Terre des hommes de Saint Exupery et un désert qui interroge

De WikiMediation.

Share/Save/Bookmark
Cliché pris par Angela Lopes 2010

Terre des hommes (1939) d'Antoine de Saint Exupery, est certainement comme le titre l´indique, un livre de réflexion sur la responsabilité, en tant qu'humain, de l'homme envers l´autre à travers le regard posé sur des réalités inconnues et adverses. Être humain c´est dépasser les limites, la peur de l´inconnu, de l´autre si différent si semblable. Saint Exupéry pose son regard réflexif sur les constructions individuelles et personnelles de l´être confronté aux obstacles, à ses propres obstacles, non pas en tant que dépassement individuel mais au niveau relationnel.

De son ami Guillaumet il écrit : «  sa grandeur, c´est de se sentir responsable (…) responsable de ce qui se bâtit de neuf là-bas chez les vivants et à quoi il doit participer. Responsable un peu du destin des hommes dans la mesure de son travail, être homme, c´est précisément être responsable.(…) C´est sentir, en posant sa pierre, que l’ on contribue à bâtir le monde. » N´est ce pas une belle métaphore pour qui investit la profession de médiateur!

Cliché pris par Angela Lopes 2010

Cette réflexion sur la responsabilité de l´humain du point de vue relationnel est faite dans les conditions adverses, dans la solitude du cockpit, dans les montagnes de l`Amérique du Sud, mais surtout dans le désert qui n´est que sable, touaregs et maures sanguinaires pour ceux qui le désert n´interroge pas : « il nous faut prendre conscience de nous-mêmes et de l´univers. Il nous faut dans la nuit lancer des passerelles »

Avec le regard décentré des longs vols solitaires, Saint Exupéry situe la dimension humaine dans la re-connaissance de l´autre au delà des étiquetages réducteurs si bien installés du monde d´alors: «Il faut, pour essayer de dégager cet essentiel, oublier un instant les divisions, qui une fois admises, entrainent tout un Coran de vérités inébranlables et le fanatisme qui en découle. On peut ranger les hommes en hommes de droite et en hommes de gauche, en bossus et en non bossus, en fascistes et en démocrates et ces distinctions sont inattaquables. Mais la vérité, vous le savez, c´est ce qui simplifie le monde et non ce qui crée le chaos. La vérité c´est le langage qui dégage l´universel.(..) A quoi bon discuter les idéologies? Si toutes se démontrent, toutes aussi s’opposent, et de telles discussions font désespérer du salut de l´homme. Alors que l´homme, partout autour de nous, expose les mêmes besoins ».

Voilà exposés, au début de la seconde guerre mondiale, les principes de la qualité relationnelle, avant même que ne se répande l´idée médiation.

Mais les certitudes continuent les sources de réconfort les mieux partagées et le Sahara de Saint Exupery, « cette patrie du vent et d´étoiles », du prestige du sable, du silence de la nuit n´a pas changé. Il y a toujours cette couleur ocre, parfois inespérement grise, la suspension du temps, l´oisiveté au tour du rituel du thé vert, les mirages. Le mirage, dans les camps de réfugiés, de la possible reconnaissance d´un peuple a son auto-détermination, le mirage de 200.000 personnes en attente depuis 35 ans, d´un royaume auquel la plupart n´ont eu accès qu’à travers une carte géographique épinglée sur les murs de l´école.

L´événement Sahara marathon [1], comme les vols de Saint Exupéry, c´est aussi un acte de reconnaissance, de découverte de l´autre, a travers un événement sportif qui par sa dimension internationale nous confronte au partage dans le quotidien de ce qui interroge par sa différence, par ses codes linguistiques et culturels. Coïncidences heureuses qui ramènent à Saint Exupéry et à Terre des Hommes, c´est avec deux argentins que j´ai du partager mes journées et le quotidien des deux familles saharaouis qui nous ont accueillis, cherchant à nous distancier des chaines de nos valeurs, de nos certitudes… Cet événement sportif, qui se renouvelle tout les ans, c´est aussi lutter contre l´oubli de cet espoir, de cette illusion de liberté où les Bark et les Barka (dans le désert de Saint Exupéry tous les esclaves s´appelent Bark), aux yeux tristes, subsistent nous disant que dans le désert on n’est pas toujours livre. On le devient moins quand on emmure, au propre comme au figuré, l´expression de l´autre et le fait qu´il a exactement les mêmes besoins, le besoin surtout de donner un sens à sa vie, de donner son propre sens à sa vie.

Car « chaque personne qui croise notre vie la croise seule mais ne reste pas seule ni nous laisse seul. Il emporte un peu de nous-même, elle laisse un peu d´elle-même. Il y en a qui emportent beaucoup, d´autres rien. C´est cela la plus grande responsabilité de notre vie… »

Responsabilité et reconnaissance sont de mots qui rythment inlassablement toute l´œuvre de Saint Exupéry, qui remettent, même sans vols au-dessus des nuages, vers une exploration de soi dans la rencontre, vers le défi d´être en relation dans le questionnement de la dimension spéculaire de cet acte de re-connaissance pour « continuer dans la nuit à lancer des passerelles ».

Outils personnels
Translate