Transport à Marseille : pseudo-médiation au pas-sage ?

De WikiMediation.

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Suites du conflit des transports phocéens

De source du Figaro, Bernard Brunhes était en mission en Chine lorsqu'il a été sollicité par "le gouvernement" pour intervenir dans le conflit de la RTM. Je n'ai même pas pris le temps de négocier le montant de ma prestation, avait-il indiqué, persuadé que son intervention serait "payante"... Pas gagné...

Le spécialiste du dialogue social a quitté la cité marseillaise en y allant de ses solutions et de ses jugements sur les parties. Les salariés sont désormais confrontés à une décision du tribunal des référés et la menace pèse d'autant plus d'une partie remise - logique de la surenchère dans un conflit...

Nous pouvons lire dans le billet d'Aliette de Broqua, dans Le Figaro du 4 novembre la déclaration de B. Brunhes "J'ai pris mon billet de train, je rentre à Paris, je laisse mon numéro de téléphone. On peut toujours me rappeler, avant de quitter, assez dépité, la cité phocéenne."

Toutefois, si on lit le Nouvel Observateur, qui reprend la dépêche de l'AP : Bernard Brunhes regrette que les syndicats "soient arrivés les mains vides", "sans proposition à lui faire pour amender les siennes". Le médiateur a néanmoins refusé de parler d'échec. Il n'exclut pas une reprise des contacts avec les organisations syndicales.

En attendant, le conflit a pris une tournure juridique. La grève est-elle illégale ? Au 32° jour du conflit, le Tribunal de Grande Instance, saisi par la direction de RTM, a tranché en référé, déclarant illégale la démarche syndicale.

Si le gouvernement a pris soin d'envoyer un "porte parole", avec l'étiquette de "médiateur" pour négocier une solution, n'est-ce pas qu'il y avait une reconnaissance d'une certaine légimité des revendications syndicales ? Prendre à défaut l'avis de grève, n'est-ce pas rajouter de la poudre sur le conflit ? Quand bien même les salariés reprendront-ils le travail, n'est-ce pas prendre le risque d'une forte dégradation du fameux dialogue social qui reste suspendu au numéro de téléphone de celui qui accuse désormais les syndicalistes d'être si peu à son écoute ? Le "médiateur" ne se serait-il pas trompé de rôle ? A-t-il écouté les salariés ou cherché à se faire écouter et à raisonner à partir de son point de vue ?


Quand le "médiateur" devient juge

Etonnante déresponsabilisation et stupéfiante accusation pour un "médiateur". A en croire la journaliste du Figaro : "Pour Bernard Brunhes, l'échec vient entièrement des syndicalistes". «J'ai obtenu des concessions de la part de Jean-Claude Gaudin, le maire, mais les syndicats demandaient l'inacceptable et n'ont fait aucune proposition. Ils ne voulaient surtout pas d'un groupe privé

N'est-ce pas contradictoire : ils avaient bien une proposition, au moins une, puisqu'ils "demandaient l'inacceptable"... Monsieur Bruhnes ne s'écouterait-il pas non plus ? En fait, fonctionnement humain classique, le "médiateur" n'ayant pas réussi, se sentant coupable et dans une dynamique de justification, il vit son propre conflit et en conséquence devient accusateur. Est-ce si difficile pour lui de dire qu'il aurait rencontré là, sur les bords de la Méditerranée, les limites de ses compétences.

Voilà que le "médiateur" devient juge de ce qui est acceptable et inacceptable. Est-ce à lui d'apprécier la légitimité des positionnements ? J'indiquais hier que le médiateur avait foulé la neutralité, qu'il ne respectait pas le principe de faire émerger la solution des parties et en y allant de sa solution ; qu'il n'avait pas respecté la confidentialité en faisant des déclarations sur sa solution ; qu'il n'avait pas vérifié l'adhésion au processus de médiation en "calant" son intervention au moyen des règles de communication et de fonctionnement, traditionnel préalable à toute médiation. Voilà maintenant qu'il a choisi son camp de la raison, puisqu'il vient témoigner de la "mauvaise volonté" des syndicalistes face à la bonne volonté du maire.

