Vol au-dessus d'un nid de coucou

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'''One Flew Over the Cuckoo's Nest (Vol au-dessus un nid de coucou)''', de Milos Forman (1975), commenté par [[Simon Coral]]  
'''One Flew Over the Cuckoo's Nest (Vol au-dessus un nid de coucou)''', de Milos Forman (1975), commenté par [[Simon Coral]]  
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== L'histoire ==
== L'histoire ==
Mac Murphy n'a jamais su plier devant une quelconque autorité. Auteur de 5 agressions et d’un viol qualifié, il est prêt à tout pour se soustraire au travail carcéral... même à se faire passer pour « fou ».  
Mac Murphy n'a jamais su plier devant une quelconque autorité. Auteur de 5 agressions et d’un viol qualifié, il est prêt à tout pour se soustraire au travail carcéral... même à se faire passer pour « fou ».  
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[[Image:Vol_Soins.jpg|150px|thumb|right|<small>''Soins psychiatriques''</small>]]
Interné dans un hôpital psychiatrique où sa santé mentale doit être évaluée, il découvre, au-delà de leur folie, des êtres fragiles et attachants, soumis à l'autorité oppressive de l'infirmière en chef Miss Ratched. Touché par leur détresse et leur solitude, il va s’insurger contre les règles strictes imposées. Il tente de sortir les « malades » de leur léthargie attisée par la terrifiante infirmière en s'opposant par sa forte personnalité aux méthodes répressives.  
Interné dans un hôpital psychiatrique où sa santé mentale doit être évaluée, il découvre, au-delà de leur folie, des êtres fragiles et attachants, soumis à l'autorité oppressive de l'infirmière en chef Miss Ratched. Touché par leur détresse et leur solitude, il va s’insurger contre les règles strictes imposées. Il tente de sortir les « malades » de leur léthargie attisée par la terrifiante infirmière en s'opposant par sa forte personnalité aux méthodes répressives.  
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=== « Chief » ===
=== « Chief » ===
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L’indien géant n'est absolument pas fou mais il ne veut pas finir comme son père : détruit par l'alcool. Il a délibérément décidé de se fermer au monde, en feignant d'être sourd-muet, dans cet asile psychiatrique.
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Il se réfugie ainsi dans une des issues de la gestion du conflit : l’abandon.
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L’indien géant, absolument pas fou mais qui a délibérément décidé de se fermer au monde en prétendant être sourd-muet. Il se réfugie ainsi dans une des issues de la gestion du conflit : l’abandon.
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Séduit par Mac Murphy, Chief le défend quand il se bat avec les infirmiers. Puis, dans les couloirs de l'infirmerie, en attendant la séance punitive d'électrochoc, il lui révèle la supercherie, mais refuse de le suivre dans son escapade : « je ne suis pas assez grand... ».  
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Séduit par Mac Murphy, Chief lui révèle la supercherie, mais refuse de le suivre : « je ne suis pas assez grand... ».  
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Il finira par accepter de s’évader… mais une fois que Mac Murphy aura été mis à bas par le système en place, lobotomisé. Euthanasiant son ancien ami, Chief se libère et part, seul.
Il finira par accepter de s’évader… mais une fois que Mac Murphy aura été mis à bas par le système en place, lobotomisé. Euthanasiant son ancien ami, Chief se libère et part, seul.
Il a ainsi résolu son conflit par une rupture unilatérale.
Il a ainsi résolu son conflit par une rupture unilatérale.
=== Billy  ===
=== Billy  ===
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C'est un jeune garçon qui a de réels problèmes psychologiques assortis d’une peur panique de sa mère. Il s’exprime peu et bégaie en le faisant.  
C'est un jeune garçon qui a de réels problèmes psychologiques assortis d’une peur panique de sa mère. Il s’exprime peu et bégaie en le faisant.  
Suivre Mac Murphy lui redonne du courage et  l’usage de l’alcool ainsi que son « déniaisement » par une prostituée (introduite dans l’asile par Mac Murphy) lui permettent de surpasser son bégaiement et de s’affirmer jusqu’à contester l’infirmière en chef sous les applaudissements des autres patients.
Suivre Mac Murphy lui redonne du courage et  l’usage de l’alcool ainsi que son « déniaisement » par une prostituée (introduite dans l’asile par Mac Murphy) lui permettent de surpasser son bégaiement et de s’affirmer jusqu’à contester l’infirmière en chef sous les applaudissements des autres patients.
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La contre-attaque de l’infirmière en chef sera terrible. Elle le ramène à ses phobies en menaçant de tout raconter à sa mère. Il se recroqueville en position fœtale et profite de la cacophonie générale pour résoudre lui aussi son conflit par une rupture unilatérale : le suicide.
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La contre-attaque de Miss Ratched sera terrible. Elle le ramène à ses phobies en menaçant de tout raconter à sa mère. Il craque, se recroqueville en position fœtale et une fois enfermé seul dans sa chambre, profite de la cacophonie générale pour résoudre lui aussi son conflit par une rupture unilatérale : le suicide.
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== Martini ==
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=== Martini ===
