Novecento : pianiste

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(Entre Réel et Irréel, un personnage Extraordinaire)
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L'existence de Novecento, si Extraordinaire soit-elle apparaît fugitive. Il disparait en même temps que le navire n'a plus vocation à être exploité.
L'existence de Novecento, si Extraordinaire soit-elle apparaît fugitive. Il disparait en même temps que le navire n'a plus vocation à être exploité.
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[[Catégorie:DVD-thèque du médiateur]]

Version actuelle en date du 27 août 2015 à 07:20



Attention, ce commentaire dévoile des scènes clés de la pièce.


Sommaire

Novecento : pianiste

Novecento est un monologue théâtral de l'écrivain italien Alessandro Baricco, publié chez Feltrinelli en 1994, sous le titre original Novecento : un monologo, dont la traduction en français, par Françoise Brun, a été publiée par les éditions Mille & Une Nuits en 1997. Baricco l'écrit afin qu'il soit interprété par Eugenio Allegri et mis en scène par Gabriele Vacis, ses amis. Ceux-ci le présentent pour la première fois en juillet de la même année, au Festival d'Asti. D'après l'auteur, le texte se situe à mi-chemin entre une pièce de théâtre et un conte lu à voix haute.

TRAME

Ce monologue de Baricco raconte l'histoire unique de Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento. Né et abandonné sur un paquebot en 1900. il est adopté par l'équipage et grandit parmi eux sans jamais descendre à terre. Doué pour la musique, il apprend à jouer du piano et devient un virtuose. Tous ceux qui l'entendent jouer le considèrent comme le plus grand pianiste de tous les temps. Adulte, il n'est encore jamais descendu à terre, mais sa réputation le rend célèbre et le monde entier se déplace pour venir l'écouter à bord du paquebot le Virginian.

L'histoire est racontée par Tim Tooney, le trompettiste de l'orchestre, ami de Novecento.

L'intérêt de Novecento pour le médiateur

Descendre ou ne pas descendre du bateau ? La question se pose-t-elle vraiment à Novecento ? A regarder évoluer le personnage tout au long de la pièce, la question semble bien plus présente à l'esprit de son entourage et des spectateurs, que dans son propre esprit. Le thème de la pièce ne représente finalement qu'une partie infime de la vie de Novecento et pourtant à la fois symbolise toute sa vie, peut être une référence à l'allégorie de la caverne de Platon : "Représente toi de la façon que voici, l'état de notre nature relativement à l'instruction et à l'ignorance".



Pourquoi Novecento ne descend-il pas du bateau ? Doit-on considérer qu'il refuse d'éveiller son esprit à la connaissance rationnelle ? Doit-on passer de l'obscurité à la lumière à tout prix ? Qui est vraiment dans la lumière ? Moi qui croit être dans la lumière, suis-je certain que cet état que je connais est bien celui de la connaissance ?


La pièce Novecento a bouleversé mes certitudes parce qu'en écoutant l'histoire de ce personnage extraordinaire, je me suis demandé où se trouve la caverne et où se trouve le monde réel ? Qui cherche à en sortir ? Au moment où Novecento marche sur la passerelle est-il en train de passer de l'ombre à la lumière ou de la lumière à l'ombre ? Quel est l'intérêt de la connaissance ? Accéder à la connaissance pour prendre le pouvoir et la garder pour soi ? Accéder à la connaissance pour être en mesure de partager du bonheur ?



Au même titre que le médiateur lors d'une médiation, le personnage de Novecento adopte une posture Extraordinaire.

Novecento a deux points communs avec le médiateur qu'il convient de présenter :
- D'une part sa posture Extraordinaire n'existe qu'à un moment donné, dans un espace donné ;
- D'autre part, sa posture Extraordinaire lui donne le pouvoir de s'émanciper de toutes les contraintes du monde.


