Un accompagnement bien engagé, une médiation possible !

De WikiMediation.

Share/Save/Bookmark

Une personne que nous nommerons Valérie vient trouver mon épouse ayant eu connaissance de ma formation par une amie.

Absent ce jour là, elle me rappelle sur mon portable et m’expose ses difficultés de couple.

Pour clore ce conflit familiale, Il a fallu 3 entretiens par téléphone avec une moyenne de 1 h chacune et 3 entretiens chez la personne.

Valérie est plus prête à régler son conflit que son ami Pierre. Vu les grandes différences de conscience sur le sujet entre les deux j’exprime un besoin de clarifier les stratégies de communication.

Le personnage de Pierre m’était connu par des connaissances. A aucun moment, il n’a aspiré à une quelconque demande de nous rencontrer.

Par contre, la motivation de Claire et nos entretiens ont permis d’avancer.

Après un développement de la situation et les caractères de chacun, nous verrons que le premier entretien avec Valérie a été déterminant. Les autres entretiens sont venus consolider une meilleure « prise en main de soi » de Valérie et la mise en place de stratégies de communication pour l’inespérable sortie de crise.

Sommaire

Les personnages

Valérie manifeste une volonté de sauver Pierre en pleine déprime et devenu violent et insensible.

Sa personnalité montre d’une part une grande fatigue physique, psychologique et morale. Physique dans le cadre où elle essuie des contraintes corporelles. Psychologique dans le cadre où elle n’éprouve plus d’estime d’elle-même, de dégoût morale dans le sens où elle se croit fautive envers lui, envers elle et ses trois enfants d’un autre mariage.

Elle réagit souvent par impulsion et hausse facilement la voix. Elle est femme énergique puisqu’elle mène de front un commerce de vêtements et l’entretien de deux maisons, son Pierre au chômage, ses enfants scolarisés.

Le désarroi est fort. Le déséquilibre est fort.

Une saine vision de soi et des circonstances ne sont pas possibles. La panique intérieure gronde et l’empêche de rester calme, de se concentrer, de prendre une initiative raisonnable et correspondante à sa situation.

Pierre est au chômage depuis plus de 6 mois. Il se retrouve au RMI. Il demeure calme, très calme mais avec des accès de violence qui sont souvent physique. Il frappe.

Il ne s’est jamais intéressé aux enfants de Valérie. Ceux-ci cohabitent mal avec lui considérant que leur mère n’est pas heureuse et bien sûr supportent mal les disputes permanentes.

Pierre critique en permanence et reporte sur Valérie une animosité virulente. Il est sûr de détenir la vérité. Il s’en tient à faire croire à Valérie qu’elle devrait se faire soigner.

J’apprends aussi qu’il se fait suivre par un psy depuis plus de 2 ans.

Le premier entretien : accompagnement ou médiation ?

La démarche de Valérie est personnelle.

Je suis très prudent ne sachant pas quel domaine je vais devoir engager cet entretien : accompagnement, médiation, l’un après l’autre ou ni l’un ni l’autre ?

La première stratégie est de laisser la communication téléphonique se poursuivre, ne pas prendre de rendez-vous : écouter et gérer la vraie demande immédiate de Valérie.

Mes phrases sont en permanence à créer l’altero centrage, du recadrage, de la reformulation.

Impulsive, en pleurs par moment, effervescente dans ses propos, il s’agit qu’elle « respire » et que son mental prenne le dessus.

Pour cela, un travail de réflexion et de gestion de soi lui sont imposés.

Ma stratégie est mise en place :

- accompagnement parce qu’il y urgence sur une personne qui le demande et qui souffre

- poursuivre l’entretien sous la forme téléphonique parce qu’une certaine « distanciation » se fait naturellement et favorise la « confidence ». Cela lui semble plus facile et moi aussi… (c’est une première dans l’aspect relationnel et professionnel !)

- Prendre toutes les initiatives pour qu’elle se prenne

o le temps de réfléchir sur elle-même :

o qu’elle prenne le temps de prendre conscience de mes questions ouvertes et d’altero centrage

o qu’elle puisse puiser les perceptions que je lui suscite par des métaphores

o qu’elle prenne le temps d’évoquer sur ces perceptions dans les projets que je lui transmets.

 Ça marche !

√ Le débit est moins rapide.

√ Elle réfléchit et fait travailler autant les perceptions que les évocations.

√ Elle accède à ne pas prendre pour elle la notion de « faute » et de « normalité ».

√ Elle s’interroge quelque fois tout haut : « ma tête explose, je suis las et j’ai peur…est ce que je suis si méchante ? ».

√ Elle reconnaît ses propres difficultés : « je sais que je m’emporte très vite, je m’énerve…je crie…mais je ne suis pas méchante ! ».

√ Elle exprime qu’elle se sent mieux. Elle exprime une stupéfaction d’être heureuse dans le débroussaillage que j’opérai en elle : « si vous saviez comme çà va mieux »…

Ces signes étaient encourageants pour elle…mais j’avoue en être tombé de haut…surpris moi-même…et encourageant pour moi-même.

Dans les premiers instants, ce que je relevais de foncièrement pénible pour elle, c’était qu’elle revienne souvent sur « suis-je folle ? »… « il me dit que je dois me faire soigner »…

Elle parlait comme la grenouille dans la casserole qui se rend compte qu’elle est maintenant enkylosée par de multiples brimades à répétition et sur des mois sans avoir réagi.