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L’imbécile heureux qui sourit tout le temps, ne comprend rien aux règles des jeux auxquels il veut participer, mais qui lui permettent d’attirer l’attention sur sa personne. Il nous fait rire et par là-même crée un contraste qui nous permet de souffler entre deux scènes pathétiques du film.
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[[Image:Vol_Martini.jpg|50px|thumb|right|<small>''Martini''</small>]]
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Le "simplet" des pensionnaires sourit tout le temps. Pour attirer l’attention sur sa personne, il veut participer à des jeux auxquels il ne comprend rien aux règles. Il cherche à voir les cartes des autres, veut toujours jouer quand ce n'est pas son tour, mise avec des demi-cigarettes et au basket, dès qu'il a le ballon, il se dépêche de le lancer là où il n'y a personne. Il nous fait rire et par là-même crée un contraste qui nous permet de souffler entre deux scènes pathétiques du film.
Il n’ose pas prendre position lors des votes instaurés par Mac Murphy et se réfugie dans une autre issue de la gestion du conflit : la résignation.
Il n’ose pas prendre position lors des votes instaurés par Mac Murphy et se réfugie dans une autre issue de la gestion du conflit : la résignation.
=== Miss Ratched ===
=== Miss Ratched ===
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[[Image:Vol_Ratched.jpg|250px|thumb|right|<small>''Miss Ratched''</small>]]
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L’infirmière en chef se montre hautaine, détestable, énervante et très froide envers les malades mentaux.
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L’infirmière en chef voit son autorité, jusque là incontestée, attaquée par une personne qui n’a pas sa place dans cet asile. Contre l’avis des psychiatres qui proposent de le renvoyer au pénitencier, car ils ne le jugent pas fou mais dangereux, elle décide de garder Mac Murphy et de s'en occuper personnellement. Cela devient un challenge pour elle. Elle veut le "mettre au pas" et que cela serve de leçon à tous les autres. Elle sait qu’en le gardant à l’asile, les 68 jours de prison qui lui restent à faire ne seront plus de mise, c’est elle seule qui décidera de son sort à l’avenir.
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Elle utilise toute une série de contraintes : la vexation, la coercition et l’oppression mais aussi les émotions : la haine,  la colère, la violence, les insultes, le mépris. Au cours des thérapies de groupe qu’elle dirige, elle ne cherche pas à calmer les patients mais les laisse s’en prendre aux plus faibles et se moquer d’eux. Elle gère les conflits par la domination.
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Lors de la distribution de médicaments, elle reste complètement inflexible aux demandes des pensionnaires et refuse de baisser le son de la musique afin qu'ils puissent discuter entre eux.
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Son autorité, jusque là inaltérable, est attaquée par une personne qui n’a pas sa place dans cet asile. Contre l’avis des psychiatres qui proposent de le renvoyer au pénitencier, car ils ne le jugent pas fou mais dangereux, elle décide de garder Mac Murphy. Cela devient un challenge pour elle. Elle veut le casser et que cela serve de leçon à tous les autres. Elle sait qu’en le gardant à l’asile, les 68 jours de prison qui lui restent à faire ne seront plus de mise, c’est elle seule qui décidera de son sort à l’avenir.
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Quand Mac Murphy suggère de changer le programme qu’elle a établi pour regarder un match de base-ball à la TV, elle suggère de faire voter les patients à main levée sachant pertinemment que très peu d’entre eux oseront la contester et que plus de la moitié des malades ne sont pas apte à prendre une décision.
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Lors du vote du lendemain, Mac Murphy arrive à obtenir la majorité lui permettant d'obtenir satisfaction mais Miss Ratched refuse de s'y plier en objectant que le vote était déjà terminé.
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Lors de la distribution de médicaments, elle reste complètement rigide et refuse de baisser le son de la musique, rien que pour marquer son autorité.
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Au cours des séances de thérapie de groupe qu’elle dirige, elle ne cherche pas à calmer les internés mais les laisse s’en prendre aux plus faibles et se moquer d’eux. Ainsi elle n'intervient pas lorsque Lared est traité d'homosexuel par les autres pensionnaires qui s'en gaussent. Elle insiste à tel point pour que Billy parle publiquement de ses complexes qu'un des malades lui rétorque : "si Billy refuse de se raconter, il ne faut plus le persécuter".
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Elle a confisqué les cigarettes et les distribue quand elle le décide. Un des malades lui demande de lui rendre son paquet, elle l'ignore ; alors il commence à s'énerver et s'ensuit un mouvement collectif. Elle appelle les infirmiers qui reconduisent "virilement" les malades dans leurs chambres. Elle gère les conflits par la domination.
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Quand Mac Murphy suggère de changer le programme qu’elle a établi pour voir un match de base-ball à la TV, elle ruse en faisant voter les pensionnaires sachant pertinemment que très peu d’entre eux oseront la contester.