"Mais quoi, penses-tu qu'il soit étonnant qu'un homme qui passe des contemplations divines aux misérables choses humaines ait mauvaise grâce et paraisse tout à fait ridicule, lorsque, ayant encore la vue troublée et n'étant pas suffisamment accoutumé aux ténèbres environnantes, il est obligé d'entrer en dispute, devant les tribunaux ou ailleurs, sur des ombres de justice ou sur les images qui projettent ces ombres, et de combattre les interprétations qu'en donnent ceux qui n'ont jamais vu la justice elle-même ?" (Platon - La caverne)

Entre Déterminisme et Liberté, un personnage Extraordinaire

Le déterminisme est présent partout dans cette pièce. Cette omniprésence est posée dès le départ : "Dans les yeux des gens, on voit ce qu'ils verront". Les passagers du Virginian caractérisent l'existence humaine, tant dans leur diversité que dans le déterminisme de leur vie. Le rythme des traversées du Virginian insiste sur la fongibilité de ces Hommes qui passent sur le bateau comme ils passent sur terre ; ils se ressemblent tous dans leur diversité. Cette fongibilité leur ôte leur dignité humaine.

D'ailleurs, comme pour insister sur cette fongibilité, l'auteur ne leur donne pas de nom ; ils n'ont pas de réelle identité. Ils n'ont rien d'exceptionnel, rien d'extraordinaire. Ils sont décrits en termes généraux. Les différentes classes sur les différents pont du navire. Les riches, les pauvres, les marins, les musiciens. Ceux qui servent, ceux qui possèdent, ceux qui dirigent. Tous à leur place dans le bateau : "Un type qui est sur un bateau pour jouer de la trompette, on en peut pas dire qu'il soit d'une grande utilité quand un ouragan arrive. Il peut juste essayer de ne pas jouer de la trompette, histoire de ne pas compliquer les choses". Bien rangés, sont-ils utiles pour autant ? Car en dehors des cas de tempête, un trompettiste n'est pas non plus fondamentalement utile pour le fonctionnement d'un navire.
Ils accomplissent leur destin. Celui qui était inscrit dans leur corps et dans leur âme avant leur naissance, et que l'on peut lire dans leurs yeux, pour peu que l'on sache lire ces choses là.
"çà arrivait toujours à un moment ou à un autre. Il y en avait un qui levait la tête et qui la voyait. C'est difficile à expliquer [...] on devait être des milliers sur ce bateau [...] et pourtant il y en avait toujours un, un seul, qui parmi tous ceux là la voyait [...] Il se tournait vers nous, vers tout le bateau, et il criait l'amériiiique [...] sur chaque bateau il y a un [...] et il ne faut pas croire que c'est le hasard, ni même une question de bonne vue. C'est le destin. Ces types là dans leur vie ils avaient cet instant là d'écrit. Même tout petit, si tu avais regardé dans leurs yeux, en les regardant bien, tu la voyait déjà l'Amérique. Elle était déjà là, toute entière prête à bondir ".


Quel élément lui permet de passer du statut d'individu fongible à celui de personne extraordinaire ?


La mer est omniprésente tout au long de la pièce. La mer est habituellement associée symboliquement à la liberté. Pourtant ici elle devient d'une certaine manière la prison de Novecento. Elle constitue l'espace dans lequel évolue le Virginian, c'est-à-dire le bateau dont Novecento n'est jamais descendu. Ce bateau lui même n'évolue pas dans un espace de liberté, puisqu'il ne fait que des traversées transatlantiques qui sont toujours les mêmes. Parfois il y a une tempête, mais le parcours est toujours le même. Ainsi, Novecento évolue dans un espace confiné, le Virginian, qui lui même évolue dans un espace déterminé.
Il est paradoxal de vivre dans un bateau de croisière, mais de ne pas voyager. Novecento ne voyage pas. Vanité de l'existence, Novecento est statique dans un référentiel en mouvement.

La musique de Novecento n'existe que dans cet espace doublement confiné. La musique de Novecento fait voyager ceux qui l'écoute ; la musique de Novecento, c'est elle qui lui permet de voyager.


Alors que les passagers du Virginian, qui ne font que passer dans cet espace clos, apparaissent tous déterminés dans leurs actes, Novecento est décrit comme le seul personnage dont il est impossible de savoir à l'avance ce qu'il va faire. Derrière l'imprévisibilité de ses actes, s'exprime la liberté de Novecento. Une véritable liberté qu'il exerce tout au long du récit.


A commencer par son nom, et cette filiation qui ne répond aux prescriptions d'aucune loi.

