et de curiosité. Dans cette posture de communication, il n’y a pas de place pour les jugements négatifs vis-à-vis de notre interlocuteur, nous sommes dans une relation interactive et coopérative dans laquelle chaque personne a de la valeur et est digne d’intérêt. C’est la posture du dialogue et du partage, de la proximité positive. C’est la posture de l’altérité, concept philosophique forgé par Emmanuel Levinas et reprise par Jean-Louis Lascoux dans son enseignement de la médiation. C’est l’état d’esprit que nous adoptons lorsque nous exerçons en qualité de coach ou de médiateur. Le coach et le médiateur sont totalement à l’écoute de leur client, ils vont à sa rencontre et vont le chercher « là où il se trouve », c’est-à-dire dans son cadre de référence, dans son univers, en accueillant et respectant son mode de pensée, ses ressentis et ses comportements. Dans cet état « coach », il n’y a pas d’espace pour le jugement. La personne est acceptée dans tous ses états, elle n’est pas comparée ou évaluée négativement, elle est considérée comme une personne unique et entière dont la valeur est non discutable. A contrario, lorsque nous nous trouvons face à une personne qui nous inspire des réflexions négatives souvent moralisatrices, « jugeantes » et dévalorisantes, nous sommes dans une posture qui consiste en un état d’esprit négatif polymorphe. Soit nous voulons dominer notre interlocuteur en lui imposant notre carte du monde, soit nous faisons preuve de soumission à son égard, soit nous préférons fuir pour lui échapper. Autant dire que dans les trois variantes, l’état d’esprit n’est pas propice aux échanges de qualité et les pensées sont tumultueuses, altérées, éprouvantes pour soi et pour l’autre. Dès lors que nous adoptons des positions d’arrogance et d’agressivité, nous induisons des conflits parce qu’on accuse l’autre de mille maux, parce qu’on cherche à le dévaloriser, à le dominer, à le mépriser, à le juger négativement. Lorsque nous nous déprécions nous-mêmes, que nous ne nous sentons pas à la hauteur, peu important, peu dignes d’être aimés ou estimés, que nous avons l’impression de subir l’autre, voire d’être sa victime, nous éprouvons toutes sortes de sensations désagréables qui peuvent également nous conduire à des comportements inadaptés. Nous pouvons également choisir la position de la passivité et c’est alors l’indifférence des sentiments et la fuite des responsabilités qui prévalent. Toutes ces postures de communication s’inscrivent dans l’état d’esprit de l’adversité et lorsque nous sommes accaparés tout entier par cet état d’esprit, nous sommes à la merci de nos sens et du conflit qui gronde risquant de nous plonger dans une tragédie relationnelle. La vérité est que nous utilisons au quotidien ces deux manières de communiquer et cela sans même prendre la mesure de ce que nous expérimentons. Faire le choix d’un concept qui nous emporte dans un échange relationnel harmonieux et serein ou faire le choix d’une relation plus houleuse et plus rugueuse. Quel concept est le plus séduisant pour nous ? Personnellement j’opte pour la dynamique relationnelle positive beaucoup plus enrichissante d’un point de vue de l’intelligence collective et de mon bien-être spirituel. Ainsi, il me semble important de comprendre la mécanique des conflits et où elle trouve sa source ?