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En découvrant la "fiesta" nocturne, n'osant s'en prendre directement à Mac Murphy, elle s’attaque au plus vulnérable : Billy. Elle menace de tout raconter à sa mère. Ce dernier commence à céder : son bégaiement resurgit, il dénonce Mac Murphy. Elle pourrait s’arrêter mais elle réitère plusieurs fois sa menace : "bien sur que je pourrais ne rien lui dire, mais votre mère est ma meilleure amie, comment pourrais-je lui cacher cela ?".  Billy s'énerve, crie, se débat et finit par hurler lorsque les infirmiers le saisissent et l'enferment dans sa chambre, sans surveillance.
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Chacun se trouve prisonnier de sa situation, figé dans un fatalisme fonctionnel et incapable de revenir à des relations plus pacifiques. C’est une succession de crises et de rapports de force.
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Entre Mac Murphy et Miss Ratched, chacun se trouve prisonnier de sa situation, figé dans un fatalisme fonctionnel et incapable de revenir à des relations plus pacifiques. C’est une succession de crises et de rapports de force.
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Lors de la révolte des malades, ne pouvant se prendre directement à Mac Murphy, elle s’attaque au plus vulnérable : Billy. Lorsque ce dernier commence à céder, elle pourrait s’arrêter mais elle tire une certaine jouissance de sa puissance et pousse le sadisme jusqu’au bout en le faisant craquer.
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== Mac Murphy ==
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=== Mac Murphy ===
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[[Image:Vol_McMurphy.jpg|80px|thumb|right|<small>''Mac Murphy''</small>]]
Lui, dont l'existence pourrait simplement se résumer à une interminable série de forfaits en tous genres, est à coup sûr un dangereux criminel. Il se retrouve dans un univers qui lui est inconnu et auquel il semble loin d'appartenir. Au milieu de tous ces hommes qui ont plus ou moins perdu la raison et qui n'ont plus véritablement la force d'affronter les rouages du monde extérieur, il va se révolter contre l'autorité oppressive de l'infirmière en chef Ratched et révolutionner à sa manière le quotidien de chacun des patients en leur redonnant un semblant d'espoir et de reconnaissance sociale.  
Lui, dont l'existence pourrait simplement se résumer à une interminable série de forfaits en tous genres, est à coup sûr un dangereux criminel. Il se retrouve dans un univers qui lui est inconnu et auquel il semble loin d'appartenir. Au milieu de tous ces hommes qui ont plus ou moins perdu la raison et qui n'ont plus véritablement la force d'affronter les rouages du monde extérieur, il va se révolter contre l'autorité oppressive de l'infirmière en chef Ratched et révolutionner à sa manière le quotidien de chacun des patients en leur redonnant un semblant d'espoir et de reconnaissance sociale.  
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S’attachant à ses nouveaux amis, il passe à un autre registre : de manipulateur, il pratique l’altero-centrage et devient accompagnateur. Il anime une partie de basket et redonne un peu de dignité à Chief en lui faisant marquer des paniers. Avec l’aide de Chief, il arrive à faire le mur et au lieu de s’évader, il vole le bus de l’asile et emmène ses compères à une sortie de pêche en mer.
S’attachant à ses nouveaux amis, il passe à un autre registre : de manipulateur, il pratique l’altero-centrage et devient accompagnateur. Il anime une partie de basket et redonne un peu de dignité à Chief en lui faisant marquer des paniers. Avec l’aide de Chief, il arrive à faire le mur et au lieu de s’évader, il vole le bus de l’asile et emmène ses compères à une sortie de pêche en mer.
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Quand il est prêt à s’évader, il soudoie le veilleur de nuit pour qu’il laisse entrer des filles et de l’alcool. Il veut laisser un souvenir immémorable à ses amis. La scène la plus significative du film sur son changement est celle où Mac Murphy, certainement conscient des conséquences, devant la fenêtre ouverte, renonce à partir au plus tôt pour s’évader et préfère rester pour voir ce qui est arrivé à Billy.  
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Mais Miss Ratched va maintenir jusqu’au bout l’ordre autoritaire qu’elle a instauré. Mac Murphy va ainsi être confronté à la privation progressive de ses libertés : de la télévision aux cigarettes. D'où la rébellion de celui-ci, prêt à tout pour redonner goût à la vie aux autres pensionnaires, par le sport, le sexe ou l'alcool.
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Mais Miss Ratched va maintenir jusqu’au bout l’ordre autoritaire qu’elle a instauré. Mac Murphy va ainsi être confronté à la privation progressive de ses libertés : de la télévision aux cigarettes. D'où la rébellion de celui-ci, prêt à tout pour redonner goût à la vie aux autres pensionnaires, par le sport, le sexe ou l'alcool. Jusqu'au point de non retour et une privation de liberté poussée à son paroxysme à coût d'électrochocs et finalement de lobotomie. Il est ainsi exclu du conflit par une rupture unilatérale.
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Quand il est prêt à s’évader, il soudoie le veilleur de nuit pour qu’il fasse entrer des filles et de l’alcool. Il veut laisser un souvenir immémorable à ses amis. La scène la plus significative du film sur son changement est celle où Mac Murphy, certainement conscient des conséquences, devant la fenêtre ouverte, renonce à partir au plus tôt pour s’évader et préfère rester pour voir ce qui est arrivé à Billy. En constatant le suicide de ce dernier, fou de rage, il essaie d'étrangler l'infirmière. Sa punition atteint le paroxysme de sa privation de liberté : la lobotomie. Il est ainsi exclu du conflit par une rupture unilatérale.
== Normal et Anormal==
== Normal et Anormal==