"Alors à ce môme, il a commencé par lui donner le sien de nom, Dany Boodman, la seule vanité qu'il se soit jamais accordée, et puis il a ajouté T. D. Lemon, comme c'était écrit sur la boite, ce qui dona Dany Boodman T. D. Lemon, c'est un beau nom. Il se le répétait à voix basse dans la salle des machines, mais il manquait un final [...] on va l'appeler Novecento. Mille neuf cent. Mais mille neuf cent c'est un chiffre. Et bien à partir de maintenant ce sera un nom".


La liberté de Novecento est certainement le plus bel héritage que lui a donné son père. Un héritage précieux qui va guider toute la vie de ce personnage Extraordinaire.


Novecento fait le choix du bonheur pour guider sa vie. Il utilise sa liberté pour s'affranchir de la réalité, au point même de s'affranchir de la réalité de son existence, puisqu'il constitue une légende. Sa musique donne du bonheur au monde qui vient sur le bateau pour l'écouter. Lui même éprouve du bonheur à n'avoir aucune sujétion. Le monde n'a pas de prise sur lui.

"Pourquoi est-ce que tu ne descends pas, alors que tu pourrais être à Paris sur ton pont neuf ? A regarder les péniches et le reste. Novecento, Tu joues du piano comme un dieu. Tu pourrais gagner un paquet de fric. [...] Novecento, le monde il est là, il y ajuste cette foutu passerelle à descendre, mais qu'est-ce que c'est ? Quelques petites marches de rien du tout, mais au bout, il y a tout !" Pour être heureux, Novecento n'a pas besoin de plus que l'espace fini du clavier de son piano, avec lequel il peut inventer l'infinité de la musique. Le bonheur ne se donne pas, il se prend. "La terre c'est un bateau trop grand pour moi". Dépasser les limites de son imagination, c'est dépasser les limites du clavier ; l'infini n'est pas le piano ; "L'infini c'est ce que l'on peut en faire". La liberté ne consiste pas à monter ou à descendre du bateau. La liberté consiste à pouvoir inventer le monde avec les 88 touches du piano de sa propre vie.


"A dire plus précisément, Novecento, pour le monde, il n'existait pas. Pas une ville, pas une paroisse, pas un hôpital, pas une équipe de baseball, où son nom soit marqué quelque part. Il n'avait pas de famille, pas de patrie, pas de date de naissance. Il avait huit ans, mais officiellement il n'était pas né. çà ne pourra pas durer éternellement disaient quelques fois les autres au vieux Boodman. Et en plus c'est contre la loi.
Alors le vieux Boodman il avait une réplique : Au cul la loi.
On ne peut plus vraiment discuter à partir de là. A l'arrivée à Southampton de la traversée durant laquelle le vieux Boodman était mort, le Capitaine décida que çà avait assez duré. Il convoqua les autorités portuaires, il demanda à son second d'aller chercher Novecento. Et bien jamais son second ne pu le trouver [...] Le bateau est reparti une quinzaine de jours plus trad pour Rio de Janeiro. Le deuxième jour de navigation, alors que l'on ne voyait même plus les lumières de la côte Irlandaise, Barry, maître d'équipage entra comme un fou dans la cabine du Capitaine, en disant qu'il devait absolument venir voir. Salle de balle des premières classes [...] Novecento était assis sur le tabouret du piano, ses jambes pendantes, elles ne touchaient même pas le sol, et il était en train de jouer [...] Il y avait une grosse dame avec une robe de chambre rose et des bigoudis dans les cheveux, [...] elle pleurait, quand elle vit le Capitaine à côté d'elle, elle lui demanda il s'appelle comment ? Novecento. Non pas la chanson, le petit garçon ? Novecento. Comme la chanson ? C'était le genre de conversation qu'un commandant de Marine peut difficilement poursuivre au delà des quatre ou cinq premières répliques, surtout quand il constate qu'un gosse que l'on croyait mort était vivant, et qu'en plus il avait appris à jouer du piano [...] Il s'arrête devant Novecento, il avait beaucoup de choses à lui demander à ce moment là. Mais comme beaucoup d'Hommes habitués à vivre en uniforme, il avait finit par penser en uniforme également, c'est pourquoi il lui dit simplement, Novecento, tout ceci est absolument contraire au règlement.
Novecento s'arrêta de jouer, c'est un petit gamin de huit ans, il parlait peu, mais il apprenait vite, avec douceur, il regarda le capitaine, et il lui dit : au cul le règlement".