Une stratégie relationnelle : le conflit

Étymologiquement le mot « conflit » implique le fait de lutter ensemble. Un conflit survient souvent quand une des parties essaie d'affirmer ses positions sans tenir compte de celles des autres parties. A ce moment-là, le conflit se charge en émotions, en agressivité et en violences qui vont enfler au gré des échanges entre les antagonistes. Lorsque nous voulons dominer, imposer à l’autre notre façon de faire, notre vision du monde, notre opinion, lorsque nous portons des jugements négatifs sur l’autre, que nous le dévalorisons, que nous nous sentons supérieurs, que nous lui prêtons de mauvaises intentions ou bien lorsque nous subissons nous-mêmes ce genre d’agressions, nous avons de fortes chances d’entrer dans une relation houleuse, de sauter à pieds joints dans un conflit. Lorsque nous avons la conviction que l’autre personne nous a manqué de respect, que l’autre a franchi une ligne rouge et qu’elle a outrepassé ses droits, alors nous entrons dans un sas vicié dans lequel nous allons vivre une expérience très désagréable. Nous allons être soudain projetés dans une tourmente où tout notre être sera tendu vers l’élimination de l’autre, notre action concentrée sur notre volonté de nous venger. Nous serons totalement centrés sur ce que l’autre nous a fait ou pas fait, totalement engagés à obtenir réparation de l’outrage que l’autre nous a occasionné. Notre besoin de respect et de considération n’étant pas satisfait, nous sombrerons alors dans un marasme émotionnel. Nous subirons alors une véritable commotion cérébrale, un ébranlement psychique tel que nous nous retrouverons dans un trou noir où nous perdrons toute acuité rationnelle. Lorsque nous tourbillonnons dans cet espace intersidéral, l’accès à la raison est interrompu car notre cerveau est violemment assailli par un cocktail Molotov d’émotions comme la peur, l’agacement, l’énervement, la haine, la frustration, l’irritation, la colère… Et bien évidemment, dans cet état plus rien n’est raisonnable. Tout ce qui nous arrive incombe évidemment à notre abominable interlocuteur, il devient le responsable de tous nos problèmes et de toutes nos souffrances. Il l’a fait exprès contre moi. Néanmoins lorsque nous entrons dans un conflit c’est que nous sommes déjà « prêts dedans » pour y entrer. C’est que déjà à l’intérieur de nous-mêmes, nous entretenons des différends, un dialogue interne négatif fait de jugements, de regrets, de ressentiments, d’amertumes, d’injustices ou autres dérivés de mal être nous concernant. C’est lorsque nous nourrissons en notre sein, « cet Alien » que nous devenons un candidat potentiel au conflit. Nous sommes alors prêts à répondre à toute invitation au conflit d’autrui parce qu’elles trouvent une résonance sensible chez nous. En fait le conflit interne est une source vive de la dynamique de conflit. A ce propos, j’ai en tête une équipe en totale dysfonctionnement. L’équipe n’arrive plus à communiquer depuis l’arrivée de son nouveau leader. Chaque membre de l’équipe nourrit des attentes différentes par rapport à leur leader et à la définition de son rôle. Chaque personne rumine dans son coin car il n’y a pas eu de consultation préalable à la nomination du nouveau leader, il n’y pas eu de présentation officielle du candidat par son prédécesseur. De ces insatisfactions naissent des pensées comme « notre avis ne compte pas.. », « le process n’est pas respecté.. » Elles confient qu’elles auraient eu besoin de plus d’informations et d’explications sur les rôles et missions de tous et sur la vision du nouveau projet. Elles conviennent qu’elles auraient eu besoin de plus de proximité et d’écoute. Elles concèdent que la façon dont les choses se sont enchaînées est entrée en contradiction avec leurs besoins de transparence, de confiance, de partage et d’échange. Au fil des mois, comme chacun restait sur son quant à soi, sur ses manques et besoins non satisfaits, que chacun allait répandre aux quatre vents les saveurs de leurs frustrations, que chacun entretenait en son sein une « purée d’amertume », la spirale s’est mise à enfler au point de dénaturer l’ensemble des échanges du groupe et de couper le collectif de sa mission initiale. De fil en aiguille, de maladresses en maladresses, de mots malheureux en mots inacceptables, de comportements intolérables en actions injustes, tout est devenu sujet à caution. Plus rien ne pouvait être dit ou fait que ce soit du côté de l’équipe ou du leader sans que cela fasse l’objet d’interprétations et de jugements négatifs (« il ne s’intéresse pas à ce que je fais, il est nul »), de prêts d’intention (« il veut me tirer une balle dans le dos car il veut ma place », « il veut certainement me virer moi aussi »), et de contraintes de toutes sortes (quitter une réunion en hurlant et claquant la porte, menacer de quitter la section en partant avec ses adhérents, démandater une personne sans consultation préalable…). Autant dire qu’une équipe dans cette situation de marasme émotionnel ne trouve plus les ressources pour communiquer, perd la motivation à la tâche et est prête à se saborder si une médiation pour stopper la dynamique de conflit n’est pas envisagée rapidement. Ce style de communication représente néanmoins une stratégie pour entretenir le contact. Une stratégie fort maladroite et peu propice aux émotions douces, mais un stratagème que l’équipe a mis en place pour exprimer négativement les manques et attentes qu’elle n’arrive pas à formuler objectivement. A ce propos, les apports théoriques et le processus de résolution de conflit dispensés par l’E.P.M.N. m’ont permis de d’enrichir et de compléter mes pratiques sur le sujet. Je ne peux m’empêcher de me référer à la P.N.L., à la P.C.M. , à la C.N.V. ou à l’Approche Centrée sur la Personne , qui prônent et démontrent également que nos émotions négatives sont directement corrélées à nos comportements inappropriés, à nos pensées jugeantes, à nos attentes insatisfaites, à nos valeurs non respectées. Mon esprit critique, à l’affût des différences et des similitudes, s’en trouve fort aise car l’ensemble de ces concepts nous donnent la même direction : la Qualité Relationnelle avec soi et avec les autres. Alors pourquoi ne pas prendre le pari d’adopter une posture relationnelle plus raisonnable et constructive que celle du conflit ?