Version actuelle en date du 13 août 2010 à 16:59

Affiche du film

One Flew Over the Cuckoo's Nest (Vol au-dessus un nid de coucou), de Milos Forman (1975), commenté par Simon Coral

Acteurs principaux : Jack Nicholson (Mac Murphy), Louise Fletcher (Miss Ratched), Brad Dourif (Billy), Danny De Vitto (Martini)

Sommaire

L'histoire

Mac Murphy n'a jamais su plier devant une quelconque autorité. Auteur de 5 agressions et d’un viol qualifié, il est prêt à tout pour se soustraire au travail carcéral... même à se faire passer pour « fou ».

Soins psychiatriques

Interné dans un hôpital psychiatrique où sa santé mentale doit être évaluée, il découvre, au-delà de leur folie, des êtres fragiles et attachants, soumis à l'autorité oppressive de l'infirmière en chef Miss Ratched. Touché par leur détresse et leur solitude, il va s’insurger contre les règles strictes imposées. Il tente de sortir les « malades » de leur léthargie attisée par la terrifiante infirmière en s'opposant par sa forte personnalité aux méthodes répressives.

Sévèrement puni à coup d’électrochocs, il ne s’avoue toujours pas vaincu. Et quand Miss Ratched s’en prend au plus faible d’entre eux, il tente de l'étrangler. Transformé en légume par une lobotomie, il est pris en pitié par un autre pensionnaire qui l'étouffe et trouve enfin le courage de s’évader. Final mythique qui restera gravé dans nos mémoires.

