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Version du 9 juillet 2012 à 09:49 par Ivan Martin (discuter | contributions)
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Le choix concret d'une solution pratique

(Proposition pour les Rencontres Théâtrales de Genève 12-13 / [1])



En mémoire

Depuis le génie de Jean Vilar et l’audace politique de Jeanne Laurent, la recherche théâtrale dans les dispositifs de mise en relation avec les publics est partie intégrante des engagements politiques en matière culturelle. Le lien entre le politique et le créateur est devenu alors progressivement confus, soulevant parfois – il faut bien le reconnaître – plus de tensions que de solutions. C’est bien légitime ; l’artiste défend sa liberté de création, c’est-à-dire son indépendance, alors que les dispositifs politiques dont il dépend le mobilisent sur le terrain du « devoir citoyen » appartenant aux pouvoirs publics. L’échec de la démocratisation culturelle et la crise du théâtre public, évalués en France dès la fin des années 80, donnent une idée des conséquences de cet amalgame. Plus près de nous, les efforts actuels de la recherche et de la formation en matière de médiation culturelle témoignent à la fois du besoin de sortir de cette confusion et de celui d’en maîtriser les moyens. Pour autant, la légitimité des politiques culturelles continue à dépendre de la définition que l’on donne et de la pratique que l’on fait de la médiation culturelle. La responsabilité que porte cette « discipline » est donc cruciale. On tentera au fil des années de lui donner une forme, on s’essaiera empiriquement à lui donner une efficacité, on débattra sur sa légitimité, mais on en reste encore aujourd’hui à hésiter sur la fonction qu’elle représente, et sur la position qu’elle implique.

Si le terme de conflit est trop connoté, gardons celui de confusion, et rappelons-nous les contradictions entraînées dans cette recherche de mise en lien qu’est la volonté de médiation. Outre l’insoutenable « entre deux » qui pousse l’artiste vers un sentiment d’instrumentalisation, la recherche d’égalité d’accès à la culture, prônée par les actions culturelles, a provoqué sur le chemin de la recherche davantage de revendications que de satisfactions. Ainsi de l’exclusion provoquée par « la culture pour tous », ainsi des doléances de la « culture populaire » ou de l’élitisme de « l’avant-garde ». Certes la multiplicité fait la richesse, mais il est dans ce cas d’autant plus rigoureux et exigeant de savoir fournir à ce vivier indispensable les moyens de sa reconnaissance et de son expression, ceci par un dialogue constructif plutôt que confus.

La volonté de définir les responsabilités de la médiation, de « l’éducation informelle » jusqu’à « l’animation », ont peut-être finalement davantage éloigné les protagonistes qu’elle ne les a mis en dialogue. Le médiateur s’est rapproché des institutions et l’animateur de ses publics, séparant encore les compétences et isolant les besoins. Le médiateur devient parole du politique et l’animateur devient un éducateur au près du peuple. Et si l’on inversait ces forces, que se produirait-il ? Et si le médiateur permettait de parler plus qu’il ne parlait lui-même ? Le politique a-t-il davantage besoin de décider que de dialoguer ? Les publics ont-ils davantage besoin d’écouter que d’être entendus ?


En mains

Nous n’avons peut-être pas suffisamment su écouter les publics, car nous étions peut-être trop engagés à leur faire comprendre notre point de vue. L’échange aurait manqué d’équilibre pour se développer puis perdurer. Il faudrait peut-être savoir prendre de façon plus utile ce que les publics ont à donner, savoir les écouter d’une nouvelle manière. Les différentes rencontres organisées ont certainement cette intention, mais possèdent-elles réellement les moyens de créer le dialogue espéré ? Sont-elles réellement ouvertes à la possibilité d’un changement ? Non pas qu’il faille culturellement fournir aux publics ce qu’ils demandent, mais plutôt que la reconnaissance des besoins des publics, et surtout leur expression, permette aux pouvoirs publics de viser juste, en établissant des dispositifs culturels assurés d’être reçus, puis répondus par la participation que nous attendons.

Quoi qu’il en soit, le simple choix de développer l’écoute des publics engage la culture dans un déploiement significatif et conséquent. L’idée n’est pas nouvelle, d’aucun considèrera que le colonialisme culturel est vertueux. Chacun pourtant en observera certains attributs, déjà tentés par maladresse. Un certain renversement donc, mais sans tout changer, car la volonté du dialogue est sans doute déjà exprimée, et fortement. Il s’agirait d’un changement dans les moyens ; une spécification des fonctions, en fait simplement une fonction supplémentaire, sans rien modifier du reste déjà établi, rien à changer que cette ouverture définie en un point : la fonction de médiateur auprès des publics. Non pas celui ou celle qui est chargé(e) d’apporter quelque-chose au public, mais bien plutôt celui ou celle qui est capable, en tant que médiateur(e) professionnel(le) de lui donner les moyens de son expression, une expression libre et responsable. La fonction du médiateur connaissant sa discipline est de permettre la parole et le dialogue, de conduire les multiples possibilités de l’expression. Plutôt que d’apporter une nourriture à absorber, il ou elle permet de mettre en forme les aliments présents, à partager. Voici un acte citoyen dont les pouvoirs publics pourraient se doter ; instaurer ces nouveaux postes de médiateurs, dont l’indépendance et la neutralité recentreraient chacun des acteurs culturels en ses fonctions.

Si l’appellation de « médiateur auprès des publics » évoque une vague notion habituelle de l’action culturelle, sa conception pratique, elle, consiste en l’application du savoir – faire relationnel de la médiation raisonnée (ou médiation professionnelle), c’est-à-dire en la conduite, selon un processus structuré, d’un dialogue ouvert, libre et constructif entre les publics d’une part et les pouvoirs publics de l’autre, puis entre les publics et les artistes, puis lors d’une éventuelle médiation tripartite. Ces « médiations » sont applicables à chaque action culturelle, en parallèle ou intégrées, selon un nombre de participants allant – hormis le ou la médiateur(re) – de 2 personnes jusqu’à 3 groupes de personnes. Je vous invite à dialoguer sur les sujets que cette proposition vous évoque.

I.M. 07/12

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