Philippe Gille

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Philippe Gille est titulaire du CAP'M et membre de la CPMN

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Œuvre étudiée : L’île de Robert Merle Lu dans la collection Folio Gallimard n° 583


L’Ile est une œuvre romanesque de 1958 écrite par Robert Merle, inspirée de faits historiques remontant au XVIII e siècle, les Révoltés du Bounty. Pour moi, depuis la seconde au lycée, ce livre est un ouvrage de référence comme peinture de la complexité des rapports humains et plus précisément du rapport à l’autre. L’enchaînement de situations conflictuelles rythment ce roman duquel j’ai souhaité opérer une nouvelle grille de lecture, non pas cadencée par la chronologie des évènements qui tiennent en haleine le lecteur au fil des dix sept chapitres, mais une lecture transversale avec un regard de technicien de la relation humaine.


Partie 1 : Le résumé de l’œuvre Lors d’un voyage vers Tahiti, l’équipage du Blossom, un trois-mâts anglais, se révolte contre le tyrannique Burt, commandant du navire. Ce dernier est tué par le premier lieutenant Mason qui prend alors le commandement d’une embarcation constituée de mutins. Ils cherchent, afin de ne pas être en proie à la justice royale, à rejoindre une île n’étant répertoriée sur aucune carte. Le nombre de volontaires étant trop faible pour constituer un équipage suffisant pour manœuvrer le navire, sur proposition du lieutenant Purcell qui a vécu jadis à Tahiti, Mason se résout à embarquer des hommes tahitiens et quelques femmes tahitiennes. Cette nouvelle société va très rapidement voir émerger des conflits qui vont dégénérer au point qu’il ne restera plus, à la fin, que les femmes et seulement deux hommes vivants : le Tahitien Tehahiti et Purcell le lieutenant du Blossom. Purcell tente tout au long de cette histoire d’incarner le médiateur dans les conflits qui se sont déclarés. La fin du livre reste ouverte à l’imagination du lecteur et nul ne sait si Purcell quittera l’île comme cela était prévu, ou restera au côté des femmes et de Tehahiti qui lui avait épargné la vie, moyennant son départ. Car faute d’avoir réussi son rôle de médiateur, Purcell, malgré toute sa bonne volonté et sa détermination, incarne toujours un danger aux yeux de Tehahiti. Dans la veine de cette lecture particulière, je propose une visite synthétique des conflits qui sont à l’origine de cette société mort-née, puis d’expliquer pourquoi Purcell, ce médiateur improvisé, a échoué dans sa mission.



Partie 2 : Les conflits Le contexte de cette histoire où des humains d’origine et de culture différentes se joignent pour créer une nouvelle société, remet les compteurs à zéro dans les hiérarchies sociales préexistantes. Pierre Bourdieu a défini le concept de « violence symbolique » comme une croyance collective qui permet de maintenir les hiérarchies sociales : en d’autres termes, la domination est implicitement acceptée par tous. Ce schéma est mis à mal dans la situation de notre nouvelle société puisque l’ordre n’est pas établi mais à établir. Ainsi les velléités dominatrices ont le champ libre, il faut bien un chef dans une société et c’est de là que naissent les conflits dès les premiers moments de vie commune dans l’île. Même si à la base de ces conflits le leadership individuel est en cause (émergence de leaders) ; ceux-ci sont globalement de nature collective puisque les leaders vont entraîner leurs affidés, formant ainsi des groupes qui s’opposent. Deux catégories de conflits éclatent. La première catégorie est un conflit de classe. Il oppose Mason, commandant du Blossom à un groupe emmené par Mac Leod, hardi matelot. Mason reproduit naturellement sa posture de chef sur terre alors que Mac Leod voit dans cette nouvelle aventure une opportunité de rebattre les cartes et prendre le pouvoir sur sa hiérarchie passée. Dès les premiers jours sur l’île, nous voyons poindre un conflit en marche (Chapitre IV) : «  Mac Leod dirigeait les opérations, travaillait plus que personne… ». Mason, stupéfait interroge Mac Leod comme un marin «  Qui vous en a donné l’ordre ? » et après une salve d’échanges montant en gammes, Mac Leod finit par lâcher : «  J’suis pas à bord, ici, J’suis à terre ». La surenchère va s’enclencher jusqu’à ce que Mason et Mac Leod s’invectivent et envisagent l’usage des fusils. Mason finit par se terrer dans sa maison sans qu’aucune purge n’ait été opérée. Au delà des qualificatifs qui sont des propos jugeants, il y a, de part et d’autre des sous-entendus tels que « Il ne suffit pas de semer la panique …» ou « Il prenait tout son temps pour me viser… » qui prêtent des intentions négatives à l’adversaire. La dynamique contraignante de chacun est perceptible : Mason veut être obéi, Mac Leod et les siens veulent une nouvelle donne. La seconde catégorie de conflit à laquelle nous assistons est un conflit ethnique. Il oppose une partie de l’équipage anglais aux tahitiens. Ces deux catégories de conflits s’enchaînent et se superposent de sorte que ceux qui sont en conflit dans la première catégorie se rassemblent dans le conflit de seconde catégorie qui prend alors un ascendant sur la première. Ainsi Mac Leod et Mason vont retisser des liens dans le conflit qui les oppose aux tahitiens. Le partage des femmes, des terres est des ressources est à la base de ce conflit qui sera fatal. La dynamique contraignante des anglais est la domination, celles des tahitiens est que les anglais les laissent vivre selon leurs coutumes. Chez Mac Leod (chapitre IX), un florilège regroupe le propos jugeant et le prêt d’intention : « y a des gars dans cette île qui ne sont pas plus prévoyants que le moineau sur sa branche….D’ici trois mois ces gars là vont taper dans les ignames sauvages ». Et chez les tahitiens nous trouvons aussi les propos jugeants : « les Peritani sont maamaa (stupides) », « je n’ai pas peur d’un homme qui vit dans la maison des farehoua (incapables) » et les prêts d’intention : « ces quatre hommes portaient des fusils : ils étaient donc nos ennemis ».