A cela, je lui ai exposé cette métaphore de la grenouille qui l’a aussitôt calmée.

Elle comprenait l’évocation dirigée.

D’ailleurs, il y eu un silence…que j’ai laissé volontairement.

Puis, elle m’a remercié de l’avoir comprise…et je l’ai remerciée du travail et du courage qu’elle avait prise sur elle-même. Elle en fut toute heureuse.

J’ai aussi travaillé sur la métaphore des points de vue afin qu’elle comprenne que tout le monde a des vues différentes, des goûts différents…et ne pas GROSSIR plus qu’il n’en faut ceux des autres…et en diminuer les qualités (et vice-versa)…ce qui est tentant !

Je lui ai parlé alors du « lâcher prise ». Elle a pu découvrir et s’approprier ce qu’elle pouvait admettre comme différence et ne pas accepter comme violence…de différencier le comportement de l’être.

Enfin, je lui ai ouvert les yeux sur le mécanisme fonctionnel de chacun. Lui faire reconnaître le sien et comment un certain mécanisme s’impose aux autres. Que des mécanismes peuvent être plus atteints ou plus prononcés pour être suivis par un psy, se forger ses chaînes et en imposer aux autres…

Je lui ai parlé de ce monologue que nous avons tous avec tout ces petits personnages que nous créons dans notre « tête ».

Tout cela a été nécessaire pour qu’elle se comprenne d’abord et se structure sur l’essentiel de la personne.

Cet entretien a été essentiel car les autres entretiens ont été que pures développements des principes de base pour se structurer, prendre conscience de sa normalité et de voir quelle stratégie adopter pour elle-même et vis-à-vis de Pierre.

La stratégie de Valérie vis-à-vis d’elle-même

Une grenouille qui se réveille… !

Ce sont des décisions qu’elle prend. Sa conscience est redevenue active.

- Ne pas se laisser mal traitée

- Refuser toute perte de liberté

- Ne pas s’emporter

- S’assurer de sa normalité

- Ne pas prendre pour soi

La stratégie de Valérie vis-à-vis de Pierre

- Regarder Pierre avec ce que je lui ai montré (point de vue, prise de conscience, mécanisme fonctionnel)

- Quelles sont alors les aptitudes de Pierre pour comprendre…quels sont les moyens à mettre en œuvre

- Quelle peut être sa stratégie en communication où il puisse être le plus à l’aise

o Peut-il demander un médiateur ou un accompagnateur ?

o Peut-il comprendre de lui-même et qu’est ce qui le ferait « bouger », « changer ». ?

o Peut-elle réussir à le changer ?

o Et s’il reste campé dans ses certitudes : que faire ?

La conciliation

De mon côté, j’étais disponible pour l’un et pour l’autre. J’étais assuré que Valérie avait compris. Je laissais Valérie à l’opérationnel.

Je ne souhaitais pas intervenir personnellement auprès de Pierre. C’est après mûres réflexions car il m’avait appelé sur mon portable. Il me disait que « Valérie manipulait et qu’il ne fallait pas croire tout ce qu’elle disait ».

Cette décision fut difficile à prendre. Ma priorité s’est posée sur le libre choix : il savait que j’étais disponible dans le même environnement que Valérie. Valérie le lui en avait parlé...

Je choisissais qu’il se détermine lui-même : s’il le souhaitait, il m’appellerait.

Valérie a choisi de tenir sur ce que nous avions arrêté. Elle m’appelait ou nous prenions un temps pour faire le point des difficultés.

Son choix était de travailler Pierre avec les armes vues ensemble.

Pour cela, je lui expliquais qu’il fallait déjà être forte soi même. Qu’elle prenne un certain temps de consolidation avant d’aller au feu. Qu’elle s’attende à de vives réactions dans un temps difficile à prévoir.

A sa décision je lui donnais une stratégie propre à Pierre (lui rappelant qu’il était suivi par un psy…quand même) et la mettait en garde sur un certain parasitage et … serait-elle plus forte que le psy ? :

- Le faire réfléchir

- Lui donner l’occasion d’exposer et de développer ses contrariétés, ses ressentis

- Lui permettre de se projeter dans l’avenir : quel avenir pour lui, pour elle, ses enfants

- Prendre des initiatives sur lui…plus qu’il n’en prend sur elle

- Relever les points de détails significatifs de son mécanisme fonctionnel, en discuter…

- Relever et encourager les efforts…Remercier des actes positifs

- Ne pas prendre sur soi

- Eviter de se disputer devant les enfants

- L’inviter au cinéma, au restaurant…

- Responsable…elle l’engagera à devenir responsable

Cette stratégie fut la bonne puisque à ce jour, les relations se sont améliorées entre Valérie et Pierre.

Pierre a eu des réactions, dans un premier temps, excessivement violentes, compréhensibles puisque notre petite grenouille ne se lassait plus faire aux caprices.

Je prends aujourd’hui le temps de prendre un café avec Valérie pour faire le point et l’accompagner car beaucoup reste encore à faire pour tenir dans la durée.

Valérie a su assimiler l’esprit de médiation. Elle est devenue actrice de son destin.

Un accompagnement bien engagé, une médiation est possible !

Outils personnels
Translate