Novecento dont la naissance n'a jamais été enregistrée ni retranscrite sur un registre de l'état civil n'existe pas pour la loi des Hommes. C'est pour cette raison que la loi des Hommes n'existe pas pour lui : "Au cul le règlement". Novecento tire sa liberté absolue de son inexistence juridique.

Il convient de souligner que contrairement à beaucoup d'histoires, il s'agit ici de rapporter l'intégralité de la vie de Novecento. Presque un paradoxe si l'on considère qu'il est le seul personnage à ne pas être déterminé dans cette histoire, il est aussi le seul dont on connaît l'intégralité de la vie ; le seul dont la vie a un début et une fin. La vie de Novecento est ainsi comparable à celle du médiateur, dont la finitude se caractérise par le début et la fin de sa mission. Entre ces deux instants, le médiateur accède à une posture Extraordinaire. A la manière de Novcento, il est entouré de personnages déterminés dans leur conflit. Ils viennent pour éprouver un voyage de forme initiatique, à la recherche d'eux même, pour dépasser le déterminisme de leur conflit.

Entre Réel et Irréel, un personnage Extraordinaire

La médiation fonctionne-t-elle parce qu'elle est rationnelle, ou parce qu'elle est crédible ? La voici la posture Extraordinaire du médiateur.


Le récit commence par une allusion à l'irréel : "Quand tu sais pas ce que c'est, c'est du Jazz". Comme pour marquer l'importance et la nécessité d'entretenir le spectateur dans le doute et l'incertitude : finalement l'encourager à croire. "J'ai continué à jouer. Pas un muscle de son visage de son visage ne bougeait. Et puis quand j'ai eu finit, il me dit c'était quoi cà? Et j'ai dit chai pas. Alors le type il m'a regardé, et il m'a dit, quand tu sais pas ce que c'est, c'est que c'est du Jazz".


La connaissance, ce que l'on sait, est en principe opposé à la foi, ce que l'on croit. La manière dont le vieux Boodman est persuadé d'être le père de Novecento n'est pas sans intérêt. Paradoxalement, il sait qu'il n'est pas le père de cet enfant, et pourtant, en dehors de toute rationalité, il croit qu'il est son père. Existerait-il une complémentarité entre le monde de la connaissance et le monde de la croyance ? Le monde de la croyance offrirait-il des délices supérieurs à ceux du monde de la connaissance ? A moins que ce ne soit la connaissance de la foi qui ne donne ces perspectives ? "Il prit le bébé dans ses bras et il lui dit hello lemon. Et quelque chose à l'intérieur de lui se déclencha, quelque chose comme la sensation qu'il était devenu père. Et tout le reste de sa vie il continua à prétendre que T.D. voulait dire Thank's Dady. C'était absurde, mais il y croyait, ce môme on l'avait laissé pour lui".

Dans cette histoire il y a ce que l'on croit et ce que l'on sait. Or le spectateur ne sait rien Il est obligé de croire. Il y a de nombreuses références à la croyance tout au long de l'histoire. "à présent ici personne n'est obligé de me croire, et si on me racontait cette histoire je ne la croirai pas. Mais la vérité c'est que..."


L'histoire de Novecento a un début et une fin. En tant que personnage Extraordinaire, Novecento n'existe que durant une période déterminée. Toutefois, il est important de relever que le conte ne met ni en scène sa naissance, puisqu'il est découvert dans une boîte à chaussures, ni directement son décès, puisque la pièce se termine par un échange surréaliste que Novecento pourrait avoir dans l'au-delà. La date de naissance de Novecento est approximative, tout autant que le moment de sa mort. Il est ainsi comparable en tous points avec le médiateur qui n'existe, dans sa posture, que durant une période déterminée, mais qui jouit, dans cet espace temps, d'une liberté totale. "Je la vois déjà la dernière scène avec le type là haut qui cherche mon nom sur un papier : c'est-y comment que vous vous appelez déjà ? Novecento".


