Un homme presque parfait

De WikiMediation.

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Film présenté par Arnaud du Plessix, « Un homme presque parfait », signé Robert Benton, fait jouer Paul Newman dans l’acteur principal. Cela lui valut un « Ours d'Argent du meilleur acteur» au festival de Berlin en 1995. De prestigieux acteurs comme Jessica Tandy, Mélanie Griffith, Bruce Willis… ont donné à l’ensemble un film aussi « presque parfait » tant les histoires de chacun rencontrent les nôtres.

Il expose les mécanismes fonctionnels sous-jacents aux conflits et les mécanismes habituels de résorption des conflits. Il suffit de peu de chose pour les générer…et peu aussi pour passer à l’équilibre des relations. La vie égrène ses conflits utilisant ses mêmes mécanismes qui renouvellent souvent les mêmes conflits. Ceci se traduit dans le film par une même réplique au tout début et à la fin entre mère Clide jouée par Mélanie Griffith et Silivan, joué par Paul Newman:

Md CLIDE : Vous laisseriez vous tenter par un thé ? (au début du film)
SULLY : non, ni aujourd’hui, ni jamais !
Md CLIDE : Je vais prendre une tasse de thé, en voulez vous une ? (fin du film)
SULLY : non, ni aujourd’hui, ni jamais !

Pour mieux appréhender les mécanismes de la médiation qui s’opèrent dans ce film, je vous propose une synthèse de l’histoire, de nous attarder sur l’acteur principal avec une analyse de ses comportements, d’extraire la motivation du conflit et les véritables « nœuds » à délier, pour enfin relever ce qui est au bénéfice du changement.

Sommaire

Synthèse de l'histoire

Ce film touche l’ordinaire. Les lieux où se passent les dialogues sont ordinaires : un bar, l’arrière bar, la maison de vie, celle de son ex, le travail…Cependant, un homme nommé Donald Silivan ou Sully de son petit nom, le héros, joué par Paul Newman, à 60 ans, a une vie désabusée.

Il vit dans un appartement chez une vieille femme, madame Clide, qui l'apprécie pour sa gentillesse et bonne compagnie. Il est divorcé et seul. Son handicap est une jambe abîmée et de vivre du travail précaire.

Madame Clide est une figure dans ce film : elle reste figée sur son passé marquée par le décès de son mari. Elle connaît un fatalisme religieux aigu. Sully est plus sur un fataliste supertitieux. Sully travaille souvent au noir avec un ouvrier ROB en quête d'obtenir son amitié,timide et frustré, la risée de son entourage. Sully propose ses services en travaux de bâtiment à une boîte "TIP-TOP CONSTRUCTION" dirigée par un dénommé Ruby, rustre, jouisseur, pragmatique et à l'opposé de Sully. Celui-ci est marié à une superbe femme, Toby, bien sûr peu heureuse dans son ménage et qui apprécie Sully, appréciation partagée.

Un flic arrogant, appelé Rimer, vient de temps en temps le harceler sans qu'il comprenne que la sociétén'a pas besoin "d'extrêmes" et de personnel dénué de bon sens et de self-control.

Sully joue aux jeux, avec un avocat unijambiste qui est le sien, incompétent, avec Ruby, Rob et quelques notables du village.

Le fils de Silivan, Peter, vient passer quelques jours de vacances chez sa maman, Eva, ex de Sully, remariée. Sa venue, pour fêter Thanks giving, le nouvel an, avec sa femme Catherine et ses deux enfants Will et Rocky aggrave une tension : le couple bat de l’aile. La rencontre fortuite avec son père, pas revu depuis 3 ans, va provoquer des retours sur le passé, faire sortir des rancœurs. L'ensemble des personnages sont en conflits.

Alors comment dans un tel « fatras » familial, « l’inimaginable dialogue » a-t-il pu se créer pour en arriver à concilier tous les personnages ? Pour mieux le comprendre, je vous propose une halte sur les signes comportementaux de Sully.

Les mécanismes fonctionnels

Les signes extérieurs sont l’émanation des pensées intérieures. Qui est Donald SIilivan ? Toby le définit à deux reprises comme :

« un homme parmi les hommes »

Une fois négativement sans valeur particulière, une autre fois en lui donnant du compliment. En effet, il vient de prendre l’initiative de ne pas la suivre alors qu’elle lui proposait de vivre une aventure…son refus est honnête,digne et responsable.