De la satisfaction de nos besoins à la qualité relationnelle

Chacun d’entre nous, lorsque nous interagissons les uns avec les autres, avons à cœur d’être en accord avec notre système de valeurs et de croyances. Nous avons à cœur d’être respectés, d’être reconnus, d’être appréciés au travers de nos opinions et de nos actions. Nous avons à cœur de trouver notre place au sein de notre communauté et d’être aimés. C’est bien là, à mon sens, la finalité de nos besoins et de nos attentes dans la relation humaine. La difficulté est que ce besoin d’être aimé prend des formes évanescentes, complexes et si peu explicites qu’il nous déconcerte. La difficulté est que nous n’identifions pas toujours de façon claire de quoi nous avons besoin dans la relation avec l’autre et quand bien même nous le saurions, la complexité réside dans notre incapacité à l’exprimer ouvertement et authentiquement. Il est tellement plus aisé d’attendre d’être deviné. Selon la théorie de la pyramide d’Abraham Maslow , tout au long de sa vie, l’homme n’a de cesse de satisfaire ses besoins en respectant scrupuleusement leur hiérarchie (Besoins physiologiques, sécurité, appartenance, estime de soi, accomplissement personnel). Dès lors que nous avons satisfait un besoin, nous passons à un autre et cette ascension dure tout au long de notre vie, sans pour autant que nous accédions au sommet de la pyramide.

Pour certains cette quête va s’exprimer au travers d’un certain nombre de valeurs qu’il va chercher à nourrir et à faire respecter coûte que coûte. Prenons par exemple le besoin de ponctualité. Pourquoi est-ce que cette valeur est si importante pour certains d’entre nous ? Ne nous vient-elle pas de notre enfance et de notre relation avec les figures d’autorité de l’époque ? N’aurions-nous pas pris la décision d’adhérer à ce principe de vie en fonction des bénéfices et que cela nous procuraient ? Et si faire preuve de ponctualité permettait de se sentir apprécié, reconnu et aimé ? Alors nous serions peut-être plus à même de comprendre pourquoi certaines personnes défendent avec énergie, des fois jusqu’à la confrontation agressive, ce besoin qui est également une valeur fondamentale pour eux. Toute personne n’adhérant pas à cette valeur pourra être perçue comme « non conforme », « non respectueuse » et suscitera certainement des sujets de conversation emprunts de colère frustrée. Si chacun d’entre nous voulait bien faire l’exercice de prendre une seule de ses valeurs (respect, loyauté, sécurité, liberté…) et de la questionner pour comprendre quel besoin fondamental elle soutient, nous aurions certainement un éclairage très intéressant pour comprendre les raisons de nos motivations et de nos démotivations, de nos satisfactions et de nos insatisfactions, de nos conflits avec soi et avec les autres. Rechercher ses motivations et ses besoins dans la relation avec autrui permet d’analyser et de comprendre son mode de fonctionnement et du coup de gagner en souplesse relationnelle. Se livrer à ce décodage permet également de comprendre ce qui motive le comportement de notre interlocuteur, de prendre du recul et de ne pas prendre pour soi ce qui sera dit, et donc peut-être d’éviter de sombrer dans le jugement et l’adversité. Cette quête profondément humaine de satisfaire ses besoins, de faire respecter ses valeurs coûte que coûte dans un grand élan de légitimité est certainement à la source de notre aliénation dans la relation avec soi et avec autrui.

