Wall-E

De WikiMediation.

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Œuvre cinématographique : « Wall-E » de Disney Picture et des Studios Pixar, commentée par Cédrick Mormann

Avant-propos

Lors de ma formation, je me suis rendu compte combien la « personne » repose toujours sur les mêmes raisonnements, les mêmes fondamentaux. Bien que différents, nous avons tous un point commun : nous sommes toujours bien intentionnés envers nous-mêmes. Je suis donc bien intentionné vis-à-vis de moi-même en choisissant cette œuvre où je retrouve chez l’Homme, chez les Personnages : - la forge de sa propre éducation et l’impact sur ses croyances, - les difficultés rencontrées lorsqu'on est confronté aux changements voulus ou non, - un système organisé par des règles et des principes, qui peut d’un coup d’un seul être désorganisé. - l’inconscience et la conscience ; comme le dit Bergson, « La conscience est un trait d'union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l'avenir », alors est-il possible d’être conscient d’être inconscient ? - Vous constaterez, je constate, que ce que considèrent ces Hommes comme inimaginable est de sortir du cocon, parce que sécuritaire, et que l’évocation dudit passé pour mieux comprendre leur présent leur permet de prendre conscience et envisager leur nouveau futur. Confère Sartre, « L’imaginaire », « L'imagination est la grande fonction "irréalisante" de la conscience », - Combien il est facile de se laisser vivre et assister, - Ce qu’impacte la naissance d’une nouvelle idée « l’espoir » et pourtant beaucoup aime le dire, car toujours bien intentionné envers eux-mêmes, je dirais même que je me joins à cette idée séduisante pour moi : « l’espoir fait vivre », puisqu’elle permet simplement d’exister. Seul manque dans l’idée de l’espoir ce que tous nous en faisons, ce que tous nous y donnons comme limite et objectif et ce que tous nous nous fixons dans l’idée même d’avoir de l’espoir.

A la lecture de la synthèse de cette œuvre, vous lirez qu’au-delà de la simple idée d’un dessin animé des studios Disney passent beaucoup d’informations qui interrogent notre propre conscience et confrontent nos idées. Je pose l’attention du Médiateur et je vous emmène faire un voyage vers l’allégorie du film Wall-E.

Synopsis

Wall-E est un petit robot de nettoyage dont la tâche est de réaliser des monticules de cubes de déchets laissés par l’humanité pendant des siècles, lorsque celle-ci était centrée uniquement sur elle-même. Pendant 700 ans, il est seul, il se forge une conscience, un univers bien à lui, forge sa propre éducation, il s’enchaîne à son destin là où l’humanité a déserté cette Terre aride, inhospitalière et où la vie en apparence s’est éteinte. Pour Wall-E, c’est son espace, sa caverne, le lieu qu’il connaît et où il a appris à vivre, à exister.

Ce petit robot, rythmé tous les jours par des tâches établies, séquencées, à la limite du taylorisme, continue de ranger, nettoyer, pour rendre une apparence accueillante à la Terre pour ces Hommes qui se sont réfugiées dans un vaisseau extra planétaire, leur Arche. Cette Arche est entièrement automatisée pour l’Homme, où tout est fait pour leur faciliter la vie : totalement assisté, repas à volonté, pas besoin de se fatiguer à se déplacer puisque transporté par aéro-fauteuils ; un véritable paradis, ou tout simplement une vie en société organisée où l’Homme a appris à vivre ainsi. Les Hommes ne seraient-il pas, eux aussi, enchaînés à ce destin, ils sont éduqués ainsi et ne sont-ils pas bien intentionnés envers eux-mêmes.

