Quartier Lointain

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Version du 18 décembre 2011 à 22:53 par Florence Lamouche (discuter | contributions)

QUARTIER LOINTAIN

Sommaire

SYNTHESE D’UNE ŒUVRE

  • QUARTIER LOINTAIN

Film de Sam GARBARSKI www.imaginefilm.be d’après le Manga culte de Jiro TANIGUCHI. Prix du meilleur scénario du festival d’Angoulême 2003. Musique AIR Acteurs : Pascal GREGGORY Jonathan ZACCAI Alexandra Maria LEGRAND Léo LEGRAND

Et si c’était à refaire ? Avec ce que je sais aujourd’hui … Combien d’entre nous n’ont ils pas rêvé de reconstruire un moment de leur passé, de bouleverser le cours des choses, de changer de vie. Le réalisateur Sam Garbarski nous y invite à travers l’histoire vécue de Jiro Taniguchi alias Thomas .Projeté dans son passé il va chercher à comprendre les raisons du départ énigmatique de son père. La musique Air nous porte dans les eaux profondes et universelles d’une histoire de famille dont le destin va être secoué.


PROCESSUS DU FILM ET PROCESSUS DE MEDIATION

L’introduction nous montre un adulte de 50 ans au salon de la BD .Dessinateur en panne de créativité depuis deux ans, il ne respire pas l’enthousiasme. Il dit qu’il se cherche. « Je cherche une autre histoire, quelque chose de plus personnel ». « Je n’ai pas encore trouvé ». Sur le chemin du retour, Thomas se trompe de train et cette erreur le conduit dans le village de son enfance à Nantua. Nous apprenons qu’il fêtait l’anniversaire de son père quand ce dernier est parti chercher du pain et n’est plus jamais revenu. C’est confirmé au cimetière : « Je me suis toujours demandé si c’était la maladie ou le chagrin qui avait tué ma mère. Elle n’avait jamais revu mon père disparu du jour au lendemain sans laisser, de traces » La souffrance est latente, les années passées n’ont rien effacé .Thomas s’évanouit.

Le médiateur pourrait commencer son entretien par je vous remercie d’avoir choisi la médiation. Pouvez vous me dire ce que vous attendez de cette médiation… et de moi médiateur…

Sam GARBASKI imagine à ce moment la technique du transfert de l’esprit de Thomas adulte de 50 ans dans son corps d’adolescent de 14 ans. Ce sera le fil conducteur qui permettra de refaire le trajet des choses vécues et ressenties, de mettre de la lumière sur ce qui s’est passé pour en arriver à l’abandon du père. L’objet du film nous est révélé : «J’étais revenu pour empêcher mon père de partir. (Thomas veut imposer sa solution) mais peut on modifier son passé en le revivant» Le dialogue final sur le quai de la gare entre Thomas et son père Bruno est poignant, il fait éclater pour la première fois au grand jour la douleur du père : il aime sa famille il ne peut plus. Thomas lâche prise et accepte le départ de son père. C’est apaisé qu’il retrouve le réel. Le médiateur n’a pas de caméra, il utilise la technique du processus structuré de médiation qui lui sert à ’’réfléchir’’ les images pour conduire une ‘’inimaginable discussion’’ garder la distance, la neutralité, l’impartialité, l’indépendance nécessaire à l’entretien. Il accompagne sur le chemin, fait défiler ce qui s’est passé à travers la mise en lumière des faits conséquences ressentis et des prêts d’intention, interprétations, jugements, contraintes, non dits. Il faut avoir apuré tout ce qui alimente le conflit pour permettre l’inversion de posture : passer d’une posture d’adversité (subir/contraindre) à une posture d’altérité (choisir/respecter). C’est cet itinéraire qui permet à thomas d’être libéré de son conflit, d’être apaisé et de retrouver sa créativité de dessinateur.


QUE S’EST IL PASSE ?

- Rêve ou réalité

Pas facile d’imaginer une application intemporelle et sidérale pour résoudre une équation familiale à plusieurs inconnues : Thomas pénètre dans la caverne de ses souvenirs, il est pétrifié. Son père est là, sa mère est là ainsi que sa sœur Corinne.

« Je croyais sincèrement à ce rêve, j’avais 14 ans et cette fois ci mon père ne nous avait pas abandonné »

Les souvenirs reviennent à la surface, les émotions surgissent alimentées par des sensations visuelles, olfactives, sensitives.

Thomas s’immerge dans les années 1960 : « debout, assis, silence, prenez vos cahiers de composition, mettez la date, Sénèque répond à ses détracteurs … »

Sylvie Dumontel apparaît «1er amour à distance et en secret » Il la dessine.

« Sylvie Dumontel voulait me parler, j’étais comme un adolescent »
« Je te plais pas ? » «t’as 15 ans !» « et alors je suis trop vieille pour toi ? »

La musique nous enveloppe tout le long du film dans les paysages et les situations entre amour d’adolescent et vie familiale, nous sommes baignés avec thomas dans un cumulus vaporeux.