Comment s'est-il façonné son "jugement" ? Tout simplement parce qu'il a trouvé un écho plus favorable chez le maire que chez les syndicalistes. Il considère donc le premier plus ouvert et les seconds plus fermés. Voilà donc un "médiateur" pris en défaut d'avoir besoin d'être reconnu dans son sentiment d'avoir raison... Pas facile de s'improviser médiateur !

Au diable la confidentialité, surtout quand on n'aboutit pas à ce que l'on veut - ou qui est commandité - et que l'on éprouve le besoin de justifier son incompétence !

Bernard Brunhes saura-t-il remettre en cause son processus manifestement inadapté ? A-t-il respecté sa lettre de mission ? Saura-t-il identifier que sa manière de conduire cette mission - médiatisée - n'était pas appropriée ? Les moyens mis en oeuvre étaient-ils ceux d'un médiateur, ou plutôt ceux d'un négociateur ou d'un conciliateur, voire d'un juge ?

Merci a contrario : cette médiatisation du sentiment de compétence en médiation vient témoigner qu'il ne suffit pas de prendre l'avion avec ses prétentions pour faire de la médiation.

Sources


Recommandation : avant de faire de la médiation, penchez-vous au moins sur Code d'éthique et de déontologie des médiateurs réfléchi pendant plus de quatre ans par les membres de la chambre syndicale de la médiation

Billet sur la Newsletter "La Confidence"

L'intervention d'un "médiateur" dans le conflit social a questionné beaucoup de professionnels de la médiation.

Pour prendre du recul, j'ai demandé à Joelle Stepien Bailard, Attorney and Mediator, qui exerce à Los Angeles, si la pratique avait lieu que le gouvernement désigne un médiateur dans un conflit social. - "De ce côté, m'écrit-elle, une telle "mediation" serait dénoncée très vite"...

En attendant, l'intervention du "médiateur" n'a fait qu'agraver les choses. Un délai courrait et l'on s'aperçoit que le gouvernement qui a pris la responsabilité de nommer un tiers n'a pas pris soin de rendre la médiation suspensive des délais liés à la procèdure pendante.

Etonnant et déconcertant, puisque la "médiation" se déroulait sous contrainte. Le tiers, M. Bruhnes, ayant packagé une solution et estimé qu'elle devait être perçue comme acceptable par les deux parties, n'avait pas pris les garanties suffisantes pour que la sérennité soit assurée au cours de son intervention.

Certes, un médiateur ne saurait avoir une obligation de résultat. Mais il y a de quoi s'interroger sur la pertinence des moyens - et par là des précautions - prises par l'intervenant pour conduire cette "médiation"... Dans ses préparatifs, n'y aurait-il pas quelques négligences ? Le rôle d'un médiateur n'est-il pas de faire en sorte que la médiation se déroule dans les "meilleures conditions ? Les salariés peuvent-ils être considérés comme responsable de cette conduite peut pertinente ?

Nous pouvons constater à quel point le travail fait par les membres de la Chambre Syndicale de la Médiation sur le Code d'Ethique et de Déontologie des Médiateurs - qui a été perçu dans un premier temps comme très détaillé, voire trop précis - est un véritable moyen, un garde-fou, pour repérer les médiateurs qui vont s'en tenir à un processus précis uniquement de médiation, avec toutes les précautions nécessaires liées à leurs interventions (voir http://www.unam-csm.com/Codeome.pdf

Il était évident que la décision de justice allait contraindre les salariés à reprendre temporairement le travail. Maintenant, c'est faire peu de cas de la "grève du zèle" et du fait qu'il suffit maintenant de "bétonner" le nouveau préavis de grève. Maintenant, la surenchère est de mise, et les juristes des syndicats vont légitimement se mobiliser pour que contre cette "raison judiciaire" une "raison du droit" vienne en face...

En tout cas, merci. Cet évènement montre combien la médiation est connue, mais a contrario combien les médiateurs formés, compétents, efficaces le sont moins.

Mesdames et messieurs les médiateurs, au travail

Lien interne

Le médiateur, solution en poche à Marseille...


Par Jean-Louis Lascoux, le 4/11/2005

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