Will Hunting, commenté par Ivan Martin

De WikiMediation.

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Will Hunting est un film de Gus Van Sant sorti en 1997. En voici une présentation par Ivan Martin.

Sommaire

"Chasseur de volonté" ?

Il est souvent donné de percevoir dans un film un message ou une perspective rappelant la médiation. Avec Will Hunting le sujet médial est comme impliqué à l’ensemble, ce qui le cache. Que ce soit voulu ou non importe peu et reste indéfinissable car la virtuosité du réalisateur est considérable. Qu’on l’ai déjà vu ou pas, ce film conserve une perspective médiale très originale, dotée pourtant des fondamentaux de la médiation.

Une caméra médiale

Gus Van Sant filme de façon impartiale ; le tiraillement de l’intrigue entre les différentes « parties » et positions d’intérêt ne permet pas au spectateur de pencher d’un côté ou de l’autre. La légitimité de chacune des parties est indiscutable car très clairement discutée, dialoguée. Le réalisateur reste également neutre vis à vis de l’issue du ou des conflits portant l’intrigue. Aucune morale, ni aucun jugement ne semble altérer la liberté de choix à laquelle les personnages parviennent.
La vertu de l’indépendance est d’ailleurs un message central du scénario, emporté par le premier rôle qui progressivement le transmet à tous ceux qu’il côtoie. Les dialogues se défendent de toute appartenance hiérarchique, culturelle, politique, scolaire ou identitaire, et s’ils le font c’est pour le dénoncer.
A ce sujet les thèmes suivant sont « libérés » : la justice (la constitution) ; l’éducation nationale, privée et familiale (l’école, l’université et la relation au Père); la hiérarchie sociale (prix Field); le pouvoir politique, économique et la hiérarchie institutionnelle (NSA, CIA, multinationales) ; la relation thérapeutique et la manipulation (psychanalyse, hypnose); La dogmatisation (Freud) etc…

Gus Van Sant lui-même transporte la notion d’indépendance dans chacune des scènes, par la position et le mouvement de son objectif, objectif. Il préfère aussi ce qu’un médiateur appelle la confidentialité, lorsqu’il garde respectueusement secrètes les motivations et les expériences des protagonistes, soit en faisant leur ellipse habilement, soit en les confinant au dialogue en huit clos de la « médiation » des deux personnages principaux. Il apparaît au cours de l’intrigue, que pratiquement chaque personnage prend à un moment ou à un autre le rôle du médiateur.
Il ne s’agit pas dans cette considération de voir la médiation omniprésente, mais bien plutôt omnipotente.

Plusieurs thèmes « médiaux » apparaissent dans ce scénario évoquant le conflit dans chacune de ses sphères d’existence (sociale, familiale, personnelle et intime), écrit par 2 jeune – hommes de la fin du 20e siècle.

C’est l’histoire du conflit multiforme dans lequel l’humain en société se confronte à sa réalité. Tenons-nous en là pour le synopsis et arrêtons-nous un peu sur notre sujet.
Considérons principalement les 2 premiers rôles, en gardant parallèlement l’observation du concours et du parcours des autres personnages.

Héro pas malgré lui

Le personnage principal, Will Hunting (Matt Damon, co-auteur du scénario), doit une énième fois affronter la justice pour se défendre des violences et infractions commises. Il interrompt l’avocat de la partie civile en avançant son droit de parole pour sa défense et cite la Constitution des Etats-Unis : « La liberté est le droit de l’âme à respirer . Si elle ne peut prendre une grande inspiration c’est que les lois sont serrées trop étroitement. Sans liberté l’homme est une syncope. » Le barreau est cillé. On commence à comprendre que le personnage n’est pas génial qu’en maths. Et lorsque le juge rejette le non-lieu, Will lui adresse un « Merci » impartial. Il est confronté ensuite aux thérapeutes, et se centrant sur leurs attentes, choisi de se débarrasser de leur manipulation par une déstabilisation magistrale.

Une scène l’oppose en rhétoricien face au sophiste, son employeur potentiel (NSA), tentant de le séduire.
Il développe ad absurdum le fond de chaque hypothèse proposée par le sophiste en sous-entendant les intentions mais ne donnant que les formes conséquentes concrètes de chaque choix, formes elles-mêmes causes d’autres effets dont il exprime de nouveau les conséquences évidentes et préjudiciables, le tout en supposant les intentions de ces nouvelles causes… pour finalement retrouver en bout de raisonnement le résultat absurde de la première hypothèse. Effet Barnum et Aporie sont ici au rendez-vous pour une diatribe exemplaire.
Cette utilisation majestueuse de la rhétorique refuse une prise de pouvoir en démontrant les conséquences négatives de cette position qui pourtant ferait rêver tout homme trop peu conscient.

Alter égo

L’autre médiateur principal de ce film est le thérapeute, Sean (Robin Williams), qui apparaît en enseignant : « La confiance est la chose la plus importante pour atteindre le client », instruit-il, avant de clore sur un premier secret de la vie de Freud...

La rencontre entre Will et Sean constitue le noyau de l’intrigue, le lieu où les conflits existant entre eux et avec les autres personnages vont se résoudre, là où l’impossible dialogue se fera, progressivement.
Dialogue presque constamment au deuxième, voire troisième degré. Ils ne pourront « discuter » qu’après s’être déstabilisés l’un l’autre… Et se retrouver à égalité dans la rhétorique.
Sean met Will en confiance après l’avoir coincé. Il maîtrise la balance relationnelle. Après avoir détendu l’atmosphère, il fait passer le message. Une fois le message passé, et reçu, Will provoque sur une faille et coince Sean. Cette fois ci c’est l’approbation et le sourire d’accueil de Sean qui nous indique une vraie progression ; les deux se sont accordés sur une même direction, un but qu’ils partagent à égalité. La fenêtre de leurs émotions est désormais ouverte et le résultat déjà, dans ces nouveaux sourires remerciant en fait, apparaît comme un changement de position, une « sortie » des fonctions respectives… A propos de fonction, Sean se dispute à deux reprises avec l’autre prof (Gerry: Stellan Skarsgard) au sujet du libre choix, du droit et de la manipulation…

Point de vue d'ensemble

Avec un peu de fantaisie on pourrait interpréter les liens relationnels comme suit :
Sean serait « médiateur » entre Will et ses conflits intimes, Gerry serait « médiateur » entre Will et ses conflits sociaux, mais s’y perdrait en prenant partie. Son amie Skylar (minnie Driver) serait « médiatrice » entre lui et ses conflits personnels. Et son pote (Ben Affleck, co-auteur du scénario) serait « médiateur » entre lui et ses conflits familliaux. Will Hunting, lui, recadre et recentre chacun des personnages vers un changement de conscience, pacificateur.

L’altercation « Ce n’est pas de ta faute » pérennise l’accord… Et permet à chacun de faire ses choix, librement.

On pourrait bien sûr continuer à interpréter ce film selon d’autres lunettes médiales, d’autres perspectives, d’autres mécaniques. Le plus utile reste peut-être de le voir ou le revoir et de se laisser inspirer par la force libre qu’il transporte.

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