Analyse du film

Milos Forman a signé là un film engagé, véritable plaidoyer contre l’exercice imbécile et aveugle du pouvoir ; l'infirmière Ratched symbolisant sans doute pour lui la dictature communiste en République Tchèque qu'il avait fui suite à l’invasion russe.

Le réalisateur a briefé les acteurs sur l'importance de la spontanéité et souvent pendant les répétitions, il les a filmés à leur insu. Du coup, le film s'apparente davantage à un documentaire basé sur les relations humaines et sur l'accueil habituellement réservé par notre société, prétendue moderne, à tout ce qui semble sortir de l'ordinaire.

Le film nous montre le quotidien d’un établissement psychiatrique. Une galerie de portraits de spécimens qui sont trop souvent sujets à des spasmes en tous genres, à des convulsions violentes et à de fortes crises d'angoisse et d'anxiété, pour pouvoir s'investir dans une quelconque vie en société. Des patients dont l'attitude ne correspond pas aux normes en vigueur, régulièrement laissés pour compte et dont le libre arbitre se trouve perturbé par d'autres personnes qui savent bien les manipuler.

L’opposition est annoncée dès le départ par un code de couleurs adopté par le metteur en scène : tout dans l’asile est d’une aveuglante blancheur, des murs aux vêtements des pensionnaires, des infirmières et des gardiens. Seuls sont vêtus de noir, Mac Murphy (blouson et bonnet) et Miss Ratched (lors de sa première apparition dans le film elle avance portant un pardessus noir, tâche grossissant sur le fond blanc de son entourage). L’un et l’autre se disputent, dès les premières images, la suprématie à l’écran. Tous les autres personnages deviennent alors accessoires, soit sujets des provocations de Mac Murphy, soit des manipulations de Miss Ratched. Il s’agit donc, avant tout, d’asseoir son pouvoir.

Le ton de Vol au-dessus d’un nid de coucou est presque exclusivement pathétique : le déroulement, implacable, du conflit entre Miss Ratched et Mac Murphy y pourvoit, autant que le talent des interprètes. Indéniablement, le pathos terriblement intense qui environne le film est plus que suffisant à emporter l’adhésion du public, de la critique (le film remporta 5 oscars, dont celui de la meilleure réalisation) et si la légende est vrai, des acteurs eux-mêmes.

Émouvant et choquant, ce film nous projette dans un monde redouté par les gens dits normaux et ce monde est celui des « Cuckoos » (cinglés). La psychologie des personnages est tellement profonde, tellement réelle que l’on s’y croit : harnaché dans une camisole de force dans cet asile. Asile qui demeure le lieu parfait concentrant le monde entre ses murs capitonnés et les caractères forcément excessifs dans les quelques personnages égarés là.

Les Personnages au crible de la Médiation

« Chief »

Big Chief

L’indien géant n'est absolument pas fou mais il ne veut pas finir comme son père : détruit par l'alcool. Il a délibérément décidé de se fermer au monde, en feignant d'être sourd-muet, dans cet asile psychiatrique. Il se réfugie ainsi dans une des issues de la gestion du conflit : l’abandon.

Séduit par Mac Murphy, Chief le défend quand il se bat avec les infirmiers. Puis, dans les couloirs de l'infirmerie, en attendant la séance punitive d'électrochoc, il lui révèle la supercherie, mais refuse de le suivre dans son escapade : « je ne suis pas assez grand... ». Il finira par accepter de s’évader… mais une fois que Mac Murphy aura été mis à bas par le système en place, lobotomisé. Euthanasiant son ancien ami, Chief se libère et part, seul. Il a ainsi résolu son conflit par une rupture unilatérale.

Billy

Billy

C'est un jeune garçon qui a de réels problèmes psychologiques assortis d’une peur panique de sa mère. Il s’exprime peu et bégaie en le faisant.

Suivre Mac Murphy lui redonne du courage et l’usage de l’alcool ainsi que son « déniaisement » par une prostituée (introduite dans l’asile par Mac Murphy) lui permettent de surpasser son bégaiement et de s’affirmer jusqu’à contester l’infirmière en chef sous les applaudissements des autres patients.

La contre-attaque de Miss Ratched sera terrible. Elle le ramène à ses phobies en menaçant de tout raconter à sa mère. Il craque, se recroqueville en position fœtale et une fois enfermé seul dans sa chambre, profite de la cacophonie générale pour résoudre lui aussi son conflit par une rupture unilatérale : le suicide.

