Se libérer du connu

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Notes de lecture de Se libérer du connu; Krishnamuti Le livre de poche Edition 13 (octobre 2010) par Jean-Louis Lefebvre

Sommaire

Biographie de Krishnamurti

Jiddu Krishnamurti est né à Mandanapalle, en Inde, le 11 mai 1895 et est décédé à Ojai en Californie le 17 février 1986. D’abord proche de la société théosophique, qui l’avait reconnu comme un nouveau messie, il s’en éloigne en 1933, rejetant les sectarismes et dogmes de toute nature pour poursuivre une œuvre prônant la libération intérieure.
La citation ci-dessous résume bien la teneur de ses travaux : « Toute autorité, particulièrement dans le domaine de la pensée, est destructrice, une mauvaise chose. Les leaders détruisent leurs adeptes et les adeptes détruisent les leaders. Vous devez être votre propre enseignant et votre propre disciple. Vous devez mettre en doute tout ce que l'homme a accepté comme valable ou nécessaire. »
« Mais ayant réalisé que nous ne pouvions dépendre d'aucune autorité extérieure, il reste l'immense difficulté à rejeter l'autorité intérieure de nos petites opinions, nos savoirs, nos idées et idéaux. »
Krishnamurti a développé une œuvre originale à l’écart des courants philosophiques classiques.

Le livre "Se libérer du connu"

C’est un recueil de discours prononcés par Jiddu Krishnamurti lors de conférences tenues dans divers pays.
Les textes retenus, transcrits à partir d’enregistrements sur bandes magnétiques, ont été choisis par Mary Luytens, auteure d’une biographie de Krishnamurti.
Le livre est constitué de seize chapitres comprenant chacun quelques thèmes dont certains sont commentés ci-dessous avec le point de vue du médiateur ou simplement commentés dans une réflexion philosophique plus générale.