Partie 3 : L’échec du médiateur Purcell a permis, grâce à son vécu et à sa connaissance de Tahiti et des tahitiens, de rendre concret le projet de l’île alors même qu’il était devenu un mutin malgré lui. Il n’a eu de cesse de chercher à résoudre les conflits qui ont gangréné la formation de cette société nouvelle. Mais il échoue, au point qu’il paraît douteux aux yeux des uns et des autres, nanti et puritain pour Mac Leod et les siens, faible pour Mason, pro peritani (britanniques) pour les tahitiens et pro tahitiens pour les britanniques ; il n’y a que les femmes qui globalement l’ont soutenu. Pourquoi donc échoue-t-il ? Impartial, il l’est. Il ne prend pas parti, non pas uniquement par technique mais parce qu’ il souhaite la paix. Cela lui vaut d’ailleurs les critiques des différends camps qui pensaient avoir son soutien. Il est impartial dans les faits mais il n’a pas su d’emblée expliquer et faire respecter et sa posture d’impartialité ; il ne « tient pas le manche », c’est un impartial qui manque d’autorité. Le résultat est que l’impartialité incomprise est ressentie comme une faiblesse voire un calcul au crédit du camp adverse. Cela se comprend bien (chapitre XIII) dans un échange que Purcell a avec Tehahiti, alors que Purcell est venu en Manou-faïté (oiseau de paix) pour discuter avec les tahitiens : «  Je ne porte pas de fusil, dit Purcell, et pourtant, je suis un ennemi à tes yeux. » « Je n’ai jamais dit que tu étais notre ennemi, dit Tehahiti en le regardant bien en face »… « Un traître ? » « Tu n’es pas un traître » « Que suis-je donc ? » « dans l’esprit de Purcell la question était de pure réthorique. Elle visait à faire reconnaître, par élimination, sa neutralité » (l’auteur veut dire impartialité)… « Je ne sais pas, dit-il (Tehahiti) enfin, peut-être un homme habile ». Purcell a finalement émoussé la confiance préalable des tahitiens par une impartialité existante mais pas reconnue. Je remarque au passage que Purcell pratique alors l’égocentrage ce qui en dit long sur sa propre confiance en lui. Neutre, nous pouvons penser que Purcell l’est, si les parties sont d’accord sur une solution. A vrai dire, l’évocation de solutions tangibles n’a pas le temps d’apparaître vraiment dans cet ouvrage, sauf pour les maisons, pour lesquelles les tahitiens se sont contentés d’une seule habitation commune car leur mode de vie y correspondait, et Purcell n’a pas influé sur la solution bien qu’elle fût inéquitable. Indépendant, Purcell ne l’est pas - et cela rejaillit sur la perception d’autrui, y compris sur son impartialité (voir plus haut) car cela affecte la confiance générale. Il n’a pas réussi à s’arracher à sa condition profane, si bien que l’image qu’il délivre de lui-même à l’autre crée le doute sur l’ensemble de son intégrité et inhibe tous ses déploiements d’énergie et de volonté. Homme pieux, son langage est parfois connoté (chapitre I) « Que Dieu prenne pitié de son âme… » ce qui cristallise la défiance des parties comme Smudge, l’acolyte de Mac Leod (chapitre IV) : « ….Sa Bible je m’la mets où j’pense. Et lui aussi. » Par ailleurs, par gentillesse ou volonté de ne pas décevoir, il s’est laissé écarteler, en laissant germer une dépendance plurielle, ne serait-ce que d’image, aux parties en conflit. Le fait de déclarer publiquement à Mason qu’il continuerait à l’appeler Capitaine illustre une subordination non éteinte, et celui de recevoir des tahitiens et d’arborer une dent de requin en pendentif, gage d’une appartenance, colore et affecte son image d’indépendance.

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