Tous les actes jusqu’à ce moment témoignent d’une personne qui ne finit pas ce qu’elle commence ! Madame Clide lui demande au début du film de réparer sa rampe d’escalier – il ne la réparera qu’à la fin ! Au milieu du film, ne lui rétorque-t-elle pas : « est-ce-que cela signifie que vous allez enfin réparer la rampe de mon escalier » ? - Ruby ne va-t-il pas lui dire aussi, alors même que Sully lui prenait sa femme : « Ils n’iront pas jusqu’au bout… ».

Il est le type même du « malchanceux ». Tout témoignent combien il est même scotché à la « chance », au « hasard », aux jeux, voir superstitieux ! Ruby, toujours aussi réaliste et cinglant, n’hésite pas à lui dire ses quatre vérités :

« c’est le seul con que je connaisse qui est assez bête pour croire à la chance » !

en faisant suite à l’apostrophe de Sully : « Patte de lapin et fer à cheval ! ».

Sully manque terriblement de réalisme et Ruby ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’adresse à Rob en parlant de Sully : « je crois que ton chef risque d’avoir un dur réveil » ! Ou s‘adressant à Sully en parlant de Rob lorsqu’il visite la maison abandonnée et délabrée de son père : « oui, oui, je crois que je dois des excuses à ROB-peut être pas lui qui a la palme de la connerie ! ». Il témoigne d’un mécanisme fonctionnel proche de madame Clide.

Ces mécanismes placent l’être dans un univers que chacun se forge, bien souvent loin de la réalité. Md Clide, dès le début du film exprime ce mécanisme en ramenant les actes de la vie à DIEU lorsqu’elle constate que :

« Dieu a anéanti la baignoire aux oiseaux de md Gruber ».

Puis d’interpréter :

« je crois que Dieu ajuste son tir sur moi – je sens que c’est cette année qu’il va me prendre pour cible ».

Ils se rejoignent sur un mécanisme fataliste lié à la chance et au tiercé lorsque l’un et l’autre, allégorie et sophisme présents, s’accordent à dire :

Md Clide : vous faites toujours des paris sur les courses de chevaux ?
Sully : Vous parlez du tiercé ?
Md Clide : ça vous a déjà rapporté ?
Sully : pas encore !
Md Clide : mais vous continuez à parier ! ?
Sully : oui bien sûr, je pense que la chance finira par tourner !
Md Clide : voilà, c’est exactement ce que je me dis en pensant à vous !

Et quand tout semble être perdu pour cohabiter avec Md Clide, pour cause d’un petit séjour en prison, ne le lui rappelle-t-il pas :

« ça nous apprendra à ne pas parier sur un tocard ! »

Et quand tout semble réussir, comme au moment de l’enterrement de miss HattieE, à Peter qui lui annonce son numéro de tiercé gagnant, il répond :

Sully : Et maintenant, tu crois à la chance !!!
Sully : je passe deux jours en prison et tout se déglingue…

aucun lien de cause à effet !

Même structure de phrase quand il fait remarquer à sa sortie du tribunal :

« je n’aurai jamais dû prendre un avocat à qui il manque une jambe… » !

Une jambe, même cassée, ne peut être la cause d’un avocat incompétent…

Dans le même ordre d’esprit, ne branche-t-il pas son « onde courte » rempli de rêve et d’irréalisme lorsque s’adressant à Tobby, tout en clamant son amour, il lui parle de son tiercé :

« Tu sais pas ! Quand mon tiercé finira par sortir – tu le plaques l’autre con et tu te barres avec moi » !

Il est remarquable de voir que sur le terrain de la conscience passive, elle est bien extériorisée par Md Clide et Sully. Clide Junior ne condamne-t-il pas la mauvaise interprétation de sa mère envers Sully :

« comment se fait-il qu’il y ait que toi qui ne veut pas le voir tel qu’il est ! ».

Sully ne le lui fera-t-il pas la même remarque au retour de prison quand Bank voulut l’expulser :

« Ouvrez les yeux, je ne suis pas l’homme qu’il vous faut, je n’ai pas les compétences ! ».