Martini

Martini

Le "simplet" des pensionnaires sourit tout le temps. Pour attirer l’attention sur sa personne, il veut participer à des jeux auxquels il ne comprend rien aux règles. Il cherche à voir les cartes des autres, veut toujours jouer quand ce n'est pas son tour, mise avec des demi-cigarettes et au basket, dès qu'il a le ballon, il se dépêche de le lancer là où il n'y a personne. Il nous fait rire et par là-même crée un contraste qui nous permet de souffler entre deux scènes pathétiques du film.

Il n’ose pas prendre position lors des votes instaurés par Mac Murphy et se réfugie dans une autre issue de la gestion du conflit : la résignation.

Miss Ratched

Miss Ratched

L’infirmière en chef voit son autorité, jusque là incontestée, attaquée par une personne qui n’a pas sa place dans cet asile. Contre l’avis des psychiatres qui proposent de le renvoyer au pénitencier, car ils ne le jugent pas fou mais dangereux, elle décide de garder Mac Murphy et de s'en occuper personnellement. Cela devient un challenge pour elle. Elle veut le "mettre au pas" et que cela serve de leçon à tous les autres. Elle sait qu’en le gardant à l’asile, les 68 jours de prison qui lui restent à faire ne seront plus de mise, c’est elle seule qui décidera de son sort à l’avenir.

Lors de la distribution de médicaments, elle reste complètement inflexible aux demandes des pensionnaires et refuse de baisser le son de la musique afin qu'ils puissent discuter entre eux.

Quand Mac Murphy suggère de changer le programme qu’elle a établi pour regarder un match de base-ball à la TV, elle suggère de faire voter les patients à main levée sachant pertinemment que très peu d’entre eux oseront la contester et que plus de la moitié des malades ne sont pas apte à prendre une décision. Lors du vote du lendemain, Mac Murphy arrive à obtenir la majorité lui permettant d'obtenir satisfaction mais Miss Ratched refuse de s'y plier en objectant que le vote était déjà terminé.

Au cours des séances de thérapie de groupe qu’elle dirige, elle ne cherche pas à calmer les internés mais les laisse s’en prendre aux plus faibles et se moquer d’eux. Ainsi elle n'intervient pas lorsque Lared est traité d'homosexuel par les autres pensionnaires qui s'en gaussent. Elle insiste à tel point pour que Billy parle publiquement de ses complexes qu'un des malades lui rétorque : "si Billy refuse de se raconter, il ne faut plus le persécuter".

Elle a confisqué les cigarettes et les distribue quand elle le décide. Un des malades lui demande de lui rendre son paquet, elle l'ignore ; alors il commence à s'énerver et s'ensuit un mouvement collectif. Elle appelle les infirmiers qui reconduisent "virilement" les malades dans leurs chambres. Elle gère les conflits par la domination.

En découvrant la "fiesta" nocturne, n'osant s'en prendre directement à Mac Murphy, elle s’attaque au plus vulnérable : Billy. Elle menace de tout raconter à sa mère. Ce dernier commence à céder : son bégaiement resurgit, il dénonce Mac Murphy. Elle pourrait s’arrêter mais elle réitère plusieurs fois sa menace : "bien sur que je pourrais ne rien lui dire, mais votre mère est ma meilleure amie, comment pourrais-je lui cacher cela ?". Billy s'énerve, crie, se débat et finit par hurler lorsque les infirmiers le saisissent et l'enferment dans sa chambre, sans surveillance.

Entre Mac Murphy et Miss Ratched, chacun se trouve prisonnier de sa situation, figé dans un fatalisme fonctionnel et incapable de revenir à des relations plus pacifiques. C’est une succession de crises et de rapports de force.

Mac Murphy

Mac Murphy

Lui, dont l'existence pourrait simplement se résumer à une interminable série de forfaits en tous genres, est à coup sûr un dangereux criminel. Il se retrouve dans un univers qui lui est inconnu et auquel il semble loin d'appartenir. Au milieu de tous ces hommes qui ont plus ou moins perdu la raison et qui n'ont plus véritablement la force d'affronter les rouages du monde extérieur, il va se révolter contre l'autorité oppressive de l'infirmière en chef Ratched et révolutionner à sa manière le quotidien de chacun des patients en leur redonnant un semblant d'espoir et de reconnaissance sociale.

