Se libérer du connu 2

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Jiddu Krishnamurti

Sommaire

Se libérer du connu de Jiddu Krishnamurti lu par Fabienne Gea

La posture du médiateur professionnel trouve un écho particulier dans ce recueil de mots de Jiddu Krishnamurti, regroupant des conférences données dans divers pays.
Jiddu Krishnamurti né à Madanapalle, en Inde le 12 mai 1895 et décédé à Ojai, aux USA le 17 février 1986, est un philosophe d'origine indienne promoteur d'une éducation alternative.
« Se libérer du connu », titre de cet ouvrage est une invite, un postulat, un objectif, un incontournable, un vœu … interprétation multiple résultant de la lecture de l’ouvrage qui imprime un large panel de ressentis et de questionnements.

Je choisis de présenter quelques passages du livre illustrant la formation de Médiateur Professionnel au sein de l’EPMN :
• Les trois piliers érigeant la posture du médiateur : indépendance, neutralité, impartialité
• La médiation professionnelle : un processus de résolution de conflit

Découvrons :

Se libérer de l’autorité, chapitre 1

« Hier, une expérience vécue nous a appris quelque chose et ce qu’elle nous a appris devient une nouvelle autorité. Cette autorité née de la veille est aussi destructrice que celle que consacrent dix siècles d’existence. Pour nous comprendre, nous n’avons besoin ni d’une autorité millénaire, ni de celle hier. « … » Si l’on s’examine du point de vue qu’impose l’autorité d’un passé mort, on manque de comprendre ce mouvement vivant, ainsi que la beauté et la qualité du mouvement. »

Cet extrait m’éclaire sur deux plans nécessaires à l’INDEPENDANCE du médiateur. L’indépendance face à toute autorité extérieure est accessible par statut, par contrat. Elle est aisément audible pour le moins et acceptable pour le mieux dans l’espace professionnel avec une présentation de l’objectif de la médiation et du cadre éthique et déontologique dans lequel elle se déroule. L’INDÉPENDANCE intérieure apparaît plus subtile mais tout aussi essentielle car seul mon code interne de fonctionnement peut m’aider à laisser derrière moi après chaque expérience, à chaque nouveau jour toutes les autorités intérieures qui revendiquent leur bien-fondé, leur légitimité, leur droit de gouverner ma lecture de l’instant présent, ma vision et ma compréhension de la personne que je rencontre.

Apprendre à se connaitre: chapitre 2

« En vue d’observer le mouvement de votre esprit et de votre cœur, »… », il vous faut avoir l’esprit libre, qui ne s’attarde pas à acquiescer, à réfuter, à prendre parti dans une discussion, »… », qui s’attache à suivre ce qu’il observe, avec l’intention de comprendre. « … » Condamner ou justifier empêche de voir clairement. »

L’IMPARTIALITÉ comme préalable à l’écoute du client! Ce passage met en avant la liberté de l’esprit nécessaire pour « comprendre … voir clairement » le conflit et les acteurs du conflit. Au cours d’une médiation, l’impartialité se présente sous deux aspects découlant des deux temps forts du processus de la médiation : l’entretien individuel et la réunion.
L’impartialité se définit par une posture dans laquelle je ne prends parti pour aucune des parties, décrivant un système humain tripartite. Mais alors, dans l’entretien individuel, en dehors du fait que la partie absente sera mentionnée, évoquée, accusée, qu’en est il du tripartisme? Cet extrait de l’œuvre m’invite à réfléchir sur ma capacité à n’être qu’un, unique et libre et non une intelligence au service de la médiation affublée d’une croyance dictatrice imposant sa grille de lecture tant sur le plan intellectuel qu’émotionnel. Et me voilà potentiellement dans un tripartisme de fait si je ne me propose pas une liberté d’esprit et de cœur !
Lors de la réunion, la posture impartiale ne présente aucune ambigüité et la liberté évoquée si dessus garantira la qualité de l’écoute et la compréhension de la situation et des solutions imaginées.

L’absence d’impartialité balaie sans concession la NEUTRALITÉ. En effet, si je prends parti, je soutiendrais ou m’opposerais à toute solution trouvée au conflit, étant gouvernée par la sympathie, l’antipathie ou une croyance qui influenceraient ma compréhension de la situation, des acteurs du conflits, des possibles axes de résolution.
La CONFIDENTIALITÉ n’est pas évoquée en tant que telle dans l’ouvrage. Pour autant, l’existence des trois piliers dans l’exercice de la médiation et dans tout autre secteur de vie apporte la garantie d’une confidentialité absolue puisque je me présente dans toute nouvelle rencontre libre de mon passé, sans éléments à partager, à divulguer.

Le conflit, chapitre 7

« L’homme a accepté que l’état de conflit soit une partie intégrante de l’existence quotidienne … que la compétition, la jalousie, … l’agressivité soient un mode de vie naturel. »… «  Comment peut-on se libérer de la structure psychologique de la société, c’est à dire de ce qui constitue l’essence même des conflits ? »

Le conflit comme socle des relations dans notre société est ici décrit sans complaisance. L’auteur invite à une réflexion profonde sur soi pour recouvrir la sérénité intérieure, la qualité relationnelle et la liberté. Dans cet esprit, la médiation professionnelle propose une opportunité, une incitation et un accompagnement de cette réflexion dans les situations conflictuelles. Les conflits m’apparaissent comme de formidables occasions d’offrir à mes futurs clients les conditions favorables pour réfléchir et découvrir les chaines qui les emprisonnent. Le processus des entretiens permet avec leur implication dans la définition des règles de bonne qualité relationnelle, de les guider vers une responsabilité individuelle.
La médiation est de ce point de vue un potentiel coup de projecteur mettant en pleine lumière les croyances limitantes, les contradictions, les incohérences. La médiation est une invitation au changement et de ce fait une aide à la décision.

Cet ouvrage participe de la réflexion personnelle nécessaire pour habiter le costume de médiateur.
La formation au CAP’M enseigne une technique respectant une éthique et une structure d’entretien en trois étapes s’appuyant sur une rhétorique précise. Dans l’exercice de la médiation au travers d’exemple, les formateurs nous montrent plus qu’ils n’expliquent l’attitude et le choix des mots nécessaires pour mener à bien une médiation. La posture altéro-centrée pour autant qu’elle soit compréhensible intellectuellement fait apparaître sans concession les limites et les conditionnements de chacun.

La liberté du médiateur se construit avec une discipline exigeante. Elle garantit alors la reconnaissance des acteurs du conflit, les composantes de la situation conflictuelle et la résolution de cette dernière.

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