L’aveuglement est régulier. Ce sont les personnes « enchaînées » comme dans la caverne de Platon. Le mécanisme fonctionnel est propre à chacun. Sully ne se rend même pas compte du sien. Le sien le déconnecte même de la conscience qu’il a de ses propres actes. Dans la scène où il essaie d’excuser les agissements infidèles de Ruby envers Toby, il exprime à Toby que lui aussi il a parfois un manque d’emprise sur lui même :

« Tu sais, je ne connais le pourquoi de la plus-part de mes actes…»

et pense aussi cela pour les autres « …alors ton imbécile de mari… » .

Il confirme au début du film ce que md Clide lui avait apprise lorsqu’elle était sa professeur :

« chacun traîne les chaînes qu’il se forge dans la vie ».

Cet état neutralise la réflexion et l’émarge aux actions ratées. Il est difficile de ne pas rapprocher ce contexte à Luigi Pirandello quand il dit : « Chacun de nous projette un univers dans lequel il s’enferme et les autres avec lui ! ». Mais tout ce comportement le fait échouer sur les moindres actions.

Lorsque Sully conseille à son fils Peter « si tu as des problèmes, fais ce que je ferais », la barman n’hésite pas à s’adresser à son fils en lui disant : « Fais le contraire » !

Et puis, Toby, celle qui a un certain béguin pour lui, ne lui dit-elle pas :

« comment tu fais pour te tromper tout le temps ! »
ou « tu es la seule personne…qui est plus mal barré que moi ».

Il fait partie de « ces hommes qui fuient leurs responsabilités »… « qui gâchent la vie de leurs enfants » a pu dire Eva.

Les mécanismes fataliste et passif font leur loi. Avec eux, résultent les écarts avec la réalité et les échecs pour s’en prendre aux autres. Avec eux, un mécanisme aveugle diminue l’intelligence, les prises de responsabilités et tend à « s’accrocher » à ses points de vue : aucun savoir être acteur de soi. L’expression de :

« accroche-toi ! »

Il est certain qu'il n'est pas du genre à "décrocher"...à lâcher prise !

"Accroche toi" est la représentation d’un esprit qui construit ses obstacles lui-même…qu’il escalade. Il s'agrippe. Il donne l'impression de rechercher l'appui, être retenu, être soutenu.

Cette apostrophe est très caractéristique d'une personne qui avance "avec effort sur lui-même". Il donne l'mpression qu'il subit la vie. Il témoigne d'ailleurs de cet état d'esprit en tout puisque TOBBY le lui confirme aussitôt.

C'est bien son manque de "lâcher-prise" qu'il précise !

Il exprime aussi son manque de "distanciation" avec les évènements.

Il témoigne que les choses de la vie : "il les prend pour lui" ... au lieu de "ne pas prendre pour soi" !

Il donne l'impression de "les chercher", de"les rechercher"...

Il y a des habitudes qui scénarisent l’existence de chacun. Ces mécanismes FAVORISENT l’existence des conflits. il nous faut identifier maintenant l’objet des conflits.

Les conflits

Un tel carcan dans un mécanisme fonctionnel fataliste et passif ne peut que procurer des conflits parce qu’il y a un raisonnement qui ne s’adresse qu’à soi et ne s’ouvre pas aux autres. Il ne cherche pas à comprendre les autres. Il s’enferme dans ses points de vue.

L’opportunité d’un dialogue entre PETER et SULLY va changer le cours de leur histoire. Suite à la disparition de WILL, SULLY rencontre PETER dans un bar. SULLY gère comme un vrai médiateur. Il emprunte la question ouverte « il manque personne ?…, l’invite « et ensuite… », l’aposiopèse, « Et entre toi et Charlotte ?… ». C’est à cette réponse qu’une première correspondance et dialogue de fond commence. Reprenons le :

PETER : Parfois je me dis que tu as bien fait de partir en courant
SULLY : je ne suis parti qu’à 200m !
PETER : tu serais parti sur la lune ça serait la même chose !
SULLY : tu voudrais peut être que je te demande pardon ?
PETER : Oh non, je n’oserai certainement pas te le demander !
PETER : Je voudrais que tu me dises…ça t’est arrivé de penser à moi ?'
SULLY : 'quelques fois, sans doute !
PETER : Moi… j’ai pensé à toi tout le temps !