Le regard du Médiateur sur les comportements humains et les émotions

Revenons un instant sur cette société organisée au sein de l’Arche et regardez combien ces fauteuils aéro-portés ne peuvent sortir d’un fil de suivi marqué au sol où aucun espace de liberté n’est autorisé. Regardez combien l’Homme est dépendant de la machine où une simple chute lui interdit de bouger, où il est incapable de se relever seul et cette obligation d’être assisté. Regardez comment les enfants sont élevés en « batterie » où leur éducation est standardisée : cela ne vous rappelle-t-il pas l’allégorie de la caverne où ses hommes paraissent enchainés, pour celui qui les regarde ? Et, pourtant, ces hommes s’y sont accommodés et ne faut-il pas reconnaître qu’ils vivent bien ainsi ?

Revenons vers Wall-E continuant son œuvre. Un jour, il découvre une petite pousse de plante au sein de ces immondices telle une petite lumière démontrant que la vie reprend ses droits. Mais pour Wall-E, cette petite pousse n’est qu’un objet parmi tant d’autres qu’il stocke parmi ses différentes collectes, il ne comprend pas l’importance de la découverte, cette importance pour l’Homme et non pour lui. Wall-E s’est organisé pour répondre à ses propres besoins : du matériel pour se réparer et des objets insolites, traces du passé laissés par l’Homme, pour agrémenter son habitat. Il crée ainsi son propre environnement et il s’humanise jusqu’à se faire un ami, une blatte. Regardez comme il se rattache à ses propres habitudes qui forgent son éducation, créent sa conscience et agissent sur ses émotions. Il regarde même les traces du passé de l’Homme en visionnant toujours le même film après ces longues journées de travail qui le conditionne dans un besoin de recherche d’un semblable lui permettant ainsi de découvrir l’autre, tenir la main de l’autre, mais sans forcément comprendre la symbolique de l’importance d’aller vers l’autre.

Et sa vie continue, rythmée par ses recharges au soleil, par ses cubes à créer, par ses monticules à réaliser, par ces objets à ramasser où même il trouve un diamant dans son écrin et où seul l’écrin l’intéresse et il jette le diamant. Comme le dit Spinoza, 1677, « Entre l'appétit et le désir, il n'y a aucune différence, sinon que le désir se rapporte généralement aux hommes en tant qu'ils sont conscients de leur appétit, et c'est pourquoi il peut être ainsi défini : le désir est l'appétit accompagné de la conscience de lui-même.».

Ces deux mondes se sont organisés et évoluent différemment, les deux ayant comme invariant l’instinct de préservation. N’est-ce pas là également où le Médiateur doit reconnaître l’instinct de préservation comme un des point de cristallisation où les personnes sont bien intentionnées envers elles-mêmes ?

La rencontre des deux mondes : Un jour arrive un robot sonde, Eve, qui vient s’enquérir de l’état de la Terre. Quelqu’un a donc bien conscience de l’existence de la Terre. Wall-E reconnaît immédiatement la différence de l’autre, de cette nouvelle génération de robot doté de fonction extraordinaire. La rencontre avec la sonde et Wall-E est chaotique, tendue et explosive car celle-ci se défend de toute approche qu’elle considère comme une menace. Mais Wall-E persévère à vouloir l’approcher, guidé par sa seule idée vrai qui est de toucher ce qu’il considère comme son semblable. Comme le dit Spinoza, « Qui a une idée vraie sait en même temps qu'il a une idée vraie, et ne peut douter de la vérité de la chose ». Ils se rencontrent enfin, mais comme il est difficile pour eux de se comprendre, chacun répondant à son éducation, à ses règles. Malgré cette barrière, ils apprennent à se comprendre, et découvrent combien il est difficile d’aller vers l’autre. Wall-E décide de lui faire découvrir sa vie, son habitation, son univers où il était seul, avant, dans cet enfer (« Chacun se croit seul en enfer et c'est cela l'enfer » René Girard). Wall-E lui montre tout ses objets recueillis alors qu'Eve regarde ses objets mais n’en comprends pas l’importance (comme toute relation à l’autre, il est difficile d’avoir conscience de l’importance des éléments de l’autre qui lui ont permis de se forger). Mais Eve veut comprendre et allume un briquet et découvre l’importance de cet objet qui est utile à la vie : la lumière et le feu pour sa chaleur. Bien que centré sur les actions de Eve, Wall-E se rappelle de son besoin d’aller vers l’autre, de toucher la main de l’autre, mais le pas à franchir est trop rapide pour Eve (le temps est nécessaire pour apprivoiser l’autre). Tout d’un coup, pour attirer les faveurs d'Eve, Wall-E lui présente sa dernière trouvaille : la pousse de plante. Pour lui ce n’est qu’un objet, pour Eve, c’est sa mission, et elle s’empresse de la mettre en sécurité. Wall-E ne comprend pas les enjeux de cette découverte et surtout la forte interdépendance qu’il y a entre l’Homme et cette pousse de plante. Quelques jours après, la sonde Eve est récupérée par son transporteur, mais Wall-E s’y accroche pour ne pas la laisser seule, ou, peut-être, voire certainement, pour ne pas se laisser seul.