"La dernière fois que je l'ai vu, il était assis là bas sur une caisse qui avait l'air d'être bourrée de dynamite. Et il disait, t'es pas vraiment fichu tant qu'il te reste une bonne histoire et une personne à qui la raconter". A la fin de sa vie Novecento est seul. Il n'a pas de bien. Il n'a pas d'existence juridique. La seule chose qu'il possède et qu'il peut transmettre est immatérielle : c'est l'histoire de sa vie. Et encore... a-t-elle seulement existé ?


Qu'est-ce qui fait qu'une chose existe ou qu'elle n'existe pas. "On jouait par ce que l'Océan c'est grand. çà fait peur. On jouait pour les faire danser, parce que si tu danses tu ne meures pas. Et puis on jouait du ragtime, parce que c'est la musique sur laquelle Dieu danse quand personne ne le regarde". Doit-on comprendre, par prétérition, que quelqu'un aurait déjà vu Dieu danser ?


Tout au long du récit, seules les choses les plus irréelles sont nommées. Les autres sont passées sous silence. C'est ainsi que l'on peut souligner l'exagération du nom de Dany Boodman T.D. Lemon Novecento, qui apparaît "sur" nommé par rapport à des personnages aussi importants que le "commandant" du navire, ou "les passagers", laissés, sans nom, à leur seule fonction de figurants.

De plus, au fil de la pièce, le narrateur répète à de nombreuses reprises en intégralité le nom de Dany Boodman T.D. Lemon Novecento, comme si le fait de répéter à l'envie ce nom finirait par donner une réalité à l'existence de ce personnage.

En revanche, à aucun moment la pièce ne laisse la place à la musique de Novecento. Sa musique est nommée, décrite, mais elle n'est jamais jouée, de sorte qu'elle ne prend jamais une existence "réelle" pour l'oreille du spectateur. Pourtant, la musique peut s'écrire ou s'enregistrer afin d'être transmise. Elle est donc bien maintenue dans le domaine de l'irréel. Ici encore, le parallèle est intéressant à faire avec le processus de médiation. Il existe, et pourtant il n'est jamais nommé. Il sous-tend l'entretien, mais ne doit jamais apparaître.


La musique de Novecento permet de dire ce que l'on ne peut pas dire. Elle est belle, émouvante, transcendante, elle émeut, elle bouleverse, mais on ne l'entend jamais. A la fin, Novecento joue avec le narrateur. Ils ont un échange auquel personne ne comprend rien. Un échange musical. Il se sont joué ce qu'ils ne pouvaient pas se dire : l'émotion. Le médiateur ne peut s'appliquer à lui même le processus.


La musique de Novecento n'existe que sur le Virginian. Ainsi par exemple, la confrontation avec l'immense jazzman Jelly Roll Morton se fait à bord du bateau. Et après cette confrontation Jelly Roll Morton ne veut plus jamais parler ou entendre parler de Novecento.


Lorsque la guerre éclate, le Virginian est appelé pour une mission d'hôpital flottant. Il va alors s'extraire de ce référentiel des traversées qu'il réalisait. Avec cette nouvelle affectation, la musique de Novecento n'existe plus. A la suite de cette mission, c'est la beateau lui même qui va disparaître et Novecento n'a alors plus aucune raison de vivre.

La réalité, implique-t-elle le regard des autres ? Novecento est né. Mais il est déjà seul. Ses parents génétiques sont inconnus. Et puis il devient orphelin une seconde fois lorsque son père adoptif décède au cours d'une tempête. Sur le bateau il est seul. Novecento n'apprend pas vraiment la musique de quelqu'un. Il est autodidacte. C'est SA musique ; une musique qui n'existe qu'avec lui. On ne s'intéresse pas à lui, mais à sa musique. Son ami, son seul ami, le narrateur, est un ami à usage unique, puisqu'une fois descendu du Virginian, il n'aura plus de ses nouvelles et ne cherchera pas non plus à en avoir.

L'existence de Novecento, si Extraordinaire soit-elle apparaît fugitive. Il disparait en même temps que le navire n'a plus vocation à être exploité.

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