Ce premier et vrai dialogue entre père et fils fait surgir les premiers états émotionnels de PETER. Sa motivation est sa recherche de retrouver une harmonie en soi : être reconnu.

Ceci se traduit par l’exposé de son ressenti et l’identification de la non-reconnaissance de son état émotionnel qui dure depuis des années :

« je voudrais que tu me dises… »,
« ça t’est arrivé de penser à moi ? »,
«  moi, j’ai pensé à toi tout le temps… ».

Le fils joue de l’altéro-centrage et de l’égo-centrage. Le TU succède au JE, le TOI succède au MOI, et inversement tout en réalisant des ALLER-RETOUR comme des lames provenant de la même épée : à double tranchant. Ils procurent une forte identification de l’être, de la vie de chacun, de la personne, de son destin…d’un FACE à FACE, de la relation à l’autre et de l’autre à soi. L’anadiplose que crée PETER en reprenant lui même les mêmes mots en début et fin de phrase appuie un sentiment de colère. Une nouvelle situation, burlesque cette fois ci, va donner au père l’occasion de créer l’attention de son fils. Elle se passe lorsque SULLY entraîne PETER à faire une expédition de récupération d’une déneigeuse dans la société TIP TOP. Peter se trouve perché à la clôture, dans une situation difficile et délicate :

SULLY : Fais attention… !
PETER : 'Fais attention !…c’est ça… ! Mon père nous laisse tomber…ma mère et moi quand j’ai un an…je passe toute ma vie à espérer qu’il revienne et qu’il se conduise comme un père…et un jour, ça y est me voilà avec lui….moment émouvant !……et qu’est ce qu’il fait ? Un vol avec effraction…et tout ce qu’il trouve à me dire : fais attention !

Le « fais attention » lui semble de trop ! Peter vit encore avec ses images d’un père à qui il reproche trois souffrances : ABANDON, ATTENTE et manque d’ATTENTION.

Ceci se reproduira lorsque SULLY oublie WILL dans la neige lorsqu’il visite la maison du grand père avec RUBY. PETER interpelle brusquement son père sur cet incident :

PETER : Tu l’as oublié ?
SULLY : peut être deux minutes pas plus…
PETER : tu te rends compte comment il a du trouver çà long…pour lui, ça du être ...comme si c’était pour toujours …j’aurai du m’en douter…dire que tu es grand père … !

PETER interprète et applique aux autres ce qu’il vit lui même. Un mécanisme fonctionnel est apparent. Les griefs sont les mêmes et notons qu’il l’étend... au point de vue que pourrait avoir son fils.

Quand à ROB, il recherche simplement l’amitié de SULLY. Il lui en veut de s’occuper de PETER et de ne pas lui témoigner d’amitié. A l’interrogation d’un prêt de 10 dollars que demande ROB,

SULLY répond : il y a des femmes en ville avec qui je pourrai aller, qui me coûteraient moins chères que toi.

ROB : oui, mais elles ne seraient pas ton ami !
ROB : pourquoi t’es si sympa avec lui ?…Il t’aime même pas…lui … !
ROB  : Tu sais ce que je voudrais ?
SULLY : Non, qu’est ce que tu voudrais !
ROB : Je voudrais que l’on soit encore ami…

Quand à TOBY, elle recherche que son couple tienne et que RUBY ne soit pas infidèle : « pourquoi, il fait cela ? »

Quand à PETER et CATHERINE, le couple ne fonctionne pas : « maman est la seule personne au monde qu’elle déteste plus que moi ! » (Peter)

Quand à SULLY et son père : la haine est très forte

- J’en ai rien à foutre, elle peut s’écrouler ! (la maison paternelle)
- Qu’il aille se faire foutre pour l’éternité !
- J’en ai rien à faire de cette baraque !
RUBY : tu l’as laissé pourrir, tout ça pour emmerder ton paternel !

Quand à Md CLIDE, SULLY lui a expliqué qu’il n’avait pas « les compétences » et que sa place est en prison….

Jusqu’à l’avocat de SULLY qui le menace de ne plus être son ami s’il ne présente pas ses remerciements à Md Clide pour l’avoir aidé à retrouver le bien de son père hypothéqué par ses dettes.

Enfin, tout tourne mal. Les conflits sont là. Chacun est concerné. Comment se dénouent toutes ces discordes ?