Après ce long voyage, Wall-E découvre l’Arche des Hommes dont il n’avait qu’une simple représentation dans sa vidéo. Comme le dit Gottlob Frege « Le recouvrement d'une chose par une représentation ne serait possible que si la chose était, elle aussi, une représentation. Et si la première s'accorde parfaitement à la seconde, elles coïncident. Or, c'est précisément ce que l'on ne veut pas quand on définit la vérité comme l'accord d'une représentation avec quelque chose de réel ». Wall-E découvre donc la réalité, la difficulté de cette simple représentation qu’il a fondée sa propre vérité, son éducation, sur la méconnaissance de ladite réalité. Réalité de l’autre, Réalité des autres.

Mais qu’en est-il de ce monde, comme je l’ai dit précédemment, où les hommes sont entièrement assistés par des robots, où tout est automatisé, où les robots s’affèrent à nettoyer et abreuver l’homme dont la principale utilité est d’exister ! Ces hommes, même leurs bébés, voyagent sur des aéro-porteurs. Ils ne se parlent que par écrans interposés même si l'interlocuteur est à côté. Ils ne se touchent pas. Ils ont été éduqués comme cela. Ils se laissent vivre et n’ont rien à prouver. Ne faut-il pas reconnaître là, à l’instar de Wall-E, dans son monde, que les hommes, dans leur monde, sont enchaînés eux aussi dans leur caverne. Qu’ils ne connaissent rien d’autre et qu’il est absurde de faire autrement quand bien même l’homme serait conscient qu’il soit possible de faire autrement. Pour l’homme et pour tout autre c’est sa vérité, légitimons ce point de vue par un renvoi à Protagoras « Ce que l'homme appelle vérité, c'est toujours sa vérité, c'est-à-dire l'aspect sous lequel les choses lui apparaissent », et à Socrate « La vérité de Protagoras n'est vraie pour personne, ni pour tout autre que lui, ni pour lui ».

Ils ne savent pas qu’ils ne savent pas.

Mais qu'en est-il d'Eve, de cette pousse de plante et de Wall-E dont l’Homme n’a pas conscience qu’ils existent, quand bien même ils existent pour eux ?

Wall-E, dans sa quête de retrouver Eve, va créer une désorganisation de tout ses automatismes en apportant avec lui sa liberté de mouvement, d’action et de déplacement en complète contradiction avec ce monde où il n’y a pas de place pour la liberté, où des règles sont établies et pourtant si normales pour les Hommes. Mais ce désordre va permettre à certains de découvrir une autre réalité, qui les surprend, les angoisse, les tétanise. Il est difficile de découvrir un autre monde, d’élever sa conscience vers d’autres réalités, de porter un autre regard sur ce qui les entoure, telle l’allégorie de la caverne, la personne enlevant ses chaînes et qui gravit cette pente difficile qui est d’aller vers autre chose, vers un autre niveau de conscience ou tout simplement vers l’autre.