« J’ignorais combien de temps cette 2ème enfance allait durer mais je m’y sentais bien»

Le processus de la médiation accompagne différentes phases de réflexion et relève les non dits, les doutes, les confusions les contradictions mais aussi les moments positifs. Difficile de trouver ses marques, il s’en ouvre à son ami Rousseau.

«Tu crois que l’on peut voyager dans le temps »
« j’ai l’impression de revivre mes 14 ans »
«Tu vois ce serait un temps différent, un temps parallèle ou une dimension différente»

Poursuivre une inimaginable discussion !

Thomas 50 ans retourne au cimetière.

«Puisque j’étais entré dans mon passé, il était peut être possible d’en sortir de la même manière»

Envisager la possibilité d’abandonner.

Au bar alors qu’il est saoul Thomas adulte prend par la main Thomas enfant « où est-ce que tu m’emmènes, je ne sais pas encore » Ne pas voir où la discussion conduit.

LES CARACTERISTIQUES DU CONFLIT (LES FCR, LES PIC)

Album photo révélateur du secret de famille Thomas parcourt l’album de famille son attention se porte sur une photo. Qui est ce ? Mémé Yvette raconte : « Ton père avait un ami d’enfance Robert, ils étaient inséparables .Pendant la guerre ils faisaient de la résistance. Ils aidaient les gens à passer en Suisse. C’est là que Robert a rencontré sa fiancée Anna ta mère, celle qui allait devenir ta mère. »

«Mais elle n’était pas fiancée avec papa ?» « Tu ne savais pas ?» « non je ne savais pas» (non dit)

Robert a été pris par une patrouille et fusillé. Au début c’était difficile pour ton père, il disait « pourquoi lui pourquoi pas moi ? » ( culpabilité) « A la fin de la guerre ton père a fait ce qu’il fallait, épouser la fiancée de son ami » ( contrainte morale, jugement) « D’avoir perdu leur ami cela les a rapprochés » (jugement). Au cœur d’une histoire de famille où une histoire d’entreprise il ya plusieurs histoires et plusieurs vécus, les contraintes les non dits ne sont pas toujours apparents, ils alimentent les possibilités d’interprétation.

Les Jardins secrets du père.

Anna la mère de thomas: « Bruno téléphone » « C’est qui ? » « C’est une femme qui n’a pas dit son nom » Thomas a tout entendu puis fouille dans les affaires de son père. « Je ne savais pas ce que je cherchais mais ce coup de fil avait ravivé mon inquiétude» Dés cet instant Thomas demande X fois à sa mère «il est où papa». Il ne va plus lâcher son père.

- La pêche (thomas cherche à comprendre Bruno)

« t’es heureux » « t’aimes ton métier » « Ce métier je ne l’ai pas vraiment choisi après la guerre c’était difficile j’ai repris la boutique de ton grand oncle» (contrainte) «Tu connaissais la couture?» «J’ai appris » « au fait c’est pas si mal retoucher les habits c’est comme une autre vie» (ressenti) « Tu aimerais changer de vie ?» (pas de réponse)

- L’hôpital

La filature de Bruno conduit thomas à l’hôpital. Il rencontre Rachel, amie de son père. Elle vient depuis l’enfance au sanatorium et n’en a plus pour longtemps. Le jugement de thomas est dissipé mais pas ses inquiétudes.

DENOUEMENT

Le phénomène déclencheur du départ du père A la maison alors que l’anniversaire de Bruno se prépare, le père bouleversé annonce le décès de Rachel à thomas. « Elle est morte, tu sais ce qu’elle m’a dit avant de mourir ? j’ai survécu, j’ai pas vécu et maintenant c’est trop tard !».

Le père s’éclipse avant le gâteau d’anniversaire

La scène ou thomas et bruno sont réunis sur le quai de la gare Le fils utilise tous les arguments pour retenir son père. Affect, morale, culpabilité … Le père a laissé de l’argent pour la famille. «J’ai toujours fait ce qu’il fallait faire mais je n’ai jamais rien choisi dans ma vie» «Et nous !c’est pas ta vie !» « Il faut que j’essaie avant qu’il ne soit trop tard pour moi aussi, peut-être que tu me comprendras quand tu auras mon âge ». (Pour le médiateur Inversion « vous pourriez me répéter … appliqué à vous) Le père a les larmes aux yeux, il étreint son fils. (Reconnaissance de la souffrance de chacun des deux) Bruno monte dans le train, thomas le laisse partir.

Thomas a l’âge que son père avait quand il est parti, il a eu tous les éléments qui lui ont permis d’apurer le conflit, il accepte la rupture définitive, retrouve la sérénité qui lui permet de retrouver sa créativité de dessinateur.

CONCLUSION

Inimaginable médiation pour Jiro TANIGUCHI tracé au moyen de la bande dessinée. Parfait exemple de l’universalité de la résolution des conflits qui montre que le processus de médiation franchit les frontières et les cultures.

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