Prise de conscience

Le film montre des conflits comme des nuages gris s’amplifier en teinte et en nombre. C’est presque à la fin du film où le ciel, totalement obscurci, reprend sa clarté dans l’équilibre des relations. Quels ont été les éléments déclencheurs. Comment a pu se réaliser se retournement de situation ?

Il est remarquable de relever que c’est la prise de conscience active des « erreurs » de SULLY. Il le dit clairement :

« je viens de découvrir que je suis le grand père de quelqu’un, le père de quelqu’un, et peut être bien l’ami de quelqu’un, alors… ».

PETER a divulguer ses « piques », ses interprétations sur une rupture et le silence de son père. Ils vont être le déclencheur d’une conscience réveillée de SULLY. PETER, sans le vouloir, réactive chez SULLY des sentiments que ce dernier avait aussi ENTRETENUS envers son père. Il le critique, il le juge. Un déclic se crée. Un lien se crée entre la position de PETER et celle de SULLY. Le sentiment d’abandon est puissant de chaque côté. Pas de médiation sans prise de conscience.

SULLY décide alors « d’apprivoiser » son petit fils WILL, puis son fils PETER…son fils et sa femme Catherine… etc. C’est-à-dire que SULLY va leur faire prendre conscience à leur tour qu’il n’est pas ce grand père « aussi dégoûtant » (ROCKY en début de film).

C’est à l’occasion de ces premiers reproches, jugements et prêts d’intentions que SULLY va réfléchir. Celui-ci découvre qu’enfin de compte il y pensait « quelque fois sans doute ». Ainsi, que c’est vrai que c’était peu…Ainsi, que c’est vrai qu’il était père…Ainsi, que c’est vrai que même si ce n’était pas son intention de l’oublier, il le faisait quand même dans la réalité…Cette réalité est aussi ce qu’il a subi de son père. Il voit déjà se pointer en lui la lumière d’une situation qu’il ne voyait pas comme cela.

La séquence suivante est importante, il la passe seul devant la maison du « paternel ». Une très belle musique l’accompagne. C’est un retour aux souvenirs, aux amertumes, aux aigreurs, à la souffrance, à sa correspondance réanimée par PETER.

Cette maison abonnée est pour lui « son père ». Son schéma est conflictuel. En effet, son père le battait quand il prenait la défense de sa mère, alors il lui renvoie son univers dans lequel il s’est enfermé…et les autres avec lui , là en l’occurrence la maison (qui se confond avec son père), ensuite son fils...comme nous l’avons vu.

Son point de vue est tenace puisque son père peut « se faire foutre pour l’éternité » !

Idem dans sa prise de conscience avec son fils :

« tu diras peut être la même chose de moi quand je serai parti ! »

dit-il à son fils (reconnaissance qu’il enferme aussi son fils PETER sur son point de vue).

Et leitmotiv du fils qui fait écho à SULLY :

«tu es parti ! Je te l’ai déjà dit ! ».

Il y a là l’élément déclencheur, la prise de conscience d’un état. Il sait maintenant qu’il ne sait pas.

C’est ce qui se passe aussi pour PETER sur l’injonction de son père lors de l’infraction : « Fais attention ! » et nous avons déjà relevé plus haut comment il traduit cette colère. Il commence à comprendre en lui-même que quelque chose bouge quand il entend cette même injonction ou attention sur son fils WILL.

Il apostrophe d’ailleurs SULLY et lui en fait la remarque :

« Il me semble que tu as sauté une génération » !

Encore plus magnifique et plus amplifiée dans sa prise de conscience lorsque SULLY revient s’excuser auprès de WILL, après de lui avoir posé les questions :

« Pourquoi tu as fais ça ? Pourquoi tu nous as quittés ? ...

il ajoute aux réponses de SULLY :

« Si tu n’as pas été un père pour moi pourquoi tu es un grand-père pour WILL ? ».

Le choix des mots montre qu’il voit un lien s’établir entre SULLY et son fils WILL et qui lui fait écho à sa personne. Il est possible de dire que là il prend conscience d’un état nouveau qui le propulse à modifier son point de vue sur son père. Le père l’a bien compris puisqu’il le lui confirme aussitôt :

« Parce qu’il faut bien commencer quelque part » !