Les hommes découvrent qu’ils peuvent par eux-mêmes avoir des plaisirs simples telles que clapoter avec leurs pieds dans l’eau, s’exprimer avec leurs semblables, faire connaissance avec l’autre. Ils empruntent ce chemin difficile pour transfigurer leur vie. En paraphrasant respectivement Bergson et Sartre, maintenant je peux dire que la conscience est un trait d'union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l'avenir et que la seule façon d'exister pour la conscience c'est d'avoir conscience qu'elle existe. L’Homme dans ce film se prépare donc à un nouvel avenir.

L’Arche se nomme AXIOME : ce nom est bien choisi au sens encyclopédique car il désigne une vérité indémontrable qui doit être admise.

Eve, enfin, remet au Commandant de l’Arche la pousse de plante. Il découvre combien celle-ci est fragile, combien celle-ci représente l’avenir des Hommes et de ce qui s’appelle l’Humanité. Il visionne les recherches de Eve sur Terre pour voir dans quel état celle-ci se trouve et si celle-ci est conforme aux souvenirs laissés : le ciel bleu, l’herbe…Mais le tems a passé, 700 années, et le Commandant en second, qui n’est autre qu’un gouvernail automatisé, a reçu un ordre confidentiel pour ne pas rentrer sur Terre car pour ceux qui y étaient restés il était impossible d’y revenir et d’y survivre. Le Commandant découvre alors que même les plus proches peuvent avoir des informations cachées que nous ne soupçonnons pas et il leur prête l’intention de mutiner l’Arche alors que, peut-être, leur intention est de préserver l’Homme, quand bien même l’Homme est capable de décider, maintenant, par lui-même et pour lui-même.

Tout se précipite, le Commandant en second est désactivé grâce aux actions du Commandant, de Eve et Wall-E et l’ordre de retour est donné, le choix est fait (la conscience retient le passé et anticipe l'avenir, c'est précisément, sans doute, parce qu'elle est appelée à effectuer un choix : pour choisir, il faut penser à ce qu'on pourra faire et se remémorer les conséquences, avantageuses ou nuisibles de ce qu'on a déjà fait; il faut prévoir et il faut se souvenir ; Bergson).

Le choix qui est fait n’est pas de survivre mais de vivre.

Tous ces exilés se retrouvent enfin sur la Terre, mère nourricière, et découvrent combien il est difficile de reprendre sa liberté, de bouger par soi-même. Ils se rendent compte combien leur conscience était aveuglée par le semblant et le paraître et combien ils ne savaient pas qu’ils ne savaient pas. Telle l’allégorie de la caverne où l’effort est nécessaire pour gravir la pente difficile pour élever sa vie, ces Hommes réalisent ces efforts pour vivre et retrouver leur liberté de décider pour eux-mêmes.

Cette pousse de plante, est replantée dans son univers et l’Homme comprend que celle-ci porte la symbolique de la renaissance et de la vie, telle la petite lumière dans un tunnel qui guide la conscience pour agir sur son avenir et pour en décider. Ils se rendent compte combien l’empreinte du passé, qui a créé leur présent, peut-être insufflée une nouvelle dynamique pour construire et agir sur leur avenir.

Ces deux mondes, celui de Wall-E et celui de l’Arche commencent une coexistence et créent un nouvel avenir.

Ce que nous ne savons pas, et, peut-être, que nous saurons dans une éventuelle suite à cette œuvre, c’est si cette coexistence dure et si l’Homme, confronté à cette nouvelle réalité, à l’effort nécessaire au changement qu’il a pourtant choisi, n’a pas envie de retourner dans cette Arche où tout était si facile, bien qu’enchaîné.

Voilà le regard, l’attention, le constat, que je pose sur cette œuvre en tant que Médiateur et, comme le dit Aron, dans « Dimension de la conscience », « connaître le passé est une manière de s'en libérer puisque seule la vérité permet de donner assentiment ou refus en toute lucidité » pour son avenir tant que l’Homme en tant qu’individu est conscient de sa propre vérité (cf.Protagoras) faisant partie intégrante de son apanage de ses vertus et faiblesses.

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