Il commence par établir des liens entre lui et les autres pensionnaires. Certes il agit d’abord en manipulateur pour amener les autres à faire ce qu’il veut : les « plumer » en jouant aux cartes, regarder le match de baseball…

Face au refus de l’infirmière en chef de prêter la TV pour qu’ils regardent ce match, sa colère est impressionnante, il fait presque une crise de « démence ». Puis, une fois calmé, il s’installe devant la TV et commence à commenter un match imaginaire : tous les pensionnaires l’entourent, s’excitent autour de lui et ne respectent plus l’ordre établi. C’est le début du conflit avec Miss Ratched.

Mac Murphy est paradoxalement un être très attachant, prêt à se sacrifier pour ses nouveaux compères. Est-il totalement inconscient ou agit-il en pleine connaissance de cause ? Fait-il cela par pur égoïsme ou parce qu'il souhaite faire plaisir aux autres patients ?

Un peu de tout cela vraisemblablement, retransmis grâce au jeu extraordinaire de Jack Nicholson, capable par un simple levé de sourcils d'être à la fois effrayant et sympathique. Il livre ici une performance qui fera école, incarnant avec espièglerie et intensité un personnage complexe.

S’attachant à ses nouveaux amis, il passe à un autre registre : de manipulateur, il pratique l’altero-centrage et devient accompagnateur. Il anime une partie de basket et redonne un peu de dignité à Chief en lui faisant marquer des paniers. Avec l’aide de Chief, il arrive à faire le mur et au lieu de s’évader, il vole le bus de l’asile et emmène ses compères à une sortie de pêche en mer.

Mais Miss Ratched va maintenir jusqu’au bout l’ordre autoritaire qu’elle a instauré. Mac Murphy va ainsi être confronté à la privation progressive de ses libertés : de la télévision aux cigarettes. D'où la rébellion de celui-ci, prêt à tout pour redonner goût à la vie aux autres pensionnaires, par le sport, le sexe ou l'alcool.

Quand il est prêt à s’évader, il soudoie le veilleur de nuit pour qu’il fasse entrer des filles et de l’alcool. Il veut laisser un souvenir immémorable à ses amis. La scène la plus significative du film sur son changement est celle où Mac Murphy, certainement conscient des conséquences, devant la fenêtre ouverte, renonce à partir au plus tôt pour s’évader et préfère rester pour voir ce qui est arrivé à Billy. En constatant le suicide de ce dernier, fou de rage, il essaie d'étrangler l'infirmière. Sa punition atteint le paroxysme de sa privation de liberté : la lobotomie. Il est ainsi exclu du conflit par une rupture unilatérale.

Normal et Anormal

Mac Murphy est un personnage probablement aussi dérangé que tous ses colocataires mais qui parvient à accepter chacune de leurs différences, étant lui-même quelqu’un de peu ordinaire.

Difficile de faire la distinction entre le normal et l'anormal. La structure, l'organisation, la loi du plus grand nombre constituent toute la puissance de la différence. L'originalité, la fraîcheur d'âme mais aussi, hélas, la fragilité psychique, sont peut-être des éléments que nous ne savons pas entendre, voir et sentir.

L'ingéniosité de cette histoire : introduire dans un monde interdit - celui de l'asile, un personnage "lucide" et le voir essayer de rendre le lieu moins abrutissant. Mac Murphy est bourré d'énergie, d'impertinence et on s'attache assez facilement à lui. La mise en scène de Milos Forman nous amène à aimer ces individus singuliers. Dans la vie de tous les jours, nous n’aurions sans doute pas éprouvé ce type de sentiments pour de tels personnages. Le cinéma, lorsqu'il est ouvert et intelligent, fait des merveilles et peut nous amener à sortir de notre caverne de Platon et changer notre perception du monde.

Conclusion

Le conflit entre Miss Ratched et ses patients ne s’est jamais résolu par une reprise de la relation ni par un aménagement mais toujours par une rupture non consensuelle.

Pour les patients restants, la gestion du conflit se poursuit au travers des deux issues initiales : la domination pour l’infirmière en chef et la résignation ou la soumission pour ses pensionnaires.

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