En d’autre terme, lui sous-entendre : « tu as bien compris. Si je suis grand-père MAINTENANT (Peter emploi le présent), je suis aussi ton père…MAINTENANT ».

SULLY crée un lien au présent pour Peter (Peter avait employé un temps du passé). Lors des médiations, il faut souvent rompre les à priori et les à postériori. Il est fondamental de resituer sur le présent et sur la personne.

SULLY, une fois qu’il a compris, est l’homme à la « conscience active ». Il modifie son comportement, il agit, il réalise, « il apprivoise ».

Et comme le dit le "Petit Prince" de Saint Exupéry :

"Que signifie apprivoiser ? : C'est une chose trop oubliée, ça signifie créer des liens"

Les conflits se dénouent les uns après les autres. Il change de comportement et entraîne les autres.

A la remarque de ROB « Il t’aime même pas lui ? » ne rétorque-t-il pas :

« Je sais…mais je l’apprivoise ».

Puis, vers la fin du film :

« c’est toujours comme ça ! J’apprivoise les gens avec le temps ! ».

Lorsque TOBBY lui présente ses billets d’avion, au pharmacien qui s’étonne : « Cà alors SULLY, quand ta chance tourne, elle tourne ! », il répond : « La chance n’a rien à voir là dedans " .

Il saura retrouver une conscience active, ses responsabilités devant TOBY lorsqu’il dit : « je viens de découvrir… ».

Le changement est radical. C’est pourquoi il s’implique dans des relations de qualité, de paroles valorisantes, d’encouragement, humbles :

le chronomètre, cadeau pour WILL…emploi, rendre service pour PETER, …qualité du dialogue avec ROB : « Tu es mon meilleur ami ! D’accord ? »…promesse tenue avec Md CLIDE : «j’ai réparé la rampe d’escalier »…actions communes avec WILL « tu veux voir si ça marche ?» (Expérimentation du courage à l’évocation du chronomètre)… connivence avec PETER (travaux, infraction)…accepte le cadeau de Md CLIDE pour ne pas perdre son amitié et celle de son avocat…réconcilie PETER avec sa femme.

Conclusion

SULLY devient un « HOMME PRESQUE PARFAIT ». Il a su ENTRER dans son mécanisme fonctionnel et porter attention à lui-même. Ce film montre combien chacun se « forge dans sa vie ses propres chaînes». Il est bon alors de « délier » ou « dénouer » ses mécanismes fatalistes sous peine d’aller d’échec en échec. Nous l’avons vu alors changer et n’être plus sur le registre du « Accroche-toi ! » mais du « lâcher prise ».

Il crée ses « chaînes » qui alourdissent tous les fonctionnements de prises de décision au quotidien. Il tronque la réalité. Platon rejoindrait volontiers Baudelaire dans son observation tirée des « Fleurs du Mal » :

« C’est la réalité qui lui semble mensonge, Vous êtes des débris d’un rêve inachevé ».

Se pose aussi la qualité de la stratégie des interactions en communication pour chaque personne. Ou commence le mensonge de notre perception, de notre réflexion et notre émission : de ce que je fais croire à ce que je me fais croire. Que de miroirs, en nous, font perdre de vue l’origine de l’objet, sa propre vérité.

La réalité devient vite mensonge et … le mensonge devient vite notre réalité.

Il a su montrer à son fils qu’il avait identifié la non-reconnaissance de son état émotionnel. Il retrouve là une conscience active et non plus passive. A cette conscience active, il change et il « apprivoise ». Il s’active à changer les autres. Il revient dans la caverne de Platon pour ouvrir les yeux aux autres, les prisonniers.

Ce film nous montre que « tout le monde peut changer d’avis ! ». Comme un médiateur, Md CLIDE prend positivement l'être humain : « je ne désespère pas que cela arrive ! ».

Le mot de la fin revient à SILIVAN sur un air étonné : « tiens donc ! Hum ! ». Pour s’endormir profondément… Petit clin d’œil du cinéaste pour témoigner autant une situation apaisée que d’une trêve précaire dans une vie ordinaire.

PETER et SULLY en reconnaissent la difficulté …et nous invite à travailler sur soi.

L’esprit de médiation est là.

PETER : « Cela ne va pas être facile d’être toi »
SULLY : « t’attends pas à tout réussir dès le départ !
Au début, j’y suis pas arrivé moi non plus ! »
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