C’est de la rigueur ou de la flexibilité que nous accordons à notre cadre de référence que naissent nos malheurs et nos bonheurs. C’est de notre capacité à prendre du recul par rapport à notre modèle du monde pour accepter le modèle du monde de l’autre que nous entretiendrons une bonne qualité relationnelle. Nos valeurs, fondamentalement bonnes et positives, mobilisent notre énergie, nous donnent une bonne raison d’agir, elles guident nos intentions et nos besoins, elles donnent du sens à notre vie.

Alors ce que je vous propose c’est, dès que vous vous sentez en confiance, de vous exprimer sur vos sentiments, de dire ce que vous pensez, de partager vos intentions, vos élans et vos retenues. Lorsque vous vous trouvez face à un interlocuteur et que vous avez l’impression de ne pas être compris ou de ne pas le comprendre, interrogez-vous. Qu’est-ce que vous voudriez qu’il comprenne ? De quoi avez-vous besoin pour le comprendre ? De quoi avez-vous besoin en tant que personne lorsque vous êtes dans l’échange ? Qu’est-ce qui est important pour vous dans cette relation ? Quels sont les enjeux ? L’idée est d’obtenir des réponses concrètes pour construire votre relation et la nourrir avec authenticité. N’attendez pas d’être deviné ou de deviner. Combien de devins ou médiums connaissez-vous dans votre entourage ? Le piège de la divination consiste en interprétations de tout bord, de prêts d’intentions, de jugements et de contraintes.

N’ayons pas peur de nos différences, découvrons les, décortiquons les ! N’ayons pas peur des réactions de l’autre ! C’est de nos différences que naitront la complémentarité, la richesse et l’intelligence collective.

Imaginez une vie où ne serions entourés que de clones, que de doubles de nous-mêmes ! Quelle perspective d’ennui nous guetterait ?

Conclusion

L’enseignement que je retire de ces expériences est de rester à l’écoute de sa météo interne d’abord et de ses besoins. Il me semble important de rester ouvert à ses ressentis, à ce qui est important pour soi et pour l’autre dans une relation, d’être conscient qu’à tout moment nous pouvons entrer en conflit avec un tiers (posture de l’adversité) si nous entretenons des pensées négatives, si nous prenons pour nous tout ce que dit l’autre, si nous ne nous trouvons pas en bonne santé mentale et émotionnelle, si nous ne sommes pas dans un état d’esprit d’ouverture et de coopération (posture de l’altérité). Alors prenons soin de nous et développons notre confiance vis-à-vis de nous-mêmes et d’autrui. Je retiens également que rentrer en conflit avec un tiers est une stratégie relationnelle. C’est une façon, très maladroite et éprouvante bien sûr, d’exprimer nos insatisfactions, nos manques et nos déceptions. C’est la voie de l’expression de nos émotions négatives que nous empruntons pour crier : eh ! J’existe ! Regarde-moi, écoute moi, j’ai de l’importance ! Alors ayons à cœur de décoder ce que nous exprime notre interlocuteur au travers de son « charabia émotionnel » ! Je note que nos dysfonctionnements relationnels obéissent à une mécanique prévisible qui se joue sur un terrain conflictuel qui héberge la croyance que les autres sont la cause de notre douleur et méritent par conséquent d’être punis. Quels choix pouvons-nous alors faire lorsque nous entendons un message difficile ? Nous sentir fautifs ? Rejeter la faute sur l’autre ? Chercher à percevoir nos propres sentiments et nos propres besoins ? Chercher à percevoir les sentiments et les besoins de l’autre ? Je préconise de mettre en pratique le processus de qualité relationnelle prôné par Jean-Louis Lascoux qui consiste à identifier les composantes du conflit, ses facteurs déclencheurs et ses spirales d’escalade. Je propose de faire le choix de la Qualité Relationnelle pour vivre en harmonie avec soi et avec autrui.

Catherine Fournier

ps : je n'ai pas su ajouter les références bibliographiques comme dans mon texte original.

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