Retour d'exil d'une femme recherchée

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Titre : Retour d'exil d'une femme recherchée

Ce livre est en lice pour le GRAND PRIX 2010 DES LECTRICES DE ELLE

(finaliste pour la catégorie Documents, dont la grande finale aura lieu en novembre 2010)

Auteur : Hélène Castel
Editions du seuil - septembre 2009
Présenté et commenté par Marie-Claire Pouzou
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Sommaire

Une affaire judiciaire très médiatisée

En mai 2004, sur demande du ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, Hélène Castel est arrêtée au Mexique, 24 ans après le délit qu'elle a commis en France et pour lequel elle avait été condamnée par contumace à perpétuité. Cette arrestation, quatre jours avant la prescription de sa condamnation, fait grand bruit de part sa résonance politique, sa valeur de démonstration du tout nouvel office central de la police judiciaire chargé des personnes recherchées. Hélène Castel témoigne de son histoire dans un récit sensible et poignant : "Retour d'exil d'une femme recherchée"

Résumé du livre

Dans ce récit autobiographique, Hélène Castel nous entraîne dans une double traversée de son histoire, au premier plan nous suivons son parcours judiciaire de son arrestation au Mexique à son deuxième procès en France, un deuxième plan intercalé nous fait remonter son itinéraire hors des sentiers battus, de son enfance à Paris dans une famille d'intellectuels trop occupés pour rompre la solitude de la fillette, à son adolescence en dérive dans les années soixante dix, jusqu'à sa participation au braquage raté d'une banque en 1980. Elle fuira au Mexique pour vivre sous une fausse identité pendant 24 ans avant d'être arrêtée, quatre jours avant la prescription de sa condamnation en France, incarcérée au Mexique pendant 80 jours, puis à Fleury-Mérogis pendant 11 mois avant d'être rejugée à Paris. Les deux récits alternent et se rejoignent au point culminant de son procès final, à l'issue duquel elle sera condamnée en janvier 2006 à deux ans avec sursis, ce qui lui évitera un retour en prison.

Impact judiciaire de l'affaire Hélène Castel

Son procès très médiatisé a relancé le débat sur la prescription, et la traque des personnes en fuite, d'autant que son affaire sera suivie de près dans l'actualité hexagonale par l'affaire de Roman Polanski, cinéaste célèbre arrêté en Suisse pour une affaire de viol remontant à 30 ans aux Etats Unis.

  1. Sur le plan politique, étant soupçonnée d'un lien avec Action Directe, avait-elle moins droit à la prescription que certaines personnalités politiques bénéficiant de l'immunité parlementaire ou de l'impunité tout court ?
  2. Au plan humain, devant l'antériorité des faits, pouvait-on ignorer l'évolution de la personne ? Qui jugeait-on 24 ans après, la jeune femme de 20 ans ayant participé à un braquage, ou celle qui au bout de 24 ans d'effort personnel de réinsertion, s'est réhabilitée socialement en tant que psychothérapeute ? Ne faudrait-il pas plutôt applaudir la deuxième pour avoir réussi là où la prison française aurait lamentablement échoué sur la première ?

Intérêt de l'ouvrage par rapport à la médiation

  • L'indignité nationale française

Au début de son exil au Mexique, Hélène Castel suit une psychothérapie pour surmonter le traumatisme du braquage, de la fuite, la solitude loin des proches et du pays.

Preuve s'il en est de son accomplissement personnel et de son lien social reconstruit, elle se forme au métier de psychothérapeute, soutenue par son psychiatre, et consacre alors son temps à tous ses patients au Mexique dont les nombreux courriers de soutien lui parviendront en France.

Cohérente avec son évolution, loin de tout égocentrisme, Hélène Castel élève son récit au rang d'un vibrant plaidoyer pour la cause des prévenus en détention provisoire, attendant parfois de longs mois leur jugement. (plafond ramené à 28 mois en France depuis la loi de 2000, en dehors des affaires criminelles)

Sous la plume sobre et mesurée d'Hélène Castel surgit le spectre de "l'indignité nationale française" (pour citer Robert Badinter parlant des prisons françaises sur France Inter en novembre 2009). Ainsi découvrons-nous que la prison mexicaine est plus respectueuse de la personne que la prison française, où le manque de moyens rend les conditions d'hygiène, de discipline, de promiscuité, d'isolement, imposées aux détenus en France simplement indignes.

  • La violence ou la résignation

Il en va de même des prévenus comme des détenus purgeant leur peine : locaux vétustes, surpopulation, excès de rigidité par manque de gardiens. Implacable machine à démolir, la détention transforme les prévenus dès leur arrivée en matricules, dépossédés de nom, d'objets, de droits civiques. Le choc a pour effet de les broyer, de stigmatiser "le sentiment de haine ou d'abandon …", s'ensuit "la dépression, la maladie, ou la violence, la provocation" écrit-elle.

Ainsi, la faillite de la réforme pénitentiaire de 1945 ne viendrait pas tant de l'échec de la prison à atteindre son nouveau "but essentiel l’amendement et le reclassement social du condamné", que de sa propension à engorger le flux carcéral dès l'amont, en poussant les prévenus, qui ont droit à la présomption d'innocence, dans le couloir puis dans la fabrique des détenus.

Dans le Magazine Littéraire n°487 du 01/06/2009, Philippe Lefait signe ce commentaire magistral (en s'appuyant sur les mots d'Hélène Castel) : "un système judiciaire français, « qui offre tous les dehors de la démocratie » mais dans lequel, faute de moyens intellectuels ou matériels, épuisé de fatigue et de manque de considération, «le prévenu renonce souvent à l'idée même de faire sien le combat du procès »"


Pour ces prévenus, nous dit Hélène Castel, "en fait il manque une marche, un échelon essentiel pour que cette traversée du désert, la détention, serve au moins à se présenter face au juge et à pouvoir dire : voilà qui je suis, ce que je veux vous faire entendre".

Hélène Castel fait alors l'inventaire de tous les intervenants trop débordés pour pouvoir assurer cet accompagnement des prévenus au sein des maisons d'arrêt :

  1. Psychiatres et psychologues "sont débordés" dans les prisons, "et puis à qui cela viendrait-il à l'esprit de demander à voir un psy pour mettre de l'ordre dans sa vie … en vue du procès ?"
  2. Les avocats "aussi ont bien trop à faire, … . leur langage c'est celui du droit, rien à voir avec la possibilité de s'approprier sa propre voix pour pouvoir parler de soi, dans une enceinte aussi impressionnante que celle du palais".
  3. Les travailleurs sociaux sont "déjà surchargés. S'ils arrivent à établir un certain lien avec l'extérieur pour répondre au besoin de travail, d'hébergement, de prise en charge sociale, c'est déjà beaucoup".

Conclusion : Alors, quid d'un médiateur !

Alors comment ne pas se rendre à l'évidence, comment ignorer qu'un médiateur professionnel détient justement ces compétences qu'évoque Hélène Castel, d'accompagnement d'une personne, "d'écoute active et confidentielle", d'apprentissage à "la possibilité de s'approprier sa propre voix pour pouvoir parler de soi" ?

En effet, au delà des conflits, le médiateur professionnel peut agir dans toutes les situations où la circulation de l'information, la parole, les mots ont besoin d'être facilités, rétablis, établis. Là est le besoin du prévenu dans son impuissance à communiquer, "faute de moyens intellectuels ou matériels, épuisé de fatigue et de manque de considération", (cf Philippe Lefait), alors même que cette capacité lui serait la plus nécessaire pour préparer sa défense.

Ainsi, l'analogie nous apparaît nettement entre les deux thématiques, celle du pénal où ce chaînon manquant, "cette marche", "cet échelon essentiel", est pointé du doigt par Hélène Castel, et celle du civil où la CPMN prône une médiation préalable avant toute action judiciaire civile.

Les deux logiques se rejoignent, elles visent toutes deux, par la réflexion, la prise de conscience, la parole apprivoisée, à ménager un espace de responsabilité, de libre arbitre où la personne sera encore sujet de sa parole, acteur de sa destinée, et non seulement l'objet trop passif du système judiciaire.

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