Propos sur le bonheur

De WikiMediation.

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Propos sur le bonheur d’Alain, lu par Alain Peron

Sommaire

Introduction

Lycéen, j’avais lu cet ouvrage qui m’avait alors fort étonné : comment tant de vérités peuvent-elles être exprimées si simplement, comment tant de comportements simples peuvent-ils permettre d’accéder à la sérénité, la sagesse ? Autre étonnement : la prise de conscience que j’avais eue du poids des émotions sur le comportement humain.

J’avais alors vérifié un propos : « Regarde la ligne d’horizon » m’avait retenu (page 121, éd. Folio). Il indique que relever la tête pour regarder la ligne d’horizon dénoue le corps, le détend : « Quand vous regardez les étoiles ou l’horizon de la mer, votre œil est tout à fait détendu ; si l’œil est détendu la tête est libre, la marche est plus assurée ; tout se détend jusqu’aux viscères. »

J’avais alors essayé et je me suis aperçu de l’efficacité de cette technique que j’utilise encore…

J.L. LASCOUX fait référence (Pratique de la Médiation, page 65) à cet auteur en prenant le thème de la passion et j’ai alors eu envie de me replonger dans cet ouvrage évoquant les émotions, facteurs déterminants de la naissance du conflit, émotions sur lesquelles intervient le médiateur.

« Propos sur le bonheur » est avant tout (pour moi) le manuel de l’humaniste. L’Homme croit dans l’être humain dont l’objectif est son épanouissement, son évolution vers une vie sociale sereine, agréable, rejetant la violence, l’oppression l’asservissement, l’humiliation, allant au contraire vers la Justice, le respect, la solidarité… Et pour cela bien se connaitre, est indispensable.

Bien se connaître

Bien se connaitre est un thème qu'ALAIN privilégie. Il relate, dans ses Propos (page 153 –Stoïcisme-) cette publicité affichée par un « professeur », vendant un fluide comme « le moyen assuré de réussir dans la vie, d’agir sur l’esprit des autres et de les disposer favorablement ». Et ALAIN, au-delà de ce « fluide vital » vendu par ce « professeur », fait état de ce que ce dernier « donne aux gens un peu de confiance… ».

« Je vois qu’il les forme à la réflexion, à l’ordre, à la méthode… Dans toutes ces prétendues projections de fluide, il s’agit toujours d’imaginer avec force quelqu’un ou quelque chose… Car premièrement, les gens sont, par ce moyen, détournés de penser à eux-mêmes à leur passé, à leurs échecs, à leur fatigue, à leur estomac ; et les voilà délivrer d’un fardeau… Deuxièmement ils en viennent à penser sérieusement à ce qu’ils veulent, aux circonstances, aux personnes et distinctement, au lieu de tout brouiller et ressasser… »

Avant de prendre en charge le conflit, c’est-à-dire avant d’identifier les émotions des parties, il est indispensable que le médiateur les connaisse, ainsi que les causes, ainsi que le mécanisme de celles-ci et leurs conséquences.

En l’espèce, de quoi parle ALAIN, si ce n’est de bien se connaitre, c’est-à-dire prendre confiance en soi, confiance que l’on peut acquérir en se détournant de penser à soi-même, à son passé, à ses échecs, ses fatigues, à son estomac… à se libérer de cette pression, à ne pas cultiver ses ennemis bien plus que ses amis.

Alors, le médiateur, lui-même dépouillé de ces parasites, pourra faire comprendre aux autres, qu’un homme « est toujours à lui-même son plus grand ennemi, par ses faux jugements, par ses vaines craintes, par son désespoir, par les discours déprimants qu’il se tient à lui-même ».

le faux-jugement

« Supprime l’opinion fausse, tu supprimes le mal ».

ALAIN rappelle Epictète (Propos LXV), et dit la nécessité du remède « contre toutes les peurs et contre tous les sentiments tyranniques : il faut aller droit à la chose et voir ce que c’est. »

Le faux-jugement est, également, l’un des éléments constitutifs du conflit ! Le médiateur s’interdit de juger, le médiateur démontre aux parties que leur jugement est l’une des causes du conflit car le jugement est « dévastateur ».

Le rôle du médiateur est alors fondamental puisqu’il doit mettre en relief la cause de ses faux jugements, de faire accepter, de faire prendre conscience aux parties qu’ils sont dans le prêt d’intention.

C’est pourtant en dénouant le mécanisme du faux-jugement que la partie, conduite par le médiateur comprendra le mécanisme de son opposition et se laissera porter vers la compréhension de l’autre. C’est en délivrant les parties de leur peur que ces dernières accéderont à l’altérité.

Sur l’exemple de l’homme « qui a un caillou dans les reins et qui se livre au chirurgien et imagine un ventre ouvert et des flots de sang », ALAIN écrit que si ce patient se forme à des idées positives ( le bistouri apporte la vie, le caillou enlevé et la vie du tissu va reprendre, la coupure se guérit très vite…), si le patient donc «supprime l’opinion fausse, il n’est pas pour cela guéri de la pierre ; mais il est du moins guéri de la peur. »

L’Homme optimiste

Ce thème est cher à ALAIN (notamment Propos XCIII, « Il faut jurer ») « Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste, mais c’est trop peu dire, bientôt irrité et furieux. »

Il est inutile de dire que la relation optimiste est source de dialogue, de confiance.

Le médiateur, là encore, pour aboutir, ne pourra être ce grincheux se plaignant sans cesse d’une existence insupportable. Il faut rejeter le système de l’exaspération, comme le définit un auteur dans un billet d’humeur sur les PROPOS d’ALAIN : «  Selon le système de l’exaspération, rien n’est meilleur que de se gratter. C’est choisir son mal ; c’est se venger de soi sur soi. L’enfant essaie cette méthode d’abord. Il crie de crier ; il s’irrite d’être en colère et se console en jurant de ne pas se consoler, ce qui est bouder…. Et comme disait SPINOZA, maître de joie : «  ce n’est pas parce que je me réchauffe que je suis content, c’est parce que je suis content que je me réchauffe »… Et si vous allez quêter la joie, faites d’abord provision de joie. Remerciez avant d’avoir reçu. Car l’espérance fait naître les raisons d’espérance. »

La colère

«  L’orage du cœur et des muscles » est souvent la cause de « tous les torts de son ennemi, ses ruses, ses préparations, ses mépris, ses projets pour l’avenir » (Propos LVI : L’éloquence des passions).

Là encore, sentiment qu’il est nécessaire de bien connaître pour le médiateur. La colère, sentiment indispensable permettant de dégager ses énergies, devient un frein à toute réflexion, à toute vie sociale normale lorsqu’elle est récurrente.

Il est donc indispensable d’en appréhender les mécanismes, afin de la canaliser et permettre ainsi, aux parties d’avoir une appréhension saine du conflit.

Conclusion

Ainsi, cet ouvrage m’a permis de mieux préciser les sentiments des hommes, leurs émotions, leurs maux, pour mieux les dépasser.

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