Commentaires des chapitres du livre

Chapitre 1' : La recherche humaine ; Les esprits torturés ; L’orientation traditionnelle ; Le piège des bien-pensants ; L’être humain et l’individu ; Le conflit de l’existence ; La nature fondamentale de l'homme ; La responsabilité ; La vérité ; Se transformer soi-même ; Comment on dissipe l'énergie ; Se libérer de l'autorité.
Chapitre 2 : Apprendre à se connaître ; La simplicité et l'humilité ; Le conditionnement.
Se transformer soi-même : si pour changer nous demandons à d’autres comment faire, nous ne sommes dans une volonté sérieuse de changement car nous recherchons une autorité extérieure pour guider notre vie (le changement ne peut intervenir que d’un processus d’interrogation critique de notre propre conscience).
Point de vue du médiateur : cette proposition nous conforte dans l’idée qu’une sortie de conflit par un accord imposé par une tierce partie a peu de chance de se maintenir dans le temps par défaut d’une « volonté sérieuse de changement ».
Par ailleurs, lors d’une médiation, les parties sont amenées à se transformer ou tout au moins changer de points de vue. En tant que médiateur, nous sommes les garants neutres d’un processus dans lequel nous n’imposons pas de solutions. Notre rôle est de conduire un examen de conscience chez chacune des parties lors de la réunion individuelle pour créer chez chacune les transformations qui permettront l’inimaginable discussion.
Se libérer de l’autorité : être libre, c’est de toute autorité, de la nôtre, de celle d’autrui, c’est mourir à tout ce qui est de la veille de sorte qu’on a l’esprit frais, toujours jeune, innocent, plein de vigueur et de passion.
Point de vue du médiateur : se libérer de l’autorité, c’est être libre, neutre et impartial, tel que doit l’être un médiateur.
Nous devons être libre de toute influence extérieure (toute autorité), être neutre malgré nos jugements sur la solution (autorité d’autrui) et impartial malgré le temps qui passe (mourir à tout ce qui est de la veille) et qui pourrait nous conduire à avoir une relation déséquilibrées avec les parties.
Chapitre 3 : Le champ de la conscience ; La totalité de la vie ; Être pleinement conscient.
Etre pleinement conscient : nous vivons des niveaux de conscience fragmentés alors que la conscience est un tout, et, c’est de la friction entre ces fragments que surviennent nos conflits.
Point de vue du médiateur : ces niveaux de conscience fragmentés génèrent les conflits en soi car nous sommes tous soumis à des désirs contradictoires.
Etre pleinement conscient, c’est penser à soi et savoir lâcher prise, peut-être alors pourrons-nous aborder les conflits en soi plus sereinement lorsqu’ils se présentent lors de la décision d’accepter ou de refuser une médiation.
Chapitre 4 : La poursuite du plaisir ; Le désir ; La perversion de la pensée ; La mémoire ; La joie.
La perversion de la pensée et la mémoire : la pensée n’est jamais neuve car elle est une réaction de la mémoire et ce qui est vieux donne du plaisir jamais ce qui est neuf car dans le neuf le temps n’existe pas.
Point de vue du médiateur : ce paragraphe évoque le rapport au passé et nous rappelle comment il peut être parfois difficile pour les parties de changer de points de vue.
L’une des parties peut vouloir retrouver le plaisir de la situation passée alors que c’est ce plaisir même qui engendre aujourd’hui la souffrance.
Il n’est alors quasiment pas possible d’envisager la possibilité d’un autre avenir.
Lors de l’entretien individuel chaque partie est confrontée à des pertes de revendications, par des remerciements fréquents le médiateur s’attachera à reconnaître la difficulté de ces abandons. C’est le premier pas vers la création d’un autre futur pour la relation.
Chapitre 5 : Se préoccuper de soi-même ; Aspirer à une situation ; Les craintes et la peur totale ; La fragmentation de la pensée ; Mettre fin à la peur.
Mettre fin à la peur : il s’agit ici de la peur psychologique, elle a toujours un objet ; elle n’est jamais abstraite ; elle est toujours reliée à quelque chose.
Point de vue du médiateur : les pressions psychologiques d’une partie sur l’autre peut générer la peur chez celle qui la subit, l’analyse FCR (faits, conséquences, ressenti) permet de nommer cette peur et de mettre cette contrainte au jour. L’engagement de l’autre partie à ne pas exercer de contraintes psychologiques permettra l’établissement de la nécessaire qualité relationnelle.
Chapitre 6 : La violence ; La colère ; Justifier et condamner ; L'idéal et l'actuel.
La colère : pour voir ce qu’est la colère, on ne doit passer aucun jugement à son sujet car aussitôt que l’on pense à son opposé on la condamne.
Point de vue du médiateur : la colère fait partie de nous et, lors d’une médiation, reconnaître la colère d’une partie sans la juger lui offre la légitimité de cette réaction.
La reconnaissance des sentiments d’une partie est importante en médiation, elle lui offre la reconnaissance dont elle n’a pas bénéficié jusque là.
Chapitre 7 : Les rapports humains ; Les conflits ; Le social ; La pauvreté ; Les drogues ; La dépendance ; Les comparaisons ; Les désirs ; Les idéaux ; L'hypocrisie.
Les conflits : les conflits sont générés par les désirs et le premier de tous les conflits est notre désir contradictoire de poursuivre le plaisir et d’éviter la douleur.
On n’effectue aucun effort à faire ce qui est agréable mais ce plaisir engendre une souffrance.
Point de vue du médiateur : dans une médiation, en reflétant les propos d’une partie on peut l’amener à prendre conscience que la poursuite du plaisir (de la situation passée) est la source même de la souffrance et qu’elle est un des moteurs du conflit.
Chapitre 8 : La liberté ; La révolte ; La solitude ; L'innocence ; Vivre avec soi-même tel que l'on est.
La liberté et la solitude : pour être seul (et libre) on doit mourir au passé. Lorsqu’on est seul on n’appartient ni à une famille, ni à une nation, ni à une culture, ni à tel continent.
Point de vue du médiateur : cela fait partie de la posture du médiateur car il sait s’affranchir de ses propres conditionnements.
Chapitre 9 : Le temps ; La douleur ; La mort
Le temps : les problèmes psychologiques n’existent que dans le temps…L’action est toujours dans l’immédiat ; mais agir est si dangereux et si incertain que l’on se conforme à l’idée dont on espère qu’elle apportera une sorte de sécurité.
Point de vue du médiateur: cela peut paraître paradoxal mais il peut y avoir un avantage à perpétuer un conflit, il permet de rester dans un situation difficile mais connue et sur laquelle on peut agir avec des actions immédiates (contraintes, menaces, voie judiciaire...), trouver un accord serait imaginer (dimension psychologique) les relations différemment et donc se lancer dans l’inconnu et l’insécurité.
Une fois le processus de médiation enclenché le médiateur s’attachera à apaiser les craintes engendrées par cette nouvelle situation et favoriser le retour de la confiance par :
L’engagement du médiateur.
L’engagement des parties : prêt d’intentions, interprétations, contraintes.
Les trois accords : esprit de la médiation, qualité relationnelle, règles du jeu.
Chapitre 10 : L'amour
L’amour : Rencontrer l’amour sans l’avoir cherché est la seul façon de le trouver.
Commentaire : ce que l’on nous a appris sur l’amour (religions, philosophie, écoles) nous a conditionné et il s’agit alors de faire table rase de ces enseignements pour tenter de savoir par nous-mêmes ce qu’est l’amour.
Le médiateur se doit d’être un amoureux du genre humain, chacun à sa façon ; pour ce qui me concerne, cela ne veut pas dire que j’apprécie tout le monde mais que je pense qu’en chaque humain, il y a force et faiblesse, grandeur et petitesse, douceur et brutalité et que c’est en cela qu’il est aimable.
Chapitre 11 : Voir et écouter ; L'art ; La beauté ; L'austérité ; Les images ; Les problèmes ; L'espace.
Voir et écouter : lorsqu’on est capable de voir sans préjugés une image quelque qu’elle soit, alors seulement peut-on entrer en contact direct avec ce que représente la vie.
Point de vue du médiateur : notre pensée forme des images et nous voyons les autres et le monde à travers des représentations ; celui dont nous avons croisé la route hier a laissé une trace dans notre mémoire, saurons-nous ne pas nous référer à cette image lorsque nous le verrons aujourd’hui, c'est-à-dire en étant neuf à cette nouvelle rencontre.
Cela nous ramène à surveiller notre impartialité dans une relation sur le long terme lors d’une médiation où sont programmées plusieurs rencontres des parties.
Chapitre 12 : L'observateur et l'observé.
L’observateur et l’observé : la perception du fait que l’observateur est l’observé n’est pas un processus d’identification avec l’observé.
Commentaire : lorsque nous pensons, nous nous observons et devenons le propre sujet de nos réflexions : lorsque nous nous en rendons compte les conflits entre les images et le soi cessent sans que l’un ne disparaisse ou se fonde dans ou l’autre.
Chapitre 13 : Qu'est-ce que penser ? ; Les idées et l'action ; Les provocations ; La matière ; L'origine de la pensée.
Qu’est-ce que penser ? : la pensée est si rusée, si habile qu’elle déforme tout selon ce qui lui convient.
Point de vue du médiateur : dans sa recherche du plaisir et d »évitement de la souffrance, la pensée se met elle-même en esclavage, elle génère des prêts d’intention, des interprétations ou des contraintes (PIC) qui maintiennent les parties dans un état de conflit. Par sa contribution, (énoncés FCR et mis à jour des PIC), le médiateur invite chaque partie à un terme à cet esclavage.
Chapitre 14 : Les fardeaux d'hier ; La tranquillité d'esprit ; Les communications ; La réalisation ; La discipline ; Le silence ; Vérité et réalité.
Le silence : nous pouvons voir immédiatement que seul un esprit silencieux a la possibilité d’être clair.
Commentaire : nous ne pouvons voir clair car nous ne mourrons jamais au passé, le passé encombre notre esprit alors nous ne pouvons pas ressentir notre solitude et notre espace intérieur nécessaires à la liberté d’être, de fonctionner, de s’envoler.
Chapitre 15 : Les expériences vécues ; La satisfaction ; La dualité ; La méditation.
La dualité : toute demande intérieure provient d’une dualité.
L’aspiration à « être heureux » contient son contraire.
Point de vue du médiateur : ce point de vue est utile à la posture du médiateur car nous devons nous libérer de nos demandes intérieures pour mettre fin au couloir de la dualité, c'est-à-dire se connaître si profondément soi-même que l’on ne cherche plus.
Chapitre 16 : La révolution totale ; L'esprit religieux ; L'énergie ; La passion.
L’énergie : tant qu’existe un intervalle de temps entre l’observateur et l’observé (dans la même personne), il crée un frottement et il y a donc une perte d’énergie.
Quand cet intervalle de temps n’existe pas l’énergie sans motif saura canaliser son action parce que le « Je » n’existe pas.
Commentaire : notre pensée doit être un « tout » ; nous devons nous observer penser dans le même instant où nous pensons, ainsi l’ego disparait libérant cette énergie sans motif.

Commentaire de l’œuvre de Krishnamurti

Commenter l’œuvre de Krishnamurti, c’est déjà trahir sa pensée.
En effet, il indique lui-même que reprendre une des phrases de ses écrits ou discours pour notre propre compte ne vaut rien.
Un texte de Krishnamurti, représentant une idée ou une situation, n’a de sens que pour lui et confronté à la même idée ou la même situation nous devons la considérer par rapport à ce que nous sommes et non par rapport à tels ou tels enseignements.
Nous devons pouvoir observer sans évaluer ou du moins bien distinguer dans nos pensées l’observation de l’évaluation.
Krishnamurti a dit un jour que "l'observation sans évaluation est la plus haute forme de l'intelligence humaine".
Marshall Rosenberg, promoteur de la communication non violente, nous dit à ce propos : " Lorsque j’ai lu cette déclaration l’idée que c’était un non-sens traversa mon esprit avant que je réalise que je venais de faire une évaluation ".
Il nous indique aussi comment la pensée est dépendante du passé et du temps; en prendre conscience, c’est déjà faire un pas vers plus de liberté.
Les travaux de Krishnamurti ont inspiré des auteurs contemporains comme Eckhart Tolle, écrivain et conférencier, auteur du livre « Le pouvoir du moment présent ».
Bien qu’il se défendît d’être un philosophe, Krishnamurti a développé une forme de pensée critique.
Il se voyait plus comme un enseignant ; sa pédagogie vise au développement de la conscience holistique de ses élèves, c'est-à-dire une conscience issue d’un fonctionnement cérébral considéré comme un tout et non comme succession de stimuli nerveux.

Le mot de l'auteur de la critique

Pour Jean-Louis Lefebvre, le médiateur devrait compléter sa culture philosophique à la lecture de l’œuvre de Krishnamurti et y trouver des sources d'inspiration de la même manière que les philosophes de la Grèce ou de la Rome antiques ont pu l’inspirer.

La vérité est un pays sans chemin. lien vers l'association francophone